Barbizon

Des lieux où souffle l’esprit… De la forêt ! Barbouilles à Barbizon

Située à cheval sur l’Île-de-France et la Champagne, la Seine-et-Marne très agricole met la campagne aux portes de Paris, de celle de La Villette à celle de Bercy. Assez long périple, vestiges des « fortifs » longeant par le périphérique la « frontière ». Après avoir traversé soit le Val-de-Marne, soit le fameux neuf-trois ou même l’Essonne (ci-devant Seine-et-Oise, dont l’ami Georges-Paul Wagner fut député FN-RN en 1986 puisque le groupe parlementaire portait déjà les deux titres et les mêmes initiales), voici un département tout en longueur dont le fidèle Jean-François Jalkh était jeune élu lui aussi et même le cadet de l’Assemblée Nationale. Pour mémoire, ajoutons que le député le plus âgé, le doyen, portant la même étiquette était ce vieux briscard louvoyant d’Edouard Frédéric-Dupont, membre d’un mouvement social et national en 1935 et 1936, répondant au nom de Front National. Lavoisier avait raison, rien ne se crée, rien ne se perd, tout se transforme, même en politique, peut-être même surtout en politique.

Revenons à nos moutons ou plutôt à nos vaches et veaux, devant Melun et Meaux qui nous ouvrent leurs bras et nous invitent en vaste Brie où se fabriquent les gourmandises olfactives éponymes. N’oublions pas toutefois, ni le brie de Provins, ni le coulommiers au lait cru. Ce sont des fromages qui vieillissent très bien, s’ocrent et s’épanchent langoureusement, libérant au fur et à mesure des parfums semblables sans doute, à celles des chaussettes pourries du Juif errant comme écrivait Brigneau… Autant le brie d’industrie alimentaire est plâtreux, insipide, dur et friable comme calcaire, inodore, plat et dense comme un palet de hockey, inaltérable et blanc comme une merde de laitier, autant celui artisanal est délicieux, tirant sur le miel en couleurs et coulant pareillement. On en trouve de très bons à la coupe dans les « Intermarchés » en toute France, il faut avoir l’œil, Coco, et le bel !

Quand on s’promène au bord de l’eau.

La Seine & Marne est aussi le paradis des pêcheurs à la ligne, des canoteurs qui taquinent le brochet ou cherchent le repos de l’âme. Des promeneurs arpentant les anciens chemins de halage qui mènent d’une écluse à l’autre avec paresse, comme au bon temps des rois fainéants. Voici Chartrettes, Bois-le-Roi, Fontaine-le-Port et Samois, Samoreau… Le clapotis, les reflets scintillants, les saules tristes pleurant sur l’onde, les iris d’or et d’azur en fleur, les renoncules d’eau, ces boutons d’or aux innombrables racines, les gentilles petites libellules chantées par Sim et les oiseaux, les ronds dans l’eau, les souvenirs.

Bien le bonjour, commissaire Maigret !

Simenon s’était établi à bord de « L’Ostrogot » sur ces rives apaisantes. L’idée du commissaire Maigret lui est venu à Samois justement (« La Femme rousse »), ensuite ce furent « La guinguette à deux sous », « L’écluse N°1 », « Le charretier de La Providence »… autant de lieux fluviaux filmés par le réalisateur Claude Barma qui campait le « Divisionnaire » sous les traits de Jean Richard, en quête quelquefois de truite, de sandre ou de silure. Au fil des flots mous, les automoteurs, les péniches, les pousseurs, les armorqueurs, nous offrent des spectacles de navigation de plus en plus rares. Le fret sur les fleuves et canaux en France ayant connu une forte baisse, passant d’environ 110 millions de tonnes au début des années 1970 à moins de 45 millions de tonnes aujourd’hui, mais c’est toujours un réel plaisir simple et peu onéreux que de regarder passer les bateaux, comme au temps de « L’homme du Picardie« .

Aussi célèbre que la « Vénus » de Milo, « L’angélus » de Millet.

