La jeune maison d’édition « Les Sept Couleurs » marche sur les traces de Maurice Bardèche, par son appellation, d’abord, qui fait référence à l’un des fameux romans de Brasillach, et aussi en raison du fait qu’elle se consacre exclusivement, pour l’heure, à cet écrivain. Objectif théoriquement facilité par le fait que L’auteur des Poèmes de Fresnes est désormais entré dans le domaine public (70 ans après sa mort, selon la loi). Mais en l’occurrence la famille de Robert Brasillach a toujours soutenu, avec courage et passion, toutes les entreprises destinées à sauvegarder et à promouvoir la mémoire et l’œuvre de Brasillach. Cette toute nouvelle publication n’échappe pas à la règle : le clan des Bardèche se retrouve une fois de plus engagé dans l’aventure de cette réédition de textes présentés comme les Derniers écrits de Brasillach.
Certes Brasillach est un écrivain constamment réédité (voire piraté, parfois) : il y eut, en 1964, ses « Œuvres complètes » en douze tomes, pas tout-à-fait complètes, mais presque, qui étaient illustrées par des reproductions à l’identique de photos, documents, invitations, travaux scolaire etc. et qui ont mis ainsi, entre les mains qui le souhaitaient, non seulement les plus grands textes de Brasillach, mais aussi une documentation formellement présentée comme s’il s’agissait des originaux, permettant d’entrer en quelque sorte dans l’intimité du poète. Ce sont les éditions du Club de l’Honnête Homme qui avaient réalisé ce travail.
Dans le tome IX de ces « Œuvres complètes », on trouvait déjà certains des textes qui figurent dans ces Derniers écrits, mais, cette fois y figure aussi un texte qui me semble inédit, publié sous le titre « Mémorandum ». Sous la forme de questions-réponses, Robert Brasillach avait rédigé un argumentaire destiné à la préparation de son procès. En une soixantaine de questions-réponses, on y trouve l’explication et les circonstances de son engagement de ces années-là. Cet exercice avait pour but de lui permettre de s’entrainer en quelque sorte, en vue des interrogatoires publics auxquels il serait soumis à la barre. Maître Eric Delcroix, qui préface ce « Mémorandum » nous dit que Brasillach ne se faisait guère d’illusion sur son sort. Delcroix rappelle que les « résistants », souvent de la onzième heure, avaient pris en otage sa mère afin qu’il se livre, une pratique que l’on croyait naïvement mise en œuvre par les seuls régimes totalitaires. A croire que cette Libération de 1944 ne représentait pas tout-à-fait un passage de l’ombre à la lumière, d’autant que « face à un tribunal d’exception grossièrement partial », rappelle-t-il, les dés étaient pipés. C’était un tribunal communiste, qui ne cherchait évidemment pas à rendre la justice mais à liquider les opposants, comme cela sera pratiqué , certes à une échelle industrielle, dans les pays de l’Est occupés par l’Armée rouge, et destinée aussi à faire taire les témoins. Sur ce plan-là, Brasillach était un témoin spécialement gênant car il avait visité Katyn et il avait commencé à témoigner sur les massacres de masse commis par les staliniens.
Montrer la complexité de l’époque
Brasillach entendait plaider à son procès sur le fait que la collaboration a permis à la France de survivre. C’est la théorie du bouclier et de l’épée, qui est incontestable, au moins jusqu’à l’invasion de la zone libre en novembre 1942. En ce moment, on peut voir dans nos cinémas, un film d’Elie Chouraki avec Kad Merad, Les héros du Louvre, qui raconte un épisode de l’occupation. Ce n’est certes pas un chef d’œuvre, faute de moyens, sans doute, mais le film n’est pas sans mérite, notamment en laissant filtrer l’idée que la zone libre (placée sous l’autorité de Vichy), fut une chance pour les Français, et en montrant les aberrations monstrueuses de l’épuration. Quant au film La bataille de Gaulle , film à gros budget, lui, qui a fait le plein dans les salles (plus de cinq millions de spectateurs), il montre pour sa part, malgré certaines simplifications et invraisemblances, mais sans doute inhérentes au genre, la complexité de l’époque, et le fait par exemple que, pour les Américains, la légitimité de Vichy était intacte.
« Demain on fusillerait peut-être un nouveau Brasillach »
Mais Camille Galic, dans son texte de présentation de la Lettre à un soldat de la classe soixante, constate néanmoins pour sa part que plus le temps passe et plus un espoir de compréhension mutuelle s’éloigne, contrairement à ce que l’on pouvait croire dans les années 1960, quand on parlait d’un transfert en grandes pompes des cendres du maréchal Pétain à Verdun. Dans ces années-là certains manuels scolaires proposaient aux élèves des textes de Brasillach ou de Béraud. La guerre n’était pourtant pas reléguée à un passé si lointain. Alors qu’aujourd’hui trouver de tels noms dans des manuels scolaires serait inimaginable, et virerait sans doute à l’affaire d’Etat ! « A ceux qui prônent la restauration de la peine de mort, écrit Eric Delcroix dans la conclusion de sa préface au « Mémorandum », je dis que si cela se faisait, demain on fusillerait peut-être un nouveau Brasillach, mais toujours pas un nouveau Sartre… ».
Que cette réflexion – certes assez désabusée, mais pas fausse pour autant – ne vous détourne surtout pas de la lecture des Derniers écrits. Ces écrits-là figurent parmi les plus beaux, ils comptent double. Quand Brasillach les rédige, il n’y a plus de place, plus de temps, pour la recherche d’effets de style. Il n’y a plus que la sincérité à l’état brut.
Cet ouvrage est le huitième de la collection des écrits de Brasillach lancée par Le Sept Couleurs. Il regroupe évidemment des textes spécialement émouvants car il raconte un homme qui se bat pour s’expliquer, qui sait aussi que ses heures sont comptées, et que son ultime « devoir d’état » est de transmettre.
L’essentiel, aujourd’hui, – et en particulier pour notre génération – est sans doute en effet de transmettre. De ce point de vue, une association comme les ARB prouve régulièrement son utilité, bien au-delà des enjeux littéraires, culturels
Mais pour ce qui concerne les derniers écrits de Brasillach, je reste particulièrement attaché à l’édition Plon de 1967 : Ecrit à Fresnes. D’abord parce que c’est recueil qui me fut offert par mon oncle, le Dr Girault, pour mes seize ans, et qui me fit découvrir une bonne partie des auteurs que j’aime : les hussards, Barrès, Léon Daudet etc. J’imagine (mais je me trompe peut-être) que c’est grâce à Henri Massis, qui était éditeur chez Plon, que ce volume a pu paraitre. Maurice Bardèche n’est plus là pour me le confirmer. Les Derniers écrits regroupent des textes politiques et des textes littéraires, avec en outre une série de contributions remarquables de quelques-uns des principaux connaisseurs de l’œuvre de Brasillach (Cécile Dugas, Eric Delcroix, Camille Galic, Jacques Bardèche (qui était le soldat de la classe soixante à qui Brasillach écrivait).
Ecrit à Fresnes est un tout autre livre, même s’il comporte aussi les principaux textes du recueil de 2026, car il entrecroise un texte tiré d’un cahier manuscrit et intitulé, primitivement, « Les Dernières journées de l’occupation », avec les poèmes de Fresnes, et aussi avec des correspondances, le récit du procès, les derniers mots griffonnés de la main de Brasillach.
Pour l’émotion, il faut relire Ecrit à Fresnes. Pour comprendre l’engagement de Brasillach, Derniers écrits est incontournable.
Francis Bergeron
Derniers écrits (Robert Brasillach et collectif), Ed. Les Sept Couleurs, 170 p., septembre 2026, 18€


