Algérie

Massacres de Sétif : une responsabilité très partagée

Double bonne nouvelle pour Mediapart le 8 mai : le tribunal administratif de Paris avait validé comme nous le redoutions « l’interdiction préfectorale visant la manifestation annuelle du Comité du 9 Mai, mais aussi la contre-manifestation antifasciste » alors que « la tenue d’un “Village antifasciste” était en revanche autorisée ». De nombreux jeunes avaient néanmoins tenu le lendemain à témoigner à la mémoire de leurs martyrs Sébastien Deyzieu et Quentin Deranque ; une centaine d’entre eux ont été interpellés, 46 étant placés en garde à vue.

Second motif de satisfaction pour le camarade Edwy Plenel et son équipe : le « dégel diplomatique entre la France et l’Algérie » avec la visite expiatoire — succédant à celle du ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez (1) — en Algérie d’Alice Rufo, ministre déléguée auprès du ministre des Armées et des Anciens Combattants qui plus est, qui s’est rendue au mausolée de Bouzid Saâl édifié à Sétif en commémorations du massacre du 8 mai 1943, « une tragédie inexcusable » selon l’Élysée.

L’ennui est qu’il n’y eut pas un seul massacre mais deux, l’un succédant à l’autre comme ne cessent de le rappeler les historiens Bernard Lugan (dans son Histoire des Algéries, éd. Ellipses 2025) et Pierre Vermeren (dans France Algérie de 1962 à nos jours, histoire d’une relation pathologique, éd. Tallandier, 2026). Ce dernier souligne notamment que « des cellules du Parti du peuple algérien (PPA) prévoyaient un soulèvement depuis un certain temps », soulèvement lancé ce tragique jour de l’armistice de la guerre 39-45, et s’étendant dans tout le Constantinois.

On compta 125 victimes françaises, dont de nombreux juifs, notamment à Guelma, et la répression ordonnée par Charles de Gaulle alors chef du Gouvernement provisoire et soutenu par ses alliés communiste dont Maurice Thorez fit au moins 1500 morts. De plus, 99 meneurs arabes ou berbères furent condamnés à mort — mais pour la plupart ensuite graciés.

Ce fut en effet une tragédie inexcusable, mais essentiellement de la part de ceux qui l’avaient déclenchée. Et qui en portent d’évidence la responsabilité. Ce qu’oublient un peu vite Alger, et d’ailleurs Emmanuel Macron qui somme aujourd’hui la France de « regarder la vérité en face », après l’avoir accusée en 2017 de « crimes contre l’humanité ».

Il est vrai qu’à l’heure où une pénurie d’hydrocarbures menace le monde, les gisements de gaz et de pétrole algériens abandonnés en 1962 au FLN risquent de nous être plus indispensables que jamais…

La Rédaction

(1) L’ancien préfet s’était illustré le 12 mars à la Grande Mosquée de Paris en déclarant qu’il ne serait jamais « celui qui ira expliquer à des enfants qu’en portant le voile, elles menacent le vivre-ensemble républicain ».

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