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Le coup d’œil de Philippe Randa : l’identité animale ou l’avenir de la bête qui sommeille en nous

On connaissait dans le temps les adorateurs de l’oignon. Si ! si ! Ce fut belle et bien une religion, fondée en 1929 par frère François Thomas et Le Crapouillot qui avait consacré un numéro (Hors-série n°9 – juillet-août-septembre 1992) à un « Voyage à travers la France insolite » nous rapportait à propos de ce saint homme s’il en était qu’il « fut tour à tour charretier, photographe et comptable. Un jour, au Havre, il vit à l’étalage d’un marchand de légumes un oignon qui germait. Ce fut pour lui une véritable révélation. Un signe du ciel. Il comprit que l’homme avait le pouvoir, tout comme l’oignon, d’échapper à la mort. Il comprit aussi qu’il était absurde d’engendrer sans cesser des êtres nouveaux appelés à disparaître. Ce simple oignon lui indiquait le moyen de stabiliser l’humanité en rendant impossible la naissance et la mort. »

Et pour preuve de ce qu’il avançait, l’auto-proclamé nouveau sauveur de l’Humanité affirmait que « nous serons pareils à l’oignon, notre modèle, consacrant notre cœur et ses forces à notre entourage et, de sept ans en sept ans, se renouvelant dans un corps meilleur, nous irons vers la perfection. Perpétuant la vie au lieu de nous continuer dans nos enfants et nos petits-enfants. En d’autres mots, le principal ennemi de l’homme est la volupté. »

Malheureusement, le Petit livre du Seigneur, écrit par Frère François Thomas ne connut pas l’incontestable succès de la Bible et ce mouvement initié avec une réelle ferveur potagère disparut en même temps que son auteur cultivateur spirituel.

Un siècle plus tard, point d’adorateurs de l’oignon à l’horizon médiatique, mais, tout aussi important, on en jugera, une « tendance woke » bat son plein d’adeptes : celui des thérians (ou thérianthropes) que l’encyclopédie Wikipedia classifie en « sous-culture ». Pour faire simple, ce sont des personnes de tous sexes (homme, femme et pas-bien-savoir) pour qui se « comporter comme un animal (est) une façon d’exprimer ce qu’ils ressentent », car ils ne considèrent pas « leur identité comme une tendance, un jeu ou un choix, mais comme un ressenti qui leur est imposé. »

Psychologiquement ou spirituellement, les thérians se prennent donc pour des animaux. Et alors ? Alors, le site LesObservateurs.ch nous rapporte qu’« affublés de costumes d’animaux, de nombreux “thérians” envahissent TikTok. Et le phénomène est loin d’être anecdotique. Sur le réseau social chinois prisé des jeunes, le hashtag #therians cumule désormais plus de 2 millions de publications ! (et) l’on retrouve des “thérians” dans toute l’Europe (…) On peut par exemple citer la “Therian Community DACH”, qui rassemble des adeptes d’Allemagne, d’Autriche et de Suisse. »

La découverte d’une telle communauté pourra peut-être faire sourire, voir ricaner ou même éclater de rire certains, mais pas l’ordre des médecins vétérinaires du Portugal (OMV) qui, devant l’affluence d’une clientèle inhabituelle dans ses cliniques, a été obligé de se fendre du communiqué suivant : « Suite à l’apparition, bien que sporadique, au Portugal de personnes se réclamant de certains animaux (…) le droit portugais reconnaît et protège expressément certaines dimensions de l’identité personnelle (…) mais ne prévoit ni ne protège aucun statut juridique d’“identité animale” d’une personne (…) le vétérinaire, face à un thérianthrope (doit) refuser d’effectuer des actes de diagnostic, de prescription et de traitement des maladies. »

Quelle va être la position de la Société Protectrice des animaux devant une telle discrimination, un tel refus de soins et d’assistance à thérianthropes en détresse ?

Et, connaissant désormais l’existence des thérians, peut-on encore tolérer l’usage de slogans aussi thérianophobes qu’#balancetonporc ?

Philippe Randa

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