Québec

Les géants du Québec

Voilà le genre d’ouvrages que j’aurais aimé écrire au cours de ma vie : une histoire des géantes et des géants québécois, l’histoire d’un peuple racontée à travers les personnages qui ont marqué le fait français. Un ouvrage didactique, mais surtout agréable à lire, suffisamment vulgarisé pour être mis entre toutes les mains, assez rythmé pour être lu de la première à la dernière page et assez attrayant pour capter l’intérêt du lecteur moderne. Une série qui devrait figurer dans toutes les bibliothèques familiales canadiennes-françaises, et au-delà!

À l’origine de ce projet se trouve la toujours très pertinente Fondation Lionel-Groulx, une dynamique fondation privée visant à promouvoir l’histoire québécoise en la rendant accessible de mille et une façons. Les deux plumes enrôlées pour cette série, épaulées par des historiens chevronnés, sont le rappeur et auteur Sébastien Fréchette, connu sous le nom de Biz, et la chroniqueuse et écrivaine Claudia Larochelle. Reprenant l’idée des capsules diffusées sur le web et à la télévision par la Fondation Lionel-Groulx, les deux auteurs ont voulu faire revivre ceux et celles qui ont fait progresser, dans leurs domaines respectifs, le fait français.

Mais qui sont ces géants de notre histoire? Certains sont politiques, évidemment, mais on plonge aussi dans la culture au sens large, de la botanique à la cuisine, en passant par le sport et les médias. Aucun esprit de chapelle, aucun cloisonnement : le mantra est clair, tout ce qui est québécois est nôtre. Le chanoine Lionel Groulx côtoie sans rougir le syndicaliste Michel Chartrand, la cuisinière Jehane Benoît, l’annonceur de hockey René Lecavalier. On y retrouve également le hockeyeur Maurice Richard, le journaliste conservateur Henri Bourassa, le prêtre-ouvrier Jacques Couture et, bien sûr, La Bolduc et Sol. C’est une fresque haute en couleur, le récit du fait français au Canada, de ses origines à son épanouissement relatif à la fin du XXe siècle, et ce, sans aucun snobisme.

Le plaisir de raconter se fait sentir au fil des pages, particulièrement dans les chapitres signés Biz, d’abord et avant tout un raconteur. Celui-ci s’amuse à narrer l’Histoire tout en livrant des anecdotes sur la manière dont il a découvert ces grandes figures de notre épopée. Par cette approche éminemment personnelle, il crée un lien direct avec le lecteur, à qui il s’adresse sans détour, l’invitant à se réapproprier son Histoire.

Il serait facile de se plaindre de certaines omissions ou de choix discutables chez Claudia Larochelle, qui, à force de vouloir lire l’histoire à travers le prisme féministe, semble parfois adopter une vision marquée par des œillères, ou encore de ces quelques personnages placés parmi les grands principalement au nom de la rectitude politique, sans toujours convaincre le lecteur de leur apport réel à la trame québécoise. Toutefois, chacun possède son propre panthéon personnel, et la grande force de cette série en deux volumes, dont le premier fut un franc succès en librairie, réside précisément dans sa capacité à transcender les clivages.

Il faut enfin l’admettre : Biz et Larochelle ont relevé un pari qui semblait risqué en cette époque trouble où l’Histoire est trop souvent instrumentalisée pour diaboliser. Ils transmettent ce qui les habite profondément, soit la fierté de faire partie de ce peuple, finalement né pour un grand pain.

Rémi Tremblay

Claudia Larochelle et Biz, Nos géantes, nos géants. La Bagnole, 2024, 211 p.

Claudia Larochelle et Biz, Nos géantes, nos géants 2. La Bagnole, 2025, 236 p.

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