corruption

Le coup d’œil de Philippe Randa : Délires littéraires autour d’une tuerie

Il fut un temps où une tuerie immonde et aveugle comme celle de Trappes le 23 octobre dernier – un homme abattu, cinq autres personnes blessées, dont une enfant de 12 ans ­– aurait trouvé sa juste conclusion avec le taré envoyé ad patres par des policiers de bon sens ou, si le taré avait été arrêté, son sort aurait immanquablement été le même avec la « bascule à Charlot ».(1)

Mais autre temps, autres mœurs… De nos jours, la garde à vue de Kévin T., tueur toujours « présumé » coupable selon la loi, vient d’être suspendue, le temps d’une « période d’observation psychiatrique », apprend-on.
Pourquoi pas ! Mais est-ce bien la peine, finalement, de perdre du temps avec ce personnage pour une telle évaluation, sachant que l’affaire est déjà médiatiquement entendue et le jugement rendu avec « haine », « racisme » et « terrorisme » en conclusion : forcément, l’individu est d’origine européenne, ses victimes non ! La conclusion s’impose donc : Kévin T. ne peut pas être simplement et dramatiquement un taré, mais évidemment et forcément un criminel.
Avec preuve à l’appui après la découverte à son domicile d’un exemplaire de Mein Kampf écrit par un certain Adolf Hitler qui ne fait que renforcer cette condamnation médiatique ! Et qu’importe que les enquêteurs aient également trouvé chez l’indéniable monstre – même si encore « présumé » coupable, si, si… – un exemplaire de La Bible et un autre du Coran, ouvrages vis-à-vis desquels seuls des esprits chagrins pourraient faire remarquer que les passages relatant tueries, massacres et génocides y sont plus fréquents que dans le livre de l’ex-peintre autrichien.
C’est qu’il n’est pas, qu’il ne sera jamais, question de confondre torchon pangermaniste, serviette judéo-chrétienne et literie musulmane.
Tout de même… Après la « période d’observation psychiatrique », les enquêteurs approfondiront-ils l’« observation » de Kévin T. en s’assurant qu’il a tout de même bien lu l’œuvre maudite ? Et qu’il sait même de quoi il s’agit ?…
Certes, s’il en connaît des passages par cœur, l’affaire est dite… et chapeau, le taré ! L’exploit serait de taille !
Car si l’on peut à juste titre douter que les lecteurs de Mein Kampf soient si nombreux que cela et que la lecture d’un livre plus politique que philosophique écrit en 1924-1925 et donc passablement « daté » comme c’est en général le sort de tous les ouvrages politiques – et pour certains parfois plus rapidement que le temps de séchage de la colle de leur reliure – il est certain que sa possession, en revanche, est plus fréquente qu’on ne l’imagine. Rarement pour s’inspirer de ce qu’il y est écrit, mais plutôt comme d’un « objet » tellement « hors-la-loi » (ce qu’il n’est nullement), tellement « réprouvé », tellement « insolite » qu’il en apparaît alors « mystérieux » et qu’il en devient pour beaucoup fascinant.
Petit souvenir personnel : je me rappelle d’un déjeuner chez quelqu’un qui insista, au moment du café, pour me montrer dans sa bibliothèque l’exemplaire de Mein Kampf qu’il était parvenu à se procurer par quasi-miracle, alors « qu’il est interdit ! », m’assura-t-il… Un peu gêné face à tant de conviction, je lui expliquais qu’en France, il était en vente par le même éditeur depuis les années 30 et qu’il n’avait jamais cessé de l’être (et qu’il l’est toujours !)… Il m’affirma que « non », qu’il détenait de façon exceptionnelle un exemplaire et que je me trompais. Je préférais le laisser à ses illusions. Il possédait Mein Kampf, lui, et il était persuadé que c’était bien plus rare que de détenir un Renoir ou un Van Gogh, même si étrangement un peu moins onéreux (39 €).
Ah ! dois-je ajouter que cette personne n’était nullement un admirateur du régime national-socialiste et de son Führer ? Et, à ma connaissance, qu’il n’avait jamais envisagé de trucider qui que ce soit, à Trappes ou ailleurs ?
Si je doute pour ma part que la lecture d’un livre – que ce soit Mein Kampf d’Adolf Hitler, Le petit livre rouge de Mao-Tse-Toung, La Révolution permanente de Léon Trotsky ou encore La Bible, Le Coran ou Le Talmud – puisse détraquer un individu au point de le transformer en aussi tragique que minable serial killer que Kevin T., je serais en revanche plus enclin à penser, comme le reconnaît d’ailleurs l’Organisation mondiale de la santé (OMS), que des jeux vidéos (gaming disorder) particulièrement violents entraînent des troubles certains ; ce que confirme la Mission interministérielle de lutte contre les drogues et les conduites addictives (Mildeca) : « En France, l’enquête PELLEAS menée en 2013 sur un échantillon d’élèves en Île-de-France a fait apparaître que pour 1 adolescent sur 8 l’usage des jeux vidéo est problématique. »
À moins que le cannabis et la cocaïne auxquels Kévin T était accroc, a-t-on appris, ne puisse expliquer aussi et surtout son abominable pétage de plomb !

Philippe Randa

(1) La guillotine.

Soutenez les médias (vraiment) libres, faites un don au Nouveau Présent !

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *