« Quand on se promène au bord de la Seine parmi les peintres et les poètes, presque chaque fois on a devant soi un livre d’images qu’on feuillette » chantait Daniel Guichard, le « réac en chef des plateaux télévisés » qui pratique désormais le tir sportif en se préparant à la guerre civile qui vient tout doucement mais sûrement. Après avoir chanté à Neuvy naguère, lors d’une fête du château du CNC de Roger Holeindre; il boit pas, il fume pas, il cause au « Bistro Liberté » de TVL. Sur le média Tocsin, il cause plus, il flingue… Et il a conservé une assez bonne bouille, en prenant de la bouteille, mon vieux !
Ce soir pépé est revenu…
Le gentil petit village de La Bouille, tout comme Barbizon, à profondément inspiré les impressionnistes (aucun rapport ni sémantique, ni sémitique avec Théodor Herzl, ni Vladimir Jabotinsky ou Laurent Fabius Transfusus, ancien maire du Petit-Quevilly voisin). Le cadre est plaisant, le cadre bâti « vieux Normand » est cossu, la Seine sinue, s’étire et s’entortille dans un écrin très fortement boisé d’où surgissent des parois de craie blanche, tendre et poreuse, faite de minuscules fossiles marins, entrecoupées de lignes de silex, roche dure faite de silice. Le climat y est doux et l’ambiance vaporeuse. Plus souvent qu’à leur tour, la brume et le brouillard semblent conter la rencontre du feu et de la glace originelle. Les sons sont atténués par l’humidité et l’esprit des forêts, si nombreuses autour de Rouen; Forêt verte, de Roumare, des Essarts, du Rouvray, des Génetey, la préférée d’Emmanuel Ratier. Dans le creux des escarpements, on peut apercevoir des reliefs de maisons troglodytes. Quand il ne s’agit pas d’églises surprenantes, édifiées pareillement comme à Orival, l’église Saint-Georges et à Belbeuf, patelin que mon pépé s’entêtait à nommer par sa paroisse : Saint-Adrien. Ce soir pépé est revenu, amicales pensées au Docteur Merlin.*
Les peintres peinturlurent…
Sisley y immortalisa les paysages et les méandres du fleuve en bout de course puisque Rouen est un grand port maritime ayant donc directement accès à la mer. Albert Lebourg, né dans l’Eure, entre Pont-Audemer (prononcez pontod’mer) et Bourg-Achard (prononcez bourkachar) en captera les lumières afin de les répandre dans une centaine de tableaux, dont certains se négocient aujourd’hui à hauteur de 60 000 €. William Turner, célèbre peintre britannique avait lui aussi été charmé par les reliefs, les flots et les falaises. D’autres sont venus par ici et qu’on ne présente plus, comme Gauguin et Monet, passez la monnaie ou plutôt les gros sous !
Je bois aux arts, je boit’ aux lettres.
Hector Malot est natif de ce bourg « carte postale ». Bien qu’il ait répandu ses interminables proses dans une soixantaine de romans, demeure l’homme d’un seul livre : « Sans famille ». Que tout un chacun connait, pour l’avoir lu ou vu sous forme de dessins animés et d’entonner alors la chanson : « Je suis sans famille, je m’appelle Rémi, et je me balade avec tous mes amis ». Curieux bonhomme, devenu au fil de l’Achéron, chauve et barbu comme Landru, mais dispensant avec amour et tendresse l’art d’être grand-père. Sa maman était de Jumiège, village proche, où l’on respire la joie de Dieu devant une fière et blanche abbaye sans toit, livrée aux quatre vents, où le ciel s’exprime sans paravent ni filtre.
Dur, dur d’être un bébé !
Le petit Hector-Henri Malot naquit par une nuit de pleine lune à trois heures du matin, un vingt mai de l’an de Grâce 1830. L’enfançon dormait tranquillement du sommeil du juste dans son petit lit quand quelques heures après sa venue au monde, un voilier de fort tonnage éperonna les fenêtres de la chambre enfantine. Le mât de beaupré (celui qui est en proue, presque à l’horizontale) pénétrant le vitrage, cassant tout, et les châssis et l’armouère à linge. Tout le monde se trouvait en alarme. Eul’ père, la mère, les bonnes, l’automédon, furent tout heureux de constater que le bézot était indemne et sommeillait innocemment. Les Bouillais accourus devant la maison du notaire, maire et père d’Hector, prononcèrent aussi sec que l’enfant serait destiné à on ne sait quel pinacle et pis ché tout’.
Les enfants s’ennuient le dimanche, sauf à la Bouille.
Le dimanche, les Rouennais de souche, en famille, s’éprennent encor’ de cette localité où la Seine tourne en boucles, tout comme les Strasbourgeois patentés s’entichent de celle de La Wantzenau où coule l’Ill, pour les mêmes raisons et semblables loisirs. Les arbres et les ramures, la campagne à deux pas de chez soi mais surtout le calme au fil des vaguelettes, les bateaux et aussi la tortore, les restaurants, les nourritures terrestres. Les enfants aiment l’eau, les grands aussi, on regarde, on contemple, on écoute. Le regard se perd, les pensées vagabondent, les femmes causent, oui mais après on mange !

