Laval

Une nouvelle biographie de Pierre Laval, revisiter l’Histoire

Il y a deux ans environ, Philippe Randa pour les éditions Déterna et Roland Hélie pour Synthèse nationale, se sont associés dans le cadre de l’édition d’une nouvelle collection : « La bio Collection », qui s’est fixée pour but de reprendre la publication de personnages historiques, avec le concours de Francis Bergeron et de David Gattegno, qui réalise notamment de très belles iconographies. Le moins que l’on puisse en dire, c’est que c’est un succès, si j’en juge par le nombre de parutions très diversifiées, et la qualité des auteurs : Henri Béraud (F. Bergeron), Francisco Franco (Michel Festivi), Jacques Cartier (Rémi Tremblay), Gobineau (Jacques Bressler), Parmentier (F. Bergeron), Georges Dumézil (Aristide Leucate), Agatha Christie (Camille Galic), Robert E. Lee (Alain Sanders), Robert Brasillach (Philippe d’Hugues), Augusto Pinochet (Jean-Claude Rollinat), Abd El-Kader (Philippe de Parseval).

Pour le douzième personnage de cette collection, le docteur Bernard Plouvier, prolixe auteur d’un nombre considérable de livres sur le IIIème Reich, Adolf Hitler, la 2ème guerre mondiale, la IIIème république, tous publiés chez Dualpha, s’est attelé courageusement à une biographie de Pierre Laval « l’inusable bouc-émissaire » (1). C’est en réalité un numéro double : 12 et 13 de cette collection. Je ne vais pas résumer l’ouvrage, le lecteur intéressé pourra se le procurer, et il y apprendra énormément de choses. Bernard Plouvier met notamment l’accent, et à juste titre, sur le fait que Pierre Laval, fils du peuple, socialiste-pacifiste et non révolutionnaire, se hissera aux plus hautes fonctions par son travail et ses talents, et qu’il fut l’un des plus brillants ministres et présidents du Conseil de cette IIIème république finissante, qui par ailleurs allait sombrer en mai et juin 1940, par la faute de politiciens incapables à nuls autres pareils. Il n’aura aucune responsabilité ni dans la débâcle, ni dans l’armistice signée juste avant son arrivée au gouvernement de Philippe Pétain, le 23 juin 1940. (Son dernier poste ministériel s’était achevé le 24 janvier 1936).

Tous incompétents ? presque tous en tout cas, sauf peut-être Raymond Poincaré, André Tardieu et Pierre Laval. Peu de Français savent qu’il fut comme ministre du travail en 1930, l’infatigable promoteur d’une loi sur les assurances sociales (maladie, maternité, invalidité, retraite), particulièrement novatrice en France, votée avec d’énormes difficultés, tant les réticences notamment patronales étaient grandes. Le projet végétait depuis des lustres, alors que les Allemands possédaient dès la fin du XIXème siècle, d’une législation sociale très avancée. Cette même année, il sauve de la banqueroute la Grande Bretagne alors en quasi-faillite, prenant tous les risques politiques. La perfide Albion n’aura de cesse ensuite, en remerciement, de trahir les intérêts de la France et des nations opposées à Hitler. Président du Conseil ou ministre des affaires étrangères, il va multiplier les rencontres internationales, aux USA, en Allemagne, en Italie. Le 1er janvier 1932, Time Magazine lui décerne son label « d’homme de l’année 1931 ».

Viscéralement anticommuniste et pacifiste, pragmatique à souhait, il mène une politique visant à esseuler l’Allemagne qui se réarme à vitesse grand V, en passant des accords avec Mussolini, et avec Staline (1935) coupant l’herbe sous les pieds de nos bolchéviks « français ». On le sait, les Anglais sabreront cette politique pro-italienne, car ils refuseront que l’Italie ne s’implante en Éthiopie, non pas pour les beaux yeux du Négus, dont ils se contrefichaient totalement, mais pour protéger très égoïstement leur fameuse route des Indes, cette partie de l’Afrique étant leur chasse gardée. Léon Blum et le Front populaire préféreront eux, s’aliéner l’ancien socialiste révolutionnaire Benito Mussolini par pure idéologie. Cela conduira à l’Axe Rome-Berlin, l’une des causes majeures de la seconde guerre mondiale. Alors que nous étions si mal préparés militairement et moralement, toute la politique de Pierre Laval était justement d’empêcher cette conflagration, en isolant la puissance germanique, si bien décrite par Jacques Bainville, dans son livre, Les conséquences politiques de la paix. Dès 1920, il avait tout prévu : l’arrivée d’un chef de peuple en Allemagne qui n’avait pas été morcelée, puis la remilitarisation de la Rhénanie, l’Anschluss, la prise de la Tchécoslovaquie, et Danzig.

