Ce petit recoin d’Alsace présente bien des attraits et de nombreux avantages aussi conviviaux que convaincants, en particulier par son relatif mais très réel isolement, sa fraîcheur si bienfaisante l’été et sa discrétion… Ici, point de cars de touristes japonais, italiens, espagnols et autres remplis jusqu’à la gueule; ni de guides polyglottes agitant qui un parapluie (D’r Bàreble ou Barabli que l’on prononce poropli en Alsacien, orthographe très éloignée de l’allemand : Regenschirm), qui une canne bariolée, qui un drapeaux ou même une peluche, menant son troupeau de curieux pour la visite guidée, comme on en rencontre tant à Colmar, Kaysersberg, Riquewihr, Ribeauvillé, éguisheim ou Turkheim… Il existe tant de villages pittoresque en cette petite province qu’il s’est créé un commerce international de tour-opérateurs, transformant la route des vins en une sorte de parc de loisir folklorique, proche de la saturation.
Ne pas confondre Munster (Mennster en Alsacien) et Münster (Mönster en dialecte Rhénan).
L’Alsace a été rattachée au royaume de France par les traités de Westphalie sous le règne de Louis XIV, encore enfant. Ces fameux accords signés en 1648 à Münster en Rhénanie-du-Nord-Westphalie et à Osnabrück en Basse-Saxe marquèrent en même temps la fin de la terrible guerre de Trente ans. Ce conflit fut estampillant comme un fer rouge posé sur la conscience collective de plusieurs générations autochtones. Hermann Löns dans « Der Werwolf » nous conte cette triste période de combats, de massacres, de ravages, de disette mais aussi de résilience paysanne. Cet éclairage romanesque poignant permet de comprendre un peu mieux l’aversion d’Adolf Hitler contre les « Egyptiens », (sauf Rudolf Hess évidement et bien sur Dalida), les « Gypsy » c’est à dire les Gitans, les Tsiganes que nous nommons à présent « Gens du voyage ». Benoit-Méchin dans son « Histoire de l’armée allemande » explique cette antipathie sous ce prisme historique : Les Roms, Romanichels, étant soupçonnés d’espions, d’indicateurs par le fait de leur nomadisme qui leur permettait d’obtenir des informations monnayables. Quant à Hermann Löns, il est natif de Kulm en Prusse occidentale, mais a fait ses études, comme par hasard… à Münster, orthographiée avec un umlaut s’il vous plaît.
Weiss und Rot, Unser Land*.
La densité de villages, de lieux touristiques en la région fait qu’aucun guide ne vous mène d’emblée à Munster et c’est tant mieux ! La cité est évoquée, bien entendu, puisque c’est un point de passage obligé de Colmar, capitale du Haut-Rhin vers « l’intérieur », via le col de la Schlucht (formulez chlourt) qui mène à Gérardmer (causez gérarmé) dans les Hautes-Vosges, puis à Epinal, cité célèbre pour ses images vendues naguères par les colporteurs d’almanach. Cette route, naguère ferroviaire, est plaisante, ombragée, sinueuse, riche en panoramas d’un coté comme de l’autre de la frontière. Il pré-existait, sous le régime allemand, une ligne de tramway à crémaillère du coté alsacien, concession attribuée à la Elektrizitäts-und Bahngesellschaft Münster-Schlucht, à vos souhaits ! Cette ligne était reliée à une autre, coté français, menant à « La Perle des Vosges », comme écrit dans les prospectus.
L’ancêtre originel de nos communauté de communes.
En 1235, grâce aux libéralités de l’empereur Frédéric II, Les villages de Munster, de Metzeral, d’Eschbach, Luttenbach, Breutenbach, Muhlbach, Sondernacht, Hohrod, Stosswhir se sont constitués en un sorte de fédération tout pareillement aux cantons fondateurs de la Suisse lors du Serment du Grütli (1307), mythe fondateur, comme disait Garaudy, à propos d’un sujet qui fâche et que rigoureusement ma mère m’a défendu de nommer ici. Ou plutôt en communauté de communes organisée légalement par les villageois et les clercs, partageant un même sol, une âme commune, les mêmes monts et vaux, la même race, les mêmes richesses, les mêmes maux, les mêmes rus, us, coutumes et costumes. En 1354, sur décision de l’empereur Charles IV, la cité devint « ville libre d’empire » et put entrer plus tard dans la Décapole.
