Les incendies qui, canicule interminable et vents violents aidant, dévastent de nombreuses régions de France, du Pas-de-Calais à la Provence, ont fait des milliers de « déplacés » ayant souvent tout perdu, et détruit autant de bâtiments industriels ou privés et de terres viticoles. Malgré leur courage et leur endurance admirables, les soldats du feu sans cesse sollicités depuis juin mais dont le recrutement se tarit hélas inexorablement d’année en année, sont à bout de force et certains avouent agir « comme des zombies ». Deux d’entre eux, pourtant pompiers chevronnés, et pères de famille, ont le 21 juillet en tentant de protéger l’aéroport de Bordeaux-Mérignac, un autre avait trouvé la mort la veille dans le Doubs, écrasé par un arbre.
Pas d’argent pour les Canadair mais du flouze pour les pompiers algériens
La situation est d’autant plus critique que les moyens aériens manquent cruellement pour éteindre les feux en les arrosant de trombes d’eau, notamment les Canadair. Ce qui vient de provoquer une crise politique (rapidement éteinte par la presse, en revanche) : de sa propre initiative ou sur ordre de l’Élysée, Gabriel Attal, alors Premier ministre et aujourd’hui candidat à la présidentielle malgré sa nullité, est aujourd’hui accusé par La France insoumise et le Rassemblement national d’avoir, sous prétexte d’économies, « pris le 21 février 2024 un décret visant à annuler près de 53 millions d’euros du programme 161 destinés à l’acquisition de deux Canadair supplémentaires ». Ce que nie farouchement le conjoint de Stéphane Séjourné, éphémère et plus jeune ministre des Affaires étrangères de la Vème République… dans le gouvernement dudit Attal.
Que des économies soient nécessaires est une évidence. Mais le professeur Pierre Vermeren dont était récemment évoqué le livre passionnant sur les rapports franco-barbaresque (1) affirme que les pompiers algériens sont, malgré la déclaration d’indépendance de leur pays et on ne sait à la suite de quelles obscures tractations avec le FLN — pourtant responsable, en août 1956, du gigantesque incendie qui faillit anéantir la forêt de Baïnem, ce bois de Boulogne algérois —, équipés « de pied en cap » par… les brigades de pompiers de Paris et de Marseilles !
Depuis 1962, à combien se monte l’addition, sans doute pharamineuse mais dissimulée aux contribuables hexagonaux ? Suffisante en tout cas pour financer l’achat, sinon de nouveaux Canadair, du moins de leurs petits frères Dash.
La solution marocaine
Si certains incendies sont accidentels, dus à une sécheresse endémique depuis quelques années, la très grande majorité — près de 90% — d’entre eux sont soit dus soit à de folles imprudences, soit volontaires. A l’été 1997, peu avant la fin du règne de Hassan II, des feux gigantesques ravagèrent le massif forestier de la Mâamora proche de Rabat et poumon écologique aussi bien qu’économique de la région car les chênes-lièges y poussaient en quantité. Certains rescapés incriminaient des promoteurs immobiliers pressés de construire dans cette oasis de verdure. C’est alors que la télévision marocaine diffusa et rediffusa sur toutes ses chaînes une scène traumatisante : on y voyait des paysans exaspérés jeter tout vivants dans les flammes des incendiaires surpris en pleine action.
Les feux cessèrent comme par magie.
Dura lex sed lex
Depuis le gigantesque incendie ayant frappé la forêt de Fontainebleau et frôlé le célèbre château dû aux Valois, les Français font preuve selon La Croix d’une « extraordinaire générosité », comme ils l’avaient fait après que les flammes eurent presque raison de Notre-Dame. Ce qui montre leur attachement aux lieux qui ont fait la grandeur de la France. Bravo !
Mais au lieu d’une nouvelle loi, déjà réclamée par certains, pour châtier les coupables, nos compatriotes devraient plutôt exiger que la législation actuelle soit appliquée, et dans toute sa rigueur. L’article 322-6 du Code Pénal prévoit ainsi qu’un incendie volontaire est puni « de quinze ans de réclusion criminelle et de 150 000 euros d’amende lorsqu’elle a entraîné pour autrui une incapacité de travail pendant plus de huit jours, peine est portée à vingt ans de réclusion criminelle et à 150 000 euros d’amende lorsque l’infraction a entraîné pour autrui une mutilation ou une infirmité permanente ». Et les pyromanes sont prévenus par l’article 322-10 stipulant que « l’incendie volontaire ayant entraîné la mort d’autrui est puni de trente ans de réclusion criminelle et de 150 000 euros d’amende ».
Si ces article étaient appliqués à la lettre, et si l’État faisait savoir que ces peines seront incompressibles, nul doute que cela dissuaderait pas mal d’Hérostrate en puissance.
Claude LORNE
- France Algérie de 1962 à nos jours, histoire d’une relation pathologique (302 pages, 21,90 €, éd. Tallandier 2026)
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