Vient ensuite la terrible défaite de mai et juin 1940, et l’occupation des deux tiers du territoire, puis de la métropole entière en novembre 1942. La politique de Pierre Laval sera de protéger au maximum de ses possibilités et de ses forces, les Français. Priorité aux Français. Bernard Plouvier insiste sur son action salutaire vis-à-vis des prisonniers de guerre (près de 1 million 800 000 jeunes gens en juillet 1940, 940 000 en août 1944, on décomptera 70 000 évasions). La politique du Reich en vue de la réquisition de la main d’œuvre française à partir de 1942, va être épouvantablement drastique. L’action de Pierre Laval et de ses fidèles adjoints, permettront d’éviter à des milliers de jeunes français, de ne pas aller en Allemagne, et pour de nombreux prisonniers qui s’y trouvaient déjà, d’être libérés sur place comme travailleurs, même si la Relève fut un échec. Par la suite, des dignitaires nazis, dont Otto Abetz ou Karl Oberg, reconnaîtront que Pierre Laval avait tout entrepris pour saboter leurs ordres de réquisitions, en multipliant les cas d’exemptions, en favorisant le travail en France dans des entreprises spécifiques, en louvoyant en permanence, les chiffres donnés par Bernard Plouvier parlent d’eux-mêmes. Plus tard, les accords Bichelonne/Speer permettront à des milliers de travailleurs de rester en France, la production même pour le Reich étant localisée dans l’hexagone.

Reste le dossier déchirant des déportations des juifs. Aussi douloureuse que soit cette affaire, jamais Pierre Laval n’acceptera que les personnes de religion israélite portent en zone libre l’étoile jaune, même après son invasion par la Wehrmacht le 11 novembre 1942, l’ordonnance allemande n’y sera jamais appliquée. De la même manière, sera refusé la dénaturalisation en bloc de tous les juifs devenus citoyens français, par la loi du 10 août 1927. 25% environ des juifs vivants en France seront déportés, soit le pourcentage le plus faible, après l’Italie et le Danemark, en comparaison des 60% de juifs de Belgique, 75% des Pays-Bas, plus de 80% en Tchécoslovaquie, en Pologne, en Yougoslavie, 80% en Grèce, 50% en Roumanie et en Norvège, 40% en Bulgarie et en Macédoine.

Professeur d’histoire émérite à l’université de Bourgogne, Jean-Marc Berlière l’a démontré dans un ouvrage récent : Histoire d’une falsification (2). Il invoque « un paradoxe français », sur une communauté de 300 000 à 320 000 personnes de confession israélite en France au début de l’occupation, 76 000 ont été déportées « parce qu’elles étaient juives ». Donc 75% des juifs de France « ont échappé au génocide et à la déportation perpétré par les nazis ». (Pages 40 et 41). À cet égard, on peut se rapporter à l’ouvrage de Jacques Semelin, Une énigme française, Pourquoi les trois quarts des juifs en France n’ont pas été déporté (3). Même si lui considère que le gouvernement de Vichy ne les a pas spécialement défendus, et que c’est la population française qui les a aidés et sauvés, il ne peut que reconnaitre que le maintien d’un État en France a été plus que salutaire : « là où des gouvernements restent en place, ceux-ci disposent d’une certaine marge de manœuvre, entre autres sur « la question juive » … les attitudes de réserve, voire de refus de ces gouvernements vis-à vis des déportations, ont été de nature à différer (parfois à bloquer) l’application de la solution finale dans leur pays. En revanche, quand l’État a totalement été détruit (Pologne-Ukraine) ou placé sous le contrôle direct des nazis (Pays-Bas, Belgique), la proportion des juifs victime de la Shoah est élevée voire très élevée » (page 187).

Cette plaie tragiquement saignante et béante de notre Histoire, n’est toujours ni refermée, ni cicatrisée. Le sera-t-elle un jour ? Le livre de Bernard Plouvier, que l’on soit d’accord ou pas avec son approche et ses développements, mérite attention, et s’inscrit dans le libre débat contradictoire, qui devrait toujours être la règle en histoire, loin des oukases, des menaces et des insultes.

Michel Festivi

(1) Bernard Plouvier, Pierre Laval, l’inusable bouc-émissaire, N° 12-13, la Bio collection, éditions Déterna et Synthèse nationale, 250 pages, 2026, 31 euros.

(2) Jean-Marc Berlière (sous la direction), Histoire d’une falsification, Vichy et la Shoah dans l’Histoire officielle et le discours commémoratif, L’Artilleur, 2023

(3) Jacques Semelin avec Laurent Larcher, Une énigme française, Pourquoi les trois quarts des Juifs en France n’ont pas été déportés, Albin Michel, 2022.

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