En théorie le destin d’Olivier Legrain nous éloigne de la parabole du grain qui meurt, mais qui, en mourant, va porter beaucoup de fruits. On trouve ce texte chez Saint Jean l’Evangéliste. Quand Gide a raconté sa jeunesse, il a donné ce titre à ses souvenirs : « Si le grain ne meurt », et il s’est expliqué sur le sens qu’il fallait donner à son récit, que l’on pourrait résumer ainsi : la nécessité de « tuer » symboliquement son enfance, l’idéalisme qu’il portait en lui, au profit d’un hédonisme presque sans limite, qui lui a notamment permis de porter les fruits vénéneux de sa pédophilie, outre sa (courte : de 1932 à 1936) période communiste, autre fruit vénéneux, bien entendu.
Chez Olivier Legrain c’est un peu le même schéma : la mort qui porte des fruits. Ce très grand bourgeois multimillionnaire, PDG d’un groupe industriel très prospère, va, une fois à la retraite, se découvrir une vocation de mécène au profit de l’extrême gauche.
Son idée : réunir dans une Maison des Médias Libres, toutes les feuilles de choux groupusculaires mais aussi d’autres ayant pignon sur rue telles Alternatives économiques, ou Médiapart. Legrain les subventionnait déjà largement ; il en connaissait donc les comptes et les tirages. Raisonnant comme un chef d’entreprises en phase de croissance externe, il se disait que le rassemblement de ces médias permettrait de faire des économies d’échelles, et de faire jouer des synergies.
Après plusieurs années de tentatives ratées, le multimillionnaire parisien parvient à acheter, grâce au Conseil de Paris, un immeuble situé au 70 Boulevard Barbès, dans le 18e arrondissement. Ce grand bâtiment est censé devenir le fer de lance médiatique de la lutte contre « l’extrême droite qui gangrène l’information ». Il finançait directement une floppée de médias d’extrême gauche : Politis, Street Press, le Média, Basta !, Le Poing, Blast, Vert, ou encore La Déferlante, essentiellement des feuilles groupusculaires, incapables de trouver par leurs propres moyens un public conséquent. Legrain renfloue toujours, mais il espère qu’arrivera un jour où ces « produits » trouveront leur clientèle.
Nostalgique des publications extrémistes de 1968
Né en 1952, Legrain a eu16 ans en 1968 et il est resté nostalgique de toutes ces publications extrémistes de l’époque : L’Enragé, Révolution, La Cause du Peuple etc. Ces publications ont disparu, comme le maoïsme et le trotskisme, sans parler du stalinisme, mais c’est cette ambiance qu’il veut retrouver : le souffle excitant et romantique des révoltes étudiantes, des barricades de la rue Gay-Lussac, les voitures qui flambent etc. C’est sa nostalgie à lui, comme d’autre collectionnent les soldats de plomb en souvenir d’un grand-père qui reconstituait pour son petit-fils les batailles de Napoléon.
J’ai exactement le même âge qu’Olivier Legrain, mes souvenirs de mai 68 ne sont guère différents des siens, mais vus du camp opposé, à l’époque très minoritaire. Quand dans les années 2015 et suivantes, j’ai essayé, avec un petit groupe d’amis au premier rang desquels il faut citer Maitre François Wagner, trop tôt arraché à notre affection, de sauver le quotidien nationaliste Présent, je suivais, dans les pages de Libération et du Monde, notamment, l’aventure entrepreneuriale du multimillionnaire Legrain, et je rêvais de pouvoir rencontrer un jour un multimillionnaire de droite, mais je n’en connaissais aucun. A l’époque, Pierre-Edouard Stérin était un nom qui ne parlait pas à grand monde. Personne ne le connaissait, dans nos milieux. Et nous n’imaginions d’ailleurs pas qu’il se trouverait une seule personne très fortunée ayant assez de courage pour venir en aide à ce quotidien désargenté.
Je voyais le projet Legrain prendre forme, les encouragements venus de la gauche dite de gouvernement, et de toute l’intelligentsia parisienne. Je les enviais.
Désormais décrit comme un prédateur sexuel !
Mais patatras, voici qu’en 2026 « l’empire Legrain » s’effondre ! A cause d’un revers de fortune ? Même pas. Mais depuis janvier de cette année l’image du Legrain désintéressé et altruiste s’est désintégrée, et le personnage est désormais décrit, dans les publications (qu’il finance !)… comme un prédateur sexuel. Une sorte de Epstein aux tout petits pieds, en quelque sorte !
C’est d’ailleurs Médiapart – toujours lui – qui a donné le signal du « nihil obstat » à la mise à mort médiatique de Legrain. Une journaliste-militante d’extrême gauche a déposé plainte pour des harcèlement sexuels, qui se seraient produits « du 7 décembre 2021 au 17 juin 2022 ». La victime avait déposé plainte le 7 janvier 2026. Le récit de la malheureuse a été confirmé par une dizaine de témoins. En outre le malaise que suscitait le comportement de Legrain à l’égard de la gent féminine inquiétait d’autres femmes, qui en ont témoigné.
Legrain se retrouve donc à son tour dans le maelström des tribunaux médiatiques d’extrême gauche. Du coup les médias qu’il avait patiemment rassemblé sous sa houlette, craignant d’être emportés eux aussi dans la tourmente, quittent le navire.
On pourrait se réjouir de cette punition comme tombée du ciel, qui frappe aujourd’hui le malheureux multimillionnaire (il venait tout juste de signer un manifeste dénonçant les milliardaires, jalousie de simples multimillionnaire ?).
Les présumées victimes retirent leur plainte et le multimilliardaire a de son côté retiré sa plainte en dénonciation calomnieuse. Il a fait ses excuses sur la « lourdeur » de son comportement, les ambiguïtés d’une drague perpétuelle et insistante. Mais le « beau rêve » d’une entreprise conséquente au service des médias d’extrême gauche s’achemine vers un enterrement de seconde classe.
Francis Bergeron
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