Le Saint-Pierre. Un tournebride les pieds dans l’eau renommé.
Le restaurant qui faisait aussi hôtel jadis est couru depuis 1850. C’était au temps de la marine en bois et à vapeur. Depuis la ville aux cent clochers, des bateaux transportaient les promeneurs jusqu’à La Bouille afin qu’ils s’encanaillent et prennent des couleurs. L’embarcadère était situé à deux coudées de l’endroit même où le bac remplit son office aujourd’hui comme naguère, transportant les véhicules d’une rive à l’autre, c’est à dire à Sahurs, un hameau authentique et bien joli. De mon temps, ma grand-mère maternelle décidait quelquefois d’un dîner à La Bouille selon son humeur. C’était une tradition que d’autres familles pratiquaient également, comme la notable famille Mégard, mais seulement au Saint-Pierre. Le restaurant fréquenté par Gauguin et monsieur Guy de Maupassant, en a certes vu de toutes les couleurs, des vertes et des pas mûres. Il est inondé à chaque crue. La structure du restaurant est restée à peu près la même que quand j’étais petit; une sorte de grande véranda clarteuse difficile à chauffer. Le chef Franck Archimbaud y officie depuis six ans. C’est un gâ du pays, natif de Barentin dont j’ai déjà parlé dans la version papier de Présent du 13 mars 2021; qui se la joue un peu et qui a déjà écrit son autobiographie, ben dis donc, le roi n’est pas son cousin ! mais de belle manière et de lecture assez plaisante. Le menu « signature » est très cohérent et tout à fait abordable : Foie gras maison, huîtres de Veules-les-Roses, saumon gravelax ou tartare d’avocat en entrée. Poulet fermier pour suivre, ou souris d’agneau, ou poisson de la criée et flanc de légumes. Les desserts valent le coup d’œil avec ce dôme au chocolat au cœur praliné, le pavlova aux fruits rouges ou la mousse d’avocat sucrée. C’est très bien tout ça, surtout pour 37, 50 € par tête de pipe !
Qui se souvient du mascaret ?
Mes anciens purs Cauchois, qui ne courraient pas les risques, ils en avaient trop connus dans les terribles bombardements anglo-américains sur Rouen, sur Sotteville (importante gare de triage ferroviaire), m’en parlaient avec une sorte de torpeur. Et moi-même, j’ai frémi au nom du mascaret, que j’identifiai, allez savoir pourquoi ? Au Père Lapouque qui est une sorte de méchant croque-mitaine normand. Avant les aménagements de la Seine; aux marées d’équinoxe, la mer possédait tant de force qu’elle pénétrait dans le fleuve et le forçait à rebrousser chemin. C’était un spectacle naturel, magnifique et dangereux que l’on pouvait admirer à Caudebec, (où feu le professeur d’Histoire François Duprat, « L’homme qui inventa le Front National » fut assassiné) comme à la Bouille, dernier endroit où ce phénomène se manifestait encore en 1965.**
« Sur la rive où nous causons / La vague se rue, arrache / Les pierres des quais, et crache
Au visage des maisons ! / Tout tremble de sa furie. / C’est le seigneur Océan / Qui va du Havre à Rouen avec sa cavalerie. Vers que l’on doit à Auguste Vacquerie.
Montes là-dessus, tu verras Montmartre !
Si vous voulez contempler le ruban d’eau dans sa longueur et ses tournants, prenez de la hauteur en empruntant la Côte Albert Lambert. Vous passerez de 2 mètres d’altitude à 133 mètres par 800 mètres de route et 121 mètres de dénivelé positif, c’est sportif ! On peut le faire en automobile, bien que la route soit interdite aux non-résidents. Rien n’empêche et si l’on vous réprimande, vous n’aurez qu’à répondre que vous vous rendez dans votre Airbnb. Mais ne cherchez pas au village les recettes et produits qui autrefois étaient renommés. Les matelotes d’anguilles que l’on confectionnait quand le fleuve était pur, ni le fromage « La Bouille » qui n’est plus fabriqué. C’était un fromage au lait de vache à double-crème créé à la fin du XIXe siècle par Madame Dupuis, qui tenait une vacherie dans le village et le vendait sur une feuille de platane aux promeneurs et touristes rouennais. La production a ensuite été poursuivie par sa fille et son gendre, M. et Mme Herselin. Heureuse surprise, les « douillons » du pays semblent connaître un nouvel engouement bien légitime (pommes ou poires en habit feuilleté).***
Franck Nicolle.
* https://www.youtube.com/watch?v=e5uPWhrEME0
** https://www.memoirenormande.fr/medias-aspects-du-mascaret-de-seine-614-935-1-0.html
*** https://www.visiterouen.com/patrimoines/gastronomie/recettes/douillon-delbeuf/
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