Fin du monde

Saynètes, fabliaux et historiettes signées Xavier Eman

Ecrire un bon roman n’est pas évident. Ecrire des nouvelles plaisantes, toutes plaisantes, est un exercice sans doute plus difficile. Mais rédiger des œuvres de pure imagination bien plus courtes que des nouvelles, des histoires qui se tiennent en quatre ou cinq pages au plus, introduction et conclusion, voire morale, incluses, et parvenir en ces quelques pages à retenir l’attention du lecteur, à le faire sourire, rire, aux éclats, ou au contraire grincer des dents, en si peu de phrases, voilà qui relève de l’exploit. Avec pas mal de talent, Xavier Eman s’essaie à cet exercice sans doute à la fois ingrat et jubilatoire. C’est d’ailleurs le troisième volume de cette série de chroniques corrosives. Apparemment notre auteur n’avait pas épuisé les sujets qu’il souhaitait aborder.

Notons que la nature de ces textes est difficile à qualifier. Le préfacier -Alain de Benoist -, et le postfacier – Michel Marmin – (excusez du peu !) se livrent d’ailleurs à une joute sympathique pour donner un nom à ces textes courts dont le seul but semble être de susciter des réactions violentes, le plus souvent de nature « zygomatique ». Alain de Benoist nous parle de « saynètes courtes et légères, mais qui donnent à penser », ou de « fabliaux », mais pas rédigées en vers. Michel Marmin, lui, préfère évoquer des « historiettes », terme qui élargit le genre, ou des « épigrammes », qui sont des textes certes très courts, bien plus courts encore que ceux de Xavier Eman, mais dont la chute constitue en principe une subtile moquerie.

Oui c’est de l’épigramme, sans doute, que se rapprochent le plus, dans leur esprit, les textes de Xavier Eman. En tout cas le lecteur ne se sent jamais floué, pour peu qu’il adhère un peu ou beaucoup à cette jubilation qui nous saisit quand on découvre la chute de ses courtes histoires. Xavier Eman a inventé un genre littéraire, un genre qui a de l’avenir, par les temps qui courent. on enchaîne avec bonheur les texticules émaniens. Autant dire qu’on ne lâche pas le livre de bout en bout, avec la furieuse envie à la clé de lire ou de relire les tomes I et II.!

Les lecteurs d’Eléments, la revue où officie Xavier Eman, sont certainement habitués aux chroniques pince-sans-rire de leur auteur, et en guettent la chute. Ils ne sont jamais déçus car ils savent qu’elle sera à la hauteur de leurs espérances. Sauf si un facétieux ou un fâcheux a découpé la page… C’est d’ailleurs le thème du premier « épigramme » de ce livre…dont je ne dévoilerai pas la chute ici, ni l’auteur.

Francis Bergeron

Une fin du monde sans importance (volume III), par Xavier Eman, La Nouvelle Librairie éditions, février 2026, 218 p.

Fin du monde

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *