Torque

Des médias de grand chemin plutôt discrets sur le vol du torque de Vix

La tombe de Vix est une sépulture à char princière datant du Vᵉ siècle et située en Côte-d’Or, dans un territoire alors occupé par le peuple gaulois des Lingons. Ce véritable trésor artistique a été découvert dans un état de conservation exceptionnel en 1953. Outre un très riche mobilier funéraire, la sépulture renfermait le corps d’une princesse celte âgée d’une trentaine d’années et parée de bijoux, de bracelets, de fibules en bronze et d’un torque en or pur de 480 grammes décoré de deux chevaux ailés, d’une patte de lion et de motifs de grènetis.

Le 24 juillet dernier, ce torque inestimable a été volé en plein jour dans le musée de Châtillon-sur-Seine, qui avait déjà fait l’objet de deux précédentes tentatives de vol à la fin de l’année dernière et à la mi-juillet. Dernièrement, les malfaisants ont déjoué le dispositif de sécurité en se mêlant aux visiteurs, à visage découvert, avant de s’emparer rapidement de l’objet puis de repartir par l’entrée principale malgré le déclenchement de l’alerte.

Interrogé par Le Figaro, Dominique Garcia, président de l’Institut national de recherches archéologiques préventives (Inrap), considère qu’il serait judicieux, concernant des pièces aussi précieuses, de n’exposer habituellement que des copies de qualité. Les chefs-d’œuvre de l’orfèvrerie antique attirent en effet la convoitise de collectionneurs privés peu scrupuleux.

Ce spécialiste du monde celte ne partage pas les craintes de ceux qui appréhendent que le bijou puisse être fondu afin d’être revendu au poids de l’or. La somme que pourraient recueillir les voleurs, environ 50 000 euros, lui paraît dérisoire comparée à la valeur patrimoniale et marchande de cette pièce unique.

Neuf mois après le vol spectaculaire des joyaux de la Couronne au Louvre, un nouveau trésor de notre patrimoine a donc été dérobé. Entre-temps, quelques flashs d’information ont rendu compte de multiples cambriolages dans les musées français, ce qui ne manque pas de soulever quelques questions sur l’efficacité de la protection des collections.

Le vol du torque de Vix a fait l’objet d’une médiatisation plutôt discrète dans la grande presse nationale, à l’exception du Figaro qui lui a consacré plusieurs articles. Il est vrai que les dramatiques incendies dans le sud du pays focalisent l’attention des journalistes et du public.

Les médias en ligne se révèlent plus diserts. Le magazine Herodote.net évoque ainsi une « perte inestimable pour l’archéologie celte, l’histoire de l’art et l’histoire de France […], encore plus dommageable que celle des joyaux de la couronne ».

Le site identitaire Breizh-Info souligne que « voler ce torque, ce n’est pas seulement dérober un objet précieux : c’est arracher à son contexte l’un des emblèmes matériels les plus remarquables de la civilisation celtique ». Le rédacteur ajoute que « le patrimoine national n’est pas un stock de métaux précieux placé derrière une vitre. Il constitue une mémoire commune, reçue des générations précédentes et confiée à la nôtre. Sa protection ne saurait attendre qu’un nouveau trésor disparaisse ».

Pourquoi cette indifférence des médias de grand chemin, à quelques exceptions près ? Risquons l’hypothèse d’un certain mépris — voire d’un mépris certain — éprouvé par des « bien-pensants » à l’égard du passé gaulois, associé à un « roman national » jugé mythique et obsolète. En outre, le souvenir du fameux « Nos ancêtres les Gaulois », enseigné jadis aux élèves des écoles de l’Empire colonial français, rappelle les heures sombres de la colonisation. En ce sens, toute célébration de l’héritage celtique ne rencontrera qu’un assentiment mesuré chez des idéologues animés par l’« ethnomasochisme ».

Johan Hardoy

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