Evola

Evola au milieu des ruines…

On réédite Les Hommes au milieu des ruines, un livre important de Julius Evola. Alain de Benoist, Jean Mabire, Robert Poulet, Arnaud Guyot-Janin, Bruno Racouchot et quelques autres critiques de la pensée politique du XXe siècle considèrent que Julius Evola (1898-1974) est un philosophe qui compte. Mais pour la majorité des lecteurs intéressés peu ou prou par la Tradition (la majuscule est importante) considérée comme un antidote à la vision d’un monde moderne abhorré, Evola est, au mieux, un non conformiste, ou au pire, un réactionnaire sans prise réelle sur les évènements de son siècle, sans parler du nôtre. C’est d’ailleurs pourquoi il reste, au-delà de la frontière italienne, un quasi-inconnu.

« Une place importante dans l’histoire des idées »

Il n’empêche que, périodiquement, on réédite tel ou tel de ses livres, périodiquement on le cite., périodiquement des intellectuels, souvent issus de la nouvelle droite, mais pas uniquement, tentent de faire partager leur admiration pour ce penseur.

En 1997 les éditions de l’Age d’Homme lui avaient consacré l’un de leurs fameux « Dossiers H ». Arnaud Guyot-Janin, qui avait piloté ce travail, définissait Evola comme une « grande figure aristocratique de la droite traditionaliste italienne ». En 1972, à l’occasion de la publication de la traduction française des Hommes au milieu des ruines (Ed. Les Sept couleurs), Alain de Benoist avait dressé, dans Valeurs actuelles, le portrait suivant d’Evola : « courte barbe aristocratique, visage émacié, la taille haute ». Il aurait pu ajouter : « le monocle vissé sur l’œil gauche », ce qui aurait accentué son côté aristocratique. Alain de Benoist n’est pas homme à porter à la légère des jugements péremptoires, mais il estimait que cet intellectuel « occupait une place importante dans l’histoire des idées », bien au-delà de l’Italie. Pour justifier son intérêt particulier pour ce penseur-là, l’auteur de Vu de droite nous expliquait qu’ «  il a été influencé par les futuristes et par Marinetti, aussi bien que par Nietzsche, Jünger et Guénon. Il a traduit Mircéa Eliade et Spengler ».

Est-ce suffisant pour situer précisément cet intellectuel ? Pour ma part, je trouve que le fait qu’il ait adopté le prénom de Julius par admiration pour la Rome antique nous en apprend beaucoup sur sa personnalité (voir la présentation biographique d’Evola par Arnaud Guyot-Jeannin dans le « Dossier H » qui lui avait été consacré).

« type guerrier et royal »

Michel Toda, dans Le Choc du mois de juin 1988 synthétisait la pensée d’Evola dans les termes suivants : « C’est une vision générale de la vie (…) où rien de ce que révère le monde moderne n’est épargné, où, au nom de la Tradition, sont mises en avant les valeurs d’une civilisation hiérarchique, aristocratique et féodale », ce qui l’apparentait « au type guerrier et royal ».

Par refus de « l’état de narcose et d’hébétude » des idéologies politico-sociales dominantes, et en réaction au matérialisme ambiant, Evola avait choisi d’adopter une attitude radicale, faite de « négations absolues » et d’ « affirmations souveraines ». Son « refus hautain et définitif » était sa réponse, qui ne supportait aucune compromission.

Dans sa série de portraits d’intellectuels et d’écrivains, publiés sous le titre général : « Que lire ? », Mabire , qui définissait Evola comme un « éveilleur foudroyé » le voyait en contre-révolutionnaire, hostile à la modernité , aux « illusions du progrès ». Il pratiquait, nous dit encore Mabire, « une sorte de nihilisme héroïque, qui a toujours été sa grande tentation ». C’est pourquoi (c’est toujours Mabire qui parle), « sans rien renier d’une fidélité qui lui semble d’autant plus honorable qu’elle est calomniée, il porte sur le fascisme défunt un jugement parfois sévère, le trouvant « trop encombré d’éléments bourgeois, populistes, centralistes et totalitaires ».

Vous l’avez compris, son « nihilisme historique » l’empêchait de jouer les « maîtres à penser. » Il préférait l’attitude du sceptique arcbouté néanmoins sur ses principes, « maître à penser de façon autonome », en quelque sorte. .

Francis Bergeron

Les hommes au milieu des ruines, par Julius Evola, L’AEncre 2025, 244 p., 31€

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