Serge Reggiani a chanté Barbizon (« On s’aime »), Annie Girardot y faisait des ménages (« Elle boit pas, elle fume pas, elle cause » en passant par la rue Louis-Ferdinand Céline). Hameau isolé, difficile d’accès, Barbizon a été choisi par les artistes pour le charme, la beauté de sa forêt et sa tranquillité. C’est le village des peintres pré-imprésionistes, Corot, Millet, Rousseau. Un lieu de pèlerinage pour Monet, Renoir, Sisley, sur les pas des anciens, ceux de l’école de Barbizon, pour prendre la relève et créer une nouvelle vision de la nature. « De nombreux artistes, voyageurs passagers ou sédentaires, séjournent à l’auberge Ganne. Il y règne une atmosphère chaleureuse, gaie et insouciante, alimentée par les « Peint’ à Ganne », les apprentis paysagistes venus là pour travailler paisiblement, à l’abri des fâcheux, et côtoyer les maîtres qui ont acheté ou loué des maisons tout près. Les jours de pluie, quand ils ne peuvent aller en forêt, les peintres expriment leur talent sur les murs, les boiseries et les meubles de l’auberge qui deviendra un véritable musée. C’est l’occasion également de peindre les animaux de la ferme Bénoni toute proche, qui a l’air d’avoir été créée pour eux. » (france-pittoresque.com). Cette auberge a été transformée en petit musée très sympathique et ambiancé « cuisine à l’ancienne ». On retrouve certains tableaux des maîtres. Les murs sont par endroit aussi peints, des esquisses, essais, les portes des meubles aussi.

Douze restaurants pour 1261 habitants.

On a tort de croire que Barbizon n’est qu’une ville-rue, le cadastre révèle des quartiers où des maisons sont à vendre, cossues, ombragées, entretenues. Ma foi, si vous avez 300 000 euros au moins à placer… La voie principale, bien que fréquentée, ne grouille pas de monde, mais de voitures automobiles empruntant sans cesse la chaussée à sens unique. Ce qui fait que le restaurant le plus couru est celui-la même qui possède la plus large terrasse, abritée par une canopée efficace et rassurante qui la protège du passage. C’est le « Relais de Barbizon » avec ses entrées à 20 € (langoustines, crevettes, œuf parfait), ses plats à 40 € minimum, dont une remarquable côte de porc ibérique, sole meunière à 65 €, homard bleu rôti à 60 € et ses accompagnements de légumes en sus ! Tous les desserts ou presque sont affichés à 15 € (fondant au chocolat, soufflé au Grand-Marnier, millefeuille à la vanille).

Le moustachu !

Un très grand nombre des monuments aux morts de la grande guerre ont pour statue un « Poilu », reconnaissable à son casque caractéristique dont la protection était très efficace, à ses guêtres, à son fusil muni de baïonnette « Rosalie » et à son lourd paletot. À Barbizon, c’est un jeune et fier moustachu au casque ailé. « Honneur aux héros de 1914-1918 dignes fils des Gaulois ». En arrière-plan, la petite église est coiffée d’un clocher surmonté au plus haut par un coq gaulois, gallus, habitant la Gallia, la Gaule, attribut également de plusieurs dieux romains et grecs, Jupiter, Mars, Apollon et surtout Mercure. En face le restaurant « Le Gaulois » n’est pas une méchante adresse et les prix sont plus démocratiques (oeuf mimosa à 8 €, pâté en croûte au foie gras à 14 €). Une cloche invisible tinte, invite à la prière et l’on songe à l’illustre tableau peint tout à coté, dans la plaine de Chailly-en-Bière.

Waldweben… Les murmures de la forêt.

De Barbizon à Fontainebleau, la forêt ne semble point avoir souffert des incendies de l’été. Aucune trace de souffrance n’est visible de Barbizon à Dammarie-les-lys, ce sont des coins à champignons. C’est la saison, munissez-vous d’un panier, consultez les livres, entrez dans la forêt et dans son silence ponctué de cris d’oiseaux, de craquement de branche, vous y trouverez, si la providence veille sur vous, des cèpes.

Franck Nicolle

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