élections

La France des trois tiers

Le très fin analyste politique que les auditeurs fidèles des anciens Panoramas actualités de Méridien Zéro  ont bien connu sous le pseudonyme de Roubachov soumettait hier cette très pertinente réflexion à l’auteur de ces lignes : « Chaque candidat sérieux à cette élection sera détesté ou fera peur (vraiment peur) à au moins deux tiers des électeurs » (1).

Sibérie pour les uns, Silésie pour les autres

En effet, les électeurs se reconnaissant dans la plateforme programmatique du Nouveau Front Populaire (NFP) redoutent un  troisième mandat d’affilée du candidat du bloc centro-bourgeois et son cortège de fermetures d’entreprises, d’aggravation de la surveillance (numérique notamment), d’allongement de l’âge légal de départ à la retraite et de libre-échangisme tous azimuts. Ces mêmes électeurs sont également terrifiés à l’idée de voir une victoire du RN et de ses alliés potentiels. Certains d’entre eux sont paniqués notamment à l’idée de voir les très généreuses subventions dont ils jouissent rognées voire tout simplement supprimées (syndicats, festivals « artistiques », audiovisuel public, associations, titres de presse, 7ème art etc.). D’autres ayant bénéficié de cette fiction juridique nommée « droit du sol » ou d’une naturalisation indue s’imaginent déjà dans le premier bateau direction la rive sud de la Méditerranée ou dans un avion à destination d’Alger, Bamako ou encore Kaboul (2).

Les « fachos » terrifiés par les gauchistes cinglés et réciproquement

Du côté des soutiens du Rassemblement National (RN) et des ciottistes de l’UDR, on déprime là aussi à l’avance en s’imaginant voir pénétrer à nouveau à l’Élysée un fondé de pouvoir de la clique centro-globaliste. Cessions d’entreprises stratégiques à des États ou à des fonds souverains étrangers, transferts de compétences supplémentaires à Bruxelles, abandon définitif de la paysannerie, euthanasie de ce qu’il reste de l’industrie française et poursuite de l’ethnocide français via la continuation de la mise en pratique des principes de la société ouverte. A ces inquiétudes, il faut ajouter qu’une large partie du « camp national » partage aussi celles des électeurs du NFP (voir plus haut) à l’endroit du Bloc Central.
De très nombreux électeurs patriotes et nationalistes sont de plus en plus angoissés par ce qu’ils considèrent comme une dérive d’ordre psychiatrique de LFI et de ses obligés. Ce qu’ils craignent en cas de victoire du bloc de gauche : modifications encore plus délirantes des programmes scolaires (idéologie transidentitaire, endoctrinement climatiste forcené etc.), dissolution et persécution sans précédent des groupes identitaires, accélération de l’islamisation via un contournement plus ou moins subtil des lois de 1905 et 2004, politique de régularisation des clandestins sur le modèle Sanchez, ouverture des vannes migratoires à un niveau jamais vu jusqu’alors.

Les harpagons de l’Extrême-Centre

Les partisans de l’Extrême-Centre quant à eux sont terrorisés de façon à peu près égale par les deux autres tiers. Ils sont effrayés de voir leur épargne fondre à cause du RN ou de la voir confisquée par LFI. Ils sont apeurés par un embrasement des banlieues défrancisées en cas de victoire du RN ou par des émeutes fomentées par les mêmes populations banlieusardes encouragées par un abandon du terrain par les forces de l’ordre, agacées d’être prises pour cible par un gouvernement LFI. Enfin, ils sont persuadés qu’une France dirigée par LFI ou le RN serait directement branchée sur Radio-Poutine. En résumé, la France du Bloc Central, celle du statu quo nihiliste, a peur pour ses placements immobiliers, ses actions et sa pension de retraite.

Vous êtes plutôt Liban-1975 ou Yougo-1991 ?

Quelles peuvent être les conséquences d’une telle partition (psycho)-électorale ?
La conséquence la plus probable est que celui qui sortira vainqueur du prochain scrutin présidentiel sera considéré comme illégitime par près des 2/3 du corps électoral. Ce qui peut laisser envisager différents scénarios y compris certains que l’on peut juger, à l’heure à laquelle ces lignes sont écrites, très improbables voire abracadabrantesques : blocages (institutionnels, syndicaux), projets séditieux, crise bancaire, défaut de paiement, tentatives sécessionnistes, mise en place de législations parallèles, mutineries sporadiques au sein de l’armée, forces de sécurité décidant de ne plus jouer le jeu faute de protection suffisante en haut lieu…
Il peut aussi… ne RIEN se passer ! Ou pour être plus précis : pas plus que ce que l’on connait aujourd’hui. Les trois tiers hexagonaux pourraient continuer de se croiser de temps à autre dans les transports en commun, les administrations, les hôpitaux, les écoles publiques en se regardant en chien de faïence et en nourrissant l’espoir de ne plus avoir à rencontrer un beau jour les deux tiers restants. Et si possible en échappant à un format ex-yougoslave…


Maurice Gendre

1) Cet article tentera surtout de mettre en lumière le regard que chaque tiers de cette France éclatée porte sur les deux autres et dans une moindre mesure sur ce que chaque tiers espère, attend ou croit déceler (à tort ou à raison) du programme présidentiel de la famille politique qu’il estime être la sienne. 

2) Contrairement à ce que peuvent fantasmer les « Français » juridico-administratifs ou « Français » par inadvertance, aucun plan massif de déchéance de nationalité, de révision des naturalisations accordées depuis 1975 ni de remigration ne figurent au programme du RN.Et les électeurs de la Droite Nationale ne peuvent d’ailleurs que s’en plaindre et le déplorer. 

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