Nombre de nos compatriotes se désespèrent de la politique française. Précisons : de ses actrices ou acteurs ! De leur programme, plus rarement, car ceux qui les ont lus (ou essayés) se comptent généralement sur les doigts d’une main droite de gaucher.
Reste les réputations, les on-dits, les ce-que-l’on-croit et plus généralement encore ce qu’on dit qu’elles ou ils sont, qu’elles ou ils pourraient être, pourraient faire, voudraient faire…
Les médias sont sensés éclairer les lanternes du bon peuple, mais celui-ci, surtout attentif aux matchs de foots, aux séries policières ou aux drames d’amours des saltimbanques, ont bien du mal à leur faire entendre sinon raison, du moins « leurs » raisons de se préoccuper de la chose publique.
À la sortie de l’été, c’est encore plus difficile. D’où sans doute, en ces premiers jours de septembre, leurs poussifs efforts pour tenter de passionner les foules avec le scandale de la proposition de Marine Le Pen de vouloir faire interdire le port du voile dans l’espace public français si elle entre à l’Élysée l’année prochaine.
Ce qui a provoqué un tollé, on s’en serait douté, dans la classe politique.
Aurait-elle préconisé la libre circulation des Belphégors que ses rivaux à la course présidentielle n’auraient sans doute pas hésité le quart de la moitié d’une seconde de fustiger sa démagogie ou son laxisme et, d’une même voix, promis de… de faire appliquer la loi existante, tiens !
« En France, le port d’un voile est interdit pour les agents du service public (qui ont une obligation stricte de neutralité), mais il est autorisé pour les usagers, sauf en cas de dissimulation du visage ou de règles impératives de sécurité »… et pour les agents du service public, l’interdiction est totale : « Les fonctionnaires et agents publics n’ont pas le droit de manifester leurs convictions religieuses ni de porter de signes ostensibles (comme le voile) sur leur lieu de travail, car ils représentent l’État et doivent garantir la neutralité du service. »
Et cela, en vertu de la loi du 11 octobre 2010, interdisant strictement à toute personne de dissimuler son visage (cagoule, voile intégral, etc.) dans l’espace public, y compris dans les bâtiments abritant un service public.
Que Marine Le Pen veuille soumettre à des amendes les femmes qui dérogerait à la loi démontre seulement que jusqu’à présent, celle-ci comme tant d’autres, a dû rarement, sinon jamais, être appliquée : on imagine d’ailleurs difficilement, dans le contexte d’irrespect des forces de l’ordre à notre époque en France, que ces dernières obligent manu militari une Belphégor à obtempérer et pas d’avantage qu’une contrevenante soit emmenée au commissariat pour y répondre de son incivilité.
Alors, se contenter de lui dresser une amende comme le souhaiterait Marine Le Pen ? Sachant qu’« il n’existe pas de chiffre officiel unique donnant le nombre exact et total d’amendes impayées en France, mais les rapports publics estiment qu’environ la moitié (voire plus) des amendes pénales et des amendes forfaitaires délictuelles (AFD) ne sont jamais recouvrées » selon le site dalloz-actualite.fret qu’«un milliard d’euros d’amendes (sont)impayées »selon la Cour des comptes, sa proposition risque donc, si elle était réellement appliquée, de coûter en finale davantage au contribuable français que ce qu’elle lui rapporterait : comme l’Impôt de solidarité sur la fortune (ISF) dont un débat oppose toujours les experts sur sa rentabilité.
Ajoutons que de telles amendes « pourraient éventuellement le cas échéant et possiblement » concerner des mères de familles n’ayant comme seuls revenus que les aides sociales (en langage populaire, « Y’a bon la CAF ! ») et qu’en France, les prestations familiales (comme les allocations familiales, l’allocation de base ou la prestation partagée d’éducation de l’enfant) sont insaisissables, sauf en cas de dette alimentaire (pension alimentaire, frais de cantine scolaire) : on imagine donc que les caisses de l’État se rempliraient assez difficilement.
De plus, à une époque où les tribunaux sont engorgés, notamment par les scandales liés à la remise en liberté des délinquants sexuels ou des narcotrafiquants pour cause de « défaut de procédures », l’arrivée de milliers de contestations d’amendes pour « encagoulement interdit » ne vont guère arranger la situation.
Les Belphégors ont sans doute encore de nombreux beaux jours devant elles pour folâtrer dans nos rues en toute impunité !
Philippe Randa

