(Toute ressemblance avec des personnages ou des sites existants, ne serait que pure coïncidence…)
La vieille Lutèce dormait encore, lorsqu’à l’heure glaciale du laitier, un sourd grondement de chenilles martelant le macadam se fit entendre du côté d’un quartier chic de la capitale. Était-ce les blindés qui répétaient pour le défilé de la fête nationale, ce 21 janvier 2027, pour honorer la mémoire du bon roi Louis XVI, guillotiné deux siècles plus tôt par de furieux gueux, coiffés de bonnets phrygiens ? Que nenni mon ami ! Deux ou trois tanks « Salan » de 54 tonnes, braquèrent leurs canons de 120 m/m vers l’entrée de l’ancien palais du comte d’Evreux, édifié en 1720, avant d’atterrir entre les mains de la maitresse de Louis XV, la marquise de Pompadour, puis entre celles du couple Caroline et Joachim Murat.
Des coups de canon ?
Les engins tirèrent une puissante salve de leurs canons de 120 m/m, qui fit voler en éclats la lourde grille d’entrée gardant le palais. À leur suite, des fantassins casqués débarquèrent des vieux Véhicules de l’Avant Blindé (VAB) pour investir la résidence royale. À la simple vue des trois chars, les quelques sentinelles de garde prirent la poudre d’escampette. Les soldats, munis de plans précis, investirent en masse le palais royal. Franchissant rapidement le vestibule carrelé en damier, ils escaladèrent les marches de l’escalier Murat débouchant sur une enfilade de salons : salon Cléopâtre, salon des portraits, salon Pompadour, salon des aides de camp où s’invitait quelquefois le va-t-en-guerre Fabien Malendron, un « cinq étoiles » de l’Armée de l’Air, chef d’état-major des armées….Quelques-uns s’attardèrent dans le salon doré, ex-salon dit « de la Pompadour », qui servait de bureau officiel à Sa Majesté , Manuel 1 er de la dynastie des Cramon , fouillant les tiroirs généreusement nourris de paperasses. D’autres se firent des selfies dans le salon Murat où se réunissait hebdomadairement le cabinet royal.
Dans l’aile Est, ils débusquèrent dans les appartements du roi . Ce dernier, en pyjama, fut rapidement extrait de son lit à baldaquin, comme un vulgaire Maduro. On autorisa sa dame, la reine Marguerite, en nuisette, à revêtir un peignoir pour lutter contre le froid qui saisit le couple lorsqu’il monta à bord d’un transport de troupes (VTT). Rapidement, sans témoins, le véhicule qui avait déjà franchi dans un sens la grille du coq, à l’arrière du palais, s’évanouit dans l’aube naissante, embarquant les deux souverains pour une destination inconnue. On saura plus tard, que le roi déchu avait demandé à être exfiltré à…Bruxelles, comme quoi, on ne contrefait pas sa nature profonde !
Surprise de taille pour auditeurs matinaux…
Au même moment, une unité de fusiliers marins venus de sa base de Loponant, investissait l’Assemblée royale, au Palais Bourbon, tandis que des paras venus des casernes du Sud-ouest du royaume, en tenue camouflées, s’emparaient de la Haute chambre du roi, siégeant au Palais du Luxembourg. Ils cueillirent son président, Gaspard Larbalétrier, déjà attablé à cette heure matinale, pour absorber un copieux petit-déjeuner. À la même heure, des légionnaires parachutistes venus de leur base en Corse, coiffés de leur béret vert, envahissaient le camembert de la Maison de la radio encore déserte à cette heure très matinale. Deux ou trois techniciens de permanence furent réquisitionnés pour diffuser impérativement le message d’un « Conseil supérieur de la nation » , qui prenait le pouvoir : -« La situation du Royaume des Lys est gravissime parce que ce sont des dirigeants indignes qui œuvrent eux-mêmes contre les intérêts fondamentaux de la patrie, et mettent nos sujets en danger . Un Conseil supérieur de la nation dont les généraux Alcazar, Tapioca, Zantas et Pikendorf ont pris la tête, assure la continuité de l’État. Le destin de la monarchie et le sort du roi destitué, sont entre les mains du peuple qui sera ultérieurement consulté par référendum ».
«Il est cinq heures, Lutèce s’éveille », air bien connu…
Un peu plus loin dans Lutèce, qui commençait à peine à se réveiller, avec ses premiers métros en circulation et ses balbutiements d’embouteillages, des gendarmes mobiles investissaient la permanence nationale du parti La France Islamiste (LFi), et s’emparaient de son leader, Jean-Paul Merluchon qui , stupéfait de cette brutale intrusion, s’exclamait, à pleins poumons, -« le Royaume , c’est moi ! ». À cet instant, dans la ville où reposent dans leur basilique les rois du Lys, des agents de police investissaient également les locaux du journal « Le prolétaire ». Partout ailleurs dans le royaume, des messages de soutien émanant des différentes garnisons, affluaient au secrétariat du « Conseil supérieur de la nation ». Prudents, les généraux de la junte décrétaient la loi martiale, l’armée ayant alors les pleins pouvoirs pour arrêter et incarcérer les fauteurs de troubles. Déjà, au grand stade du Lys enclavé dans une banlieue exotique, les gradins se garnissaient , et ce n’étaient pas des supporters de foot ! Une certaine agitation se faisait sentir dans le département contigu. Bien vite, des agents des polices municipales, des CRS – les fameuses Compagnies royales de sécurité -, et des zouaves rapatriés de la base de Djibouti, vinrent à bout des velléités de révolte. Cage d’escalier par cage d’escalier, étage par étage, une fouille gigantesque s’organisait. Au pied des immeubles, des camions attendaient, se remplissant au fil des heures de moult délinquants et autres dealers. Gare au premier écart : la crosse des fusils s’abattait alors sur les têtes récalcitrantes ! Dès que les lueurs de l’aube l’avaient permis, deux ou trois hélicoptères de l’ALAT lâchèrent quelques rafales sur les façades des tours et des barres hideuses, à titre d’avertissement…À la frontière suisse, on remarquait une anormale augmentation du trafic en direction du pays des vaches et du chocolat au lait. Des vedettes de cinéma, des gloires évanouies du showbiz, des pétionnaires professionnels, et autres footeux trop fortunés, prenaient la clé des champs….
Quel réveil !
Soudain, une bruyante sonnerie se fit entendre, m’envahissant le canal auriculaire et la trompes d’Eustache ! Le réveil trépignait sous les effets du signal sonore qu’il émettait…J’ouvris les yeux, l’esprit encore embrumé…Huit heures….Réalité virtuelle, songe prémonitoire ou rêve apaisant ? Allez savoir….
Jean-Claude ROLINAT
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