histoire

« Rosa Parks, jeune fille innocente et intrépide… »

La commune où j’habite vient d’inaugurer une « rue Rosa Parks », sous les applaudissements de ses administrés. Qui était Rosa Parks ? Une femme, selon toute vraisemblance. Mais qu’a-t-elle fait pour mériter que son nom soit ainsi donné à un lieu public, comme éternisé dans la mémoire collective ? Notons qu’actuellement les « Rosa Parks » fleurissent un peu partout. En 2015, nous dit l’I.A., 17 écoles françaises portaient ce nom. Les chiffres à aujourd’hui ne sont apparemment pas encore disponibles, mais ils ont très certainement doublé ou triplé.

Rosa Parks était une résistante, on s’en serait douté. Après avoir donné leur nom à une quantité phénoménale de lieux publics, les « héros de la résistance » (pour reprendre le nom d’une célèbre collection de timbres, connue de tous les philatélistes), tel Jean Moulin, ont essaimé dans le moindre bourg de province : on compte à ce jour plus de deux mille rues Jean Moulin en France. Ajoutez squares, écoles, places, bâtiments publics, et vous découvrirez que ce haut fonctionnaire socialiste de la IIIe République, qui s’est suicidé pour éviter de livrer son réseau de la Résistance, se place en numéro deux des baptêmes de rues, entre de Gaulle et Victor Hugo. Et Rosa Parks ? Elle est encore loin de rejoindre ce trio de tête, mais si le rythme actuel se maintient, ce sera chose faite avant la fin du siècle !

Mais, bon, une résistante, elle le mérite sans doute. Sauf que Rosa Parks n’était pas française, que ce n’est pas en France qu’elle a acquis ce titre de noblesse résistante, et que cette résistance a essentiellement consisté à s’asseoir sur un siège d’autobus réservé aux blancs, dans la ville de Montgomery (Alabama). Cela se passait en 1955. Que risquait-elle par cet acte de symbolique ? Sans doute un procès-verbal. Montgomery comptait alors 120 000 habitants, et le conseil municipal avait organisé une sorte de ségrégation dans les bus, avec des sièges attribués en fonction de la couleur de la peau. Bien entendu aujourd’hui cette pratique parait assez grotesque et en tout état de cause incompatible avec les valeurs chrétiennes dont se prévalaient très majoritairement les habitants de Montgomery, blancs ou noirs, avec toutefois, dans cette dernière communauté, le développement d’un petit parti activiste, à la limite du terrorisme, les black muslims.

L’infiltration par le PC américain

En tout état de cause ces pratiques n’ont jamais eu cours en France, et ne figurent au calendrier d’aucun parti politique (même pas chez LFI), d’aucune église, d’aucun courant intellectuel. On ne voit donc pas bien à quoi rime cette soudaine passion pour Rosa Parks. Ou plus exactement on commence à en deviner les enjeux en lisant la traduction française des mémoires de l’ancien chef de la police de Montgomery, Drue H.Lackey (1926-2016). Car les choses ne sont pas si simples que nous le présente l’imagerie bien-pensante d’aujourd’hui. En particulier faire l’impasse, en pleine guerre froide, sur l’infiltration par le Parti Communiste américain du courant de protestation incarné alors par Rosa Parks et Martin Luther King, c’est évidemment rendre incompréhensible cette tension qui secoua l’Alabama dans ces années-là.

Paul-Louis Beaujour, qui présente les mémoires de Dru H. Lackey, nous expose cette intéressante tranche d’histoire américaine, généralement simplifiée à outrance. Toutefois Lackey n’est vraiment pas historien de profession – et cela se voit – Dans des notes de bas de page, Beaujour nous apporte des éléments complémentaires permettant de mieux comprendre ce dossier plus complexe qu’on pourrait le croire.

Madeleine Cruz

Drue H. Lackey, présenté par P.L. Beaujour, 150 p., Déterna 2026, 21€

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