Hautes-Vosges boisées… et lacustres.
Dans ce mouchoir de poche sur la carte d’état-major, se côtoient le Lac Blanc, le Lac Noir, le Lac du Forlet, le Lac Vert, le Lac des Corbeaux, le Lac de Gérardmer (le plus grand et de loin le plus prisé), Le Lac de Longemer, de Retournemer, de Blanchemer, de Lispach, de la Lande, Altenweiher ou Kruth-Wildentein… Les plus humbles, les moins connus sont aussi moins fréquentés et ô combien plus délicieux. Nos méditations du haut des cimes passées (le Hohneck culmine seulement à 1363 mètres, ce qui ferait sourire Julius Evola), il convient de redescendre au bord du Lac du Schiessrothried, que j’ai bravé, il n’y a pas si long de temps à la brasse, aller-retour ou celui du Fischboedlé. C’est le plus petit lac vosgien avec une superficie de 0,5 ha. Il se situe à 794 mètres d’altitude au dessus de la vallée de la Wormsa et est interdit aux véhicules. Une avalanche de pierres demeure bel et bien éboulée dans le plan d’eau, lui donnant un caractère alpin. Il est situé sur la commune de Metzeral, accessible en train depuis Colmar. Les paysages et l’ambiance apaisée font penser tout de suite à la Suisse : Les vallons, l’herbe verte, les petites vaches munies de gros colliers d’épais cuir et de cloches attenantes et tintinnabulantes. Les petits chalets aux toits de tavaillon évoquent les Hauts-de-Caux dominant le Léman, le canton de Vaud ou le Valais, à ceci près que les gouttières et les chenaux des logis de nos régions ne sont pas en cuivre, et que les bovidés arborent des robes de couleurs dissemblables. Sinon, c’est à si tromper, en particulier au Gaschney appelé Cacheney sur la carte de Cassini; petite station de sports d’hiver, d’été et de détente.
Les pieds de Dieu
C’est un mot de Léon-Paul Fargues en rapport avec le calendos. Nonobstant, le munster se révèle un fromage moins olfactif que l’on ne pense et plus doux au palais que l’on ne croit. Il est vendu en toute France sous sa forme la plus commerciale, au lait pasteurisé. La plus grosse fromagerie de ce produit est assez éloignée de Munster et sise à Bulgnéville dans la plaine lorraine, près de Contrexéville et de Vittel. Tous sont bons en somme si on les laisse mûrir à souhait. Les plus parfumés sont issus des fromageries de la vallée et de celle de Lapoutroie en pays Welche, parce que les petites « vosgiennes » y dégustent, au bon air, en toute tranquillité, un nombre considérable d’essences florales diverses et produisant de facto un lait admirable riche en protéines et en matière grasse.
Si les Allemands sont prompts à s’écrier : « Heureux comme Dieu en France ! », c’est par ce qu’ils parlent d’ici .
Franck Nicolle
*https://www.youtube.com/watch?v=SczqIQXeI5s&list=RDSczqIQXeI5s&start_radio=1
Ou dormir, souper, faire ses courses ?
- Les chalets de la Wormsa, hors saison, sinon, c’est hors de prix. Bicoques tout confort munies de cuisine équipée au bords de la Fecht. Agréable restaurant, saveurs locales. Piscine semi-ouverte. Cadre enchanteur. 110 à 280 € la nuit selon calendrier.
- Brit Hôtel économique et calme face à un parc arboré. Piscine, résidences ombragées munies de cuisines où l’on peut pratiquer son frichti. 90 € la nuit.
- La Verte Vallée. Luxueux hôtel, très bonne tablé réputée. Spa, piscine, etc. 180 € la nuit.
- Les commerçants de bouche de Munster, bouchers, charcutiers, pâtissiers, boulangers proposent tous des douceurs de belle qualité. Sinon il y a un Super U bien achalandé en produits régionaux et dans les villages reculés, des supérettes Proxy bien pratiques. Ce qui est remarquable, c’est que tous ces commerces ne se moquent pas du monde au chapitre des tarifs.
