EDF

La destruction d’EDF, comme celle de la France

L’audition de l’ancien PDG d’EDF, en décembre dernier, par la commission d’enquête de l’Assemblée nationale « visant à établir les raisons de la perte de souveraineté et d’indépendance énergétique de la France » avait été explosive. Henri Proglio, ancien PDG d’EDF (2009-2014) y avait exposé les raisons de la destruction d’EDF et de la perte, par la France, de son indépendance énergétique.

L’histoire de la France est celle de réussites exemplaires mais de chutes non moins semblables, il y a des précédents dans son histoire tant notre pays aime à ruiner ce qu’il avait brillamment édifié, il en fut ainsi de la troisième république finissante, voire des deux empires qui se terminent tous par des défaites militaires. Il en est ainsi de la cinquième république, souhaitons qu’elle ne finisse pas en guerre qui, pour l’heure, n’est que commerciale et industrielle… avec l’Allemagne et l’UE.

En réalité, la défaite est déjà consommée, la destruction d’EDF est un drame absolu voulu et obtenu après que la France a gagné son indépendance énergétique depuis 1946, renforcée encore en décembre 1973 par le lancement du programme nucléaire (discours de Pierre Messmer à la chambre juste après le choc pétrolier), et si Macron n’est pas le seul à y avoir contribué, Jospin et Hollande y ont leur part, il y a du Gamelin dans ce Foutriquet.

L’UE contre EDF

La Commission d’enquête visant à « établir les raisons de la perte de souveraineté et d’indépendance énergétique de la France », a établi clairement la responsabilité du marché européen : avoir laissé se construire depuis 20 ans un cadre qui a fragilisé le modèle énergétique français et EDF, au travers de la loi NOME, du dispositif de l’ARENH, du statut des concessions hydroélectriques et des règles du marché européen d’échanges de l’électricité. L’arrêt du réacteur Superphénix en 1997, s’il apparaît comme une décision de la calamiteuse Dominique Voynet, ministre française du gouvernement Jospin, « l’hystérie » de Mme Voynet (Henri Proglio) a contenté grandement nos « amis » allemands qui n’ont jamais accepté l’indépendance énergétique française et la puissance qui va avec et se sont félicités de l’arrêt de la recherche et du développement de la filière nucléaire de 4eme génération. Depuis vingt-cinq ou trente ans, l’obsession allemande était de détruire EDF. Ils y ont réussi. Au début du XXIème siècle, la France était exportatrice d’électricité, l’électricité française était deux fois moins chère que l’électricité allemande (et environ deux fois moins chère que la moyenne européenne) et le contrat de service public français faisait figure de réussite exemplaire dans le monde entier. L’Allemagne a investi 600 milliards d’euros dans le renouvelable sur les 1 000 milliards d’euros investis par l’ensemble des pays européens. 600 milliards d’euros qui ne servent à rien, qui ont fait exploser les deux grands électriciens : E.ON dans le Nord et RWE dans la région de la Ruhr et la voilà qui retourne au charbon et au lignite plus polluant encore.

Dans cette affaire Macron poursuivant son utopie fédéraliste a sacrifié l’indépendance de la France sur l’autel d’une chimérique union qui n’en est pas une. Souhaitant toujours rester bonne élève de l’UE, la France n’a pas osé suivre l’Espagne et le Portugal dans la sortie temporaire de l’application des règles communautaires sur la libéralisation du marché de l’électricité. L’Allemagne quant à elle continue à refuser à la France les moyens de son ambition, L’Union est un combat, manifestement le couple franco-allemand est un marché de dupes.

Le chimérique tournant énergétique : du fleuron au fiasco.

C’est la guerre en Ukraine ; qui a été l’occasion de la prise de conscience tardive de la pitoyable situation de ce qui fit d’un fleuron national une entreprise lourdement endettée, des prix de l’électricité au plus haut ; des risques de « black-out » l’hiver dernier et l’hiver prochain, sans doute pour qu’enfin la représentation nationale se saisisse de ce sujet capital. Soixante-dix ans de travail ruinés par un amateur inculte, Macron, précédé de technocrates suiveurs de la mode écologiste. Tout cela au nom d’un chimérique tournant énergétique.

En 2010, sous la pression de Bruxelles, la loi NOME (Nouvelle organisation du marché de l’électricité) a été votée alors que la droite était au gouvernement. La doctrine européenne repose sur un dieu, un veau d’or : « la concurrence, le bonheur des peuples par la concurrence. » (Henri Proglio) laquelle consiste à imposer à EDF de vendre 25 % de sa capacité électronucléaire à ses concurrents sans aucune contrepartie, sans aucune obligation de production. Ces « fournisseurs alternatifs » n’existaient pas mais ils se sont créés. C’est le côté Potemkine de l’UE. Des traders se sont constitués (Direct énergie, etc.), pour l’essentiel rachetés par Total.

La concurrence vous-dis-je !

Pour Henri Proglio la concurrence est le mantra européen qu’on n’a cessé de lui imposer, car chacun sait que le monopole fait le malheur des peuples (sic). A dire vrai ce corpus idéologique, principal et peut-être unique attribut européen : « J’ai assisté à ce spectacle, je me suis débattu, j’ai fait part de mon indignation au gouvernement. La concurrence ! La concurrence fut la seule réponse que j’obtins ». De concurrence il n’y en a pas, il n’y a qu’ EDF qui produit. Les autres vendent sa production à nos clients. « La concurrence va faire baisser les prix ! ». Non, cela ne va pas faire baisser les prix. Démonstration faite aujourd’hui. Entre temps, on a offert Gaz de France (GDF) aux groupes privés afin de les faire bénéficier des atouts de cette soi-disant concurrence. Ils sont morts. Alléluia !

Un patriotisme raisonné, Proglio et Le Floch-Prigent.

« Quand vous assistez à tout ça il y a des moments où vous vous posez des questions en tant que patriote et en tant que citoyen mais vous vous battez quand même ! ».

De son côté Loïk Le Floch Prigent (1) excellent connaisseur du dossier, comme Proglio, se place aussi sur le terrain patriotique. A propos des petites centrales que veut faire Macron : « C’est de la communication… Bill Gates a lancé une minicentrale de 345 mégawatts aux États-Uniset Macron a repris cette idée… Macron n’a aucune une épine dorsale ! » Et de conclure qu’il faut impérativement construire des EPR : Framatome est prêt, l’ensemble des sous-traitants est prêt, nous avons encore des ingénieurs.

Tout cela est possible mais selon l’ancien dirigeant d’ELF : « Il faut simplement enlever les militants politiques anti-nucléaires du circuit. Si on les laisse en place et agir, nous sommes perdus… »

Olivier Pichon

  1. Je l’avais reçu sur TV Libertés https://tvl.fr/politique-eco-n353-avec-loik-le-floch-prigent-energie-edf-la-france-dans-le-noir-cet-hiver

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