géopolitique

« Histoire-géo » et politique

Autrefois l’histoire et la géographie étaient enseignées par le même professeur. Sans doute est-ce encore le cas, dans le secondaire ? Le mot de géopolitique, en revanche, n’était jamais employé. Autrement dit un lien était bien perçu entre ces deux matières, ces deux sciences, mais la nature de ce lien et surtout son importance n’étaient apparemment pas aussi évidentes qu’aujourd’hui.

Yves-Marie Adeline, qui est une sorte de touche-à-tout, puisqu’il s’intéresse à la fois à l’histoire, à la politique, à l’économie, voire à la théologie et à la philosophie, est sans doute bien placé pour nous raconter les enjeux géopolitiques actuels, dans les zones de tension, éclairés en particulier par l’Histoire, comme il le précise dans le titre même de son livre.

Ce n’est évidemment pas le genre de livre qu’on ouvre à la première page, pour le refermer une semaine plus tard, éclairé (ou pas) sur l’état du monde et ses perspectives d’évolution. Les dix études qui composent le livre permettent au lecteur de sélectionner d’emblée les thèmes, les zones géographiques qui correspondent à ses propres centres d’intérêt. Adeline a renoncé à avoir une approche « « transversale » qui aurait par exemple consisté à regrouper les dix dossiers proposés, par grandes localisations géographiques, en cherchant les similitudes et les points de divergence ou de confrontation, en bref en se livrant à des spéculations. D’autant que l’affectif a aussi sa part dans les tensions, bien au-delà du rationnel, comme il le reconnait dans son introduction.

Pour ce qui concerne ma propre sélection, j’ai écarté d’emblée les dossiers consacrés à l’Inde, au Pakistan, ou à la Yougoslavie, n’ayant ni le niveau de compétence pour juger de la pertinence des analyses ni un intérêt particulier relatif à ces dossiers-là.

Mais « Israël au défi de l’histoire », oui. « Les Etats-Unis à la croisée des chemins », oui. « Le paradoxe de l’Union européenne », oui encore. Car il ne se passe pas un jour où l’on ne se pose la question de savoir quel est le regard juste sur les évènements qui nous sont quotidiennement rapportés, quelle est la bonne attitude à avoir, et à quelles évolutions on peut s’attendre dans ces parties du monde. Concernant Israël, l’Histoire me semble jouer un rôle bien supérieur à la géographie. Revenir sur les origines d’Israël est un passage obligé, même si cette origine (le fameux « l’an prochain à Jérusalem » est habituellement peu évoqué, car ce pan d’ histoire perturbe le narratif de l’après-1945 : L’Exodus etc.)

Lire le dossier tout entier et s’appuyer sur les nombreuses cartes

La tentation, avec l’étude d’Adeline, et son architecture générale, pourrait être d’aller directement à la conclusion du dossier. Expérience faite, ce serait dommage, car pour adhérer à la conclusion, il est bien préférable de lire d’abord le dossier tout entier (qui est déjà lui-même une synthèse), en s’appuyant en outre sur les nombreuses cartes qui émaillent le texte, et qui aident à la mémorisation des enjeux.

Vous ne lirez donc sans doute pas tout le livre d’Adeline (les 262 pages), mais ce que vous lirez vous donnera le sentiment de mieux comprendre les parties du monde mises en perspective, auxquelles vous vous intéressez. Du moins le monde tel qu’il se présente aujourd’hui, car s’il y a un domaine où les invariants sont rares, c’est peut-être d’abord celui de la géopolitique, précisément. C’est d’ailleurs aussi ce qui rend passionnant la géopolitique.

Francis Bergeron

Les géopolitiques actuelles éclairées par l’Histoire, par Yves-Marie Adeline, Ed. L’AEncre, 2025, 262 p. 31 €.

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