Depuis l’affaire dite des « voiles de Creil » lancée en septembre 1989 par Ernest X., le principal antillais (et franc-maçon) d’un des collèges de cette ville, le Front national n’a cessé de militer contre la présence du voile islamique dans l’espace public. Le Rassemblement national a abandonné maints « fondamentaux » du FN mais cette croisade vient d’être reprise par Marine Le Pen en prévision de sa campagne présidentielle et Sébastien Chenu, vice-président du parti, a indiqué le 20 juillet sur TF1 qu’en cas de victoire en 2027, cette revendication serait inscrite dans le cadre d’un référendum — dont reste à connaitre la légalité juridique et, en cas d’adoption, la reconnaissance par la Cour européenne.
Dès 1989, et je l’avais d’ailleurs dit à Jean-Marie Le Pen, le voile et ses variantes plus ou moins provocatrices (tchador, abaya, burka…) me paraissaient poser un faux problème. Me réjouirait au contraire que, fleurissent non cent fleurs, comme disait Mao, mais cent mille, voire des millions, de voiles… qui d’ailleurs n’existaient pas dans l’Antiquité, sauf à Rome où les matrones de la Haute l’arboraient pour monter leur supériorité sur les plébéiennes. Cela montrerait l’ampleur et l’emprise croissantes de l’islam sur nos sociétés. Surtout si, juste retour des choses et au nom de la sacro-sainte égalité entre les sexes, on incitait fermement les mâles de l’espèce, hauts fonctionnaires comme dealers, à arborer la chéchia, les babouches et la djellabah de leurs aïeux, au lieu de se balader torse nu et en bermuda auprès de leurs compagnes encapuchonnées.
En ces temps de canicule où le débraillé des hommes et la quasi nudité des jeunes femmes règnent en maîtres, et d’ailleurs au mépris des précautions élémentaires quand darde la soleil, j’éprouve même un certain respect pour celles qui s’obstinent à sortir caparaçonnées telles les nonnes d’antan pour démontrer leur foi… même si cette obstination relève souvent d’un défi et d’une affirmation identitaire lancés aux véritables indigènes, voire d’une volonté de coloniser l’espace public. En tout cas, cette position me paraît plus défendable que l’activisme homosexualiste de l’obèse trans Barbara Buchs, encensée par toute la droite — oublieuse de l’odieuse exhibition qu’elle donna dans un tableau inspiré par la Cène lors de la cérémonie d’inaugurations des Jeux Olympiques en 2024 —, depuis qu’un de ces spectacles a été interrompu par des mélenchonistes lui reprochant son sionisme exacerbé et son soutien à Tsahal (1).
Un paradoxe jacobin
Et puis, il y a l’incompréhensible paradoxe de ce jacobinisme s’appliquant au seul domaine vestimentaire.
Comment s’indigner du voile quand médias et pouvoirs publics, en commençant par l’Éducation nationale, ne cessent de vanter le « miracle » d’Al Andalous et d’exalter les cultures (raï et rap inclus) et l’admirable civilisation arabes, héritées sans doute de l’Assyrie, de la Perse ou de Constantinople, mais fondées sur l’islam ? Pourquoi favoriser l’étude de la langue du prophète dans nos établissements scolaires ? Pourquoi avoir bâti et continuer, pour un coût exorbitant, à entretenir l’Institut du Monde arabe, où les visiteurs arabes sont d’ailleurs très minoritaires ? Cela, soit dit en passant, alors que l’Algérie a banni le français de ses écoles et universités où l’enseignement des matières scientifiques se fait en anglais, y compris, tout récemment, pour la médecine.
Il y a bien des raisons de lutter, comme le RN espère le faire, contre l’« idéologie islamiste ». Toutefois, si le voile est le symbole de cette idéologie, il n’est pas sûr toutefois que sa disparition suffise à remédier à une situation antérieure à sa vogue et qui risque fort de s’éterniser encore longtemps. Tant, du moins, que l’on n’aura pas la force de lutter contre la vraie racine du mal, qui est l’immigration, sauvage ou désirée pour des intérêts particulier. Et pas seulement se revendiquant de la mouvance islamiste, dont le « terrible M. Pasqua » alors ministre de l’Intérieur avait accepté l’afflux en France de milliers de ses représentants pour soulager le pouvoir FLN pendant la terrible guerre civile et religieuse qui ravagea l’Algérie de 1992 à 2002. Un conflit bien plus sanglant (300 000 morts) que « notre » guerre d’Algérie dont nous ne cessons de faire repentance.
Camille Galic
- Interrogé, Manuel Bompard, député et coordinateur de LFI depuis 2017, a déclaré à propos de ses jeunes camarades : « Je ne les approuve pas mais je les comprends. » On aimerait voir la droite nationale adopter la même attitude quand ses militants ou élus sont mis en cause, non pas même pour des actes de violence mais de simples propos décrétés sulfureux par la doxa.
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