Pierre Benoit, Jean Mabire, Robert Brasillach, Céline ou Mishima: les bons écrivains ont beaucoup d’amis
- Mais pourquoi ne lis-tu pas plutôt le dernier Goncourt, « La maison vide », de Laurent Mauvignier ? Pourquoi reviens-tu toujours à ces auteurs morts et enterrés depuis tant d’années ?
Ma chère sœur cadette, Bérénice, aimerait que je sois un peu plus « dans le vent », « de ton époque ». Elle adore me titiller sur ce plan, me pousser dans mes retranchements,
- Sans faire table rase du passé, tu pourrais au moins, toi qui lis tellement, t’intéresser aussi à la littérature contemporaine, non ?
- Certes on m’a dit du bien de « La maison vide », mais j’ai compris aussi qu’il y avait des longueurs, et tous ceux qui m’en ont parlé m’ont avoué avoir sauté des pages, affolés par le risque d’ennui susceptible d’en découler…
- D’habitude, face aux critiques, tu me dis toujours que tu préfères te faire toi-même ton opinion. Quant à l’ennui de suscité par certains livres, on le trouve parfois aussi dans les pages d’ouvrages de quelques uns de tes « maitres », comme tu les appelles. Oserais-tu me jurer que Maurras ne t’a jamais fait bailler ?
- Maurras, oui, parfois. Mais Barrès, jamais ! Léon Daudet non plus, du moins pour ce qui concerne ses livres politiques et ses souvenirs.
Désolée, chère Bérénice, mais tu ne m’entraineras pas sur le chemin de ta « modernité ». Je n’en ai pas fini avec mes écrivains préférés du passé. Mon honneur s’appelle fidélité, y compris dans mes lectures. Et à la différence de Mallarmé dans « Brise marine », je ne peux pas prétendre que « la chair est triste, hélas », ni que « j’ai lu tous les livres », car je n’ai même pas lu tous ceux de ma bibliothèque, dont une bonne partie provient d’ailleurs de notre cher grand-oncle Brigneau.
Rappelle-toi que si nos parents t’ont appelé Bérénice, ce n’est pas seulement en raison du charme qui découle de ce prénom. Maman nous l’a expliqué plus d’une fois !
J’ai sur ma table de nuit la pile des publications littéraires récemment reçues. Celles-là je les lis, de la première à la dernière ligne, et avec quelle fébrilité ! Les amis de Jean Mabire m’ont envoyé le73e numéro de leur magazine, ceux de Brasillach viennent pour leur part d’éditer un roman inédit, qui mériterait au moins autant de rédactionnel que les inédits de Céline, récemment déterrés. Céline, d’ailleurs, parlons-en. Le Bulletin célinien de Marc Laudelout me bombarde régulièrement d’informations céliniennes, parfois croustillantes, parfois polémiques, tandis que la Société des Lecteurs de Céline, que pilote mon cher Christian Mouquet, comble ses sociétaires en éditant régulièrement, à 250 exemplaires, – donc pour les happy few – de splendides plaquettes que les céliniens bibliophiles recouvrent ensuite de papier cristal, et insèrent soigneusement dans leur bibliothèque. Je n’échappe d’ailleurs pas non plus à ce rite. Et la lettre numérique de la SLC, parfaitement présentée, je me fais un devoir de l’imprimer à chaque fois, afin de pouvoir m’y reporter plus tard, à tête reposée.
Encore ne t’ai-je pas parlé du dernier numéro de Livr’arbitres (n°51) dont la couverture et le dossier central sont consacrés à Mishima. Je ne raffole ni de Mishima aux mœurs … spéciales, ni du Japon, plus généralement, dont Raspail a tout dit dans son génial et si drôle roman : « Bienvenue honorables visiteurs ». Mais Mishima, c’est aussi « Le soleil et l’acier », les arts martiaux, et c’est surtout sa vie, qu’il a mise en scène de bout en bout. Un personnage « made in Japan » comme l’écrit Livr’arbitres.
Dans un tout autre genre, je pourrais encore te parler de Pierre Benoit et de la société de ses amis. Pierre Benoit, voilà un auteur qui se laisse encore lire avec plaisir, plus de soixante ans après sa disparition ! Une valeur sûre.
Alors pourquoi veux-tu que je me lance dans l’exploration de l’œuvre d’un écrivain d’aujourd’hui, que je ne connais que par la rumeur publique et par les magazines sur papier glacé ?
- A cause de ceci, par exemple. Joyeux Noël, Madeleine !
Tout en parlant, Bérénice m’a tendu un petit paquet enveloppé dans un joli papier décoré de sapins et de pères Noël (cet infect vieillard exporté des Etats-Unis au XIXe siècle).
- Oh, désolé, Bérénice. Je ne me doutais pas, je te promets, je vais le lire, ton « Goncourt ». Et sans doute y trouverai-je autant de plaisir que toi.
Mais j’y pense, j’ai aussi un cadeau pour toi.
Je lui tends à mon tour un paquet, un paquet revêtu du même genre de papier d’emballage, mais à dominante verte, au lieu d’être rouge.
- Joyeux Noël, ma petite sœur !
Bérénice a déballé son cadeau : un livre, « Les vacances », l’inédit de Robert Brasillach.
- Peut-être l’as-tu déjà ?
- Non, non, mais il est vrai que je m’apprêtais à le commander. Ton cadeau tombe à pic !
- Ouf, il était temps qu’on se voie !
Madeleine Cruz
Magazine des amis de Jean Mabire n°73, consacré aux « soldats de fortune », AAJM 1, rue de l’Eglise, Baulne-en-Brie, 02330 – Vallée-en-Champagne.
contact@jean-mabire.com
Le Bulletin célinien 44e année, n°490, décembre 2025, M. Laudeloup 161 rue Th. De Cuyper Bte 26 1200 Bruxelles (Belgique)
Société des Lecteurs de Céline (SLC) 1 bis hameau de Tanqueue 78410 La Falaise
societedeslecteursdeceline@yahoo.fr
« Les Vacances », Le Sept Couleurs, ARB Monique Delcroix BP19 60240 Chaumont-en-Vexin
Livr’arbitres, n°51, Yukio Mishima, chez Patrick Wagner 36 bis rue Balard 75015 Paris
Les Cahiers des amis de Pierre Benoit, n°34, chez M. Bernard Violette 4 place de la République, 46500 Gramay
bvialatte@aol.com








