Quand on me parle d’auteurs de romans d’espionnage, je pense d’abord – inévitablement – à ce film, Le magnifique, de Philippe de Broca, petit bijou d’humour sorti il y a plus d’un demi-siècle, dont les héros, ou plutôt les antihéros, étaient incarnés par les acteurs Jean-Paul Belmondo et Jacqueline Bisset.
Vous l’avez-vous-même certainement vu, et vous vous souvenez alors forcément du scénario, qui est à la fois complexe (à première vision) mais aussi génial : un auteur -un peu minable- de romans d’espionnage écrits à la chaine, passe ses journées devant sa machine à écrire, mais quand il écrit, il s’identifie aux personnages de ses livres et règle ses comptes, livresquement parlant, à tous ceux qui lui pourrissent la vie, dans la vie réelle : éditeur pingre, femme de ménage passant constamment l’aspirateur, plombier incompétent, contractuel myope etc. C’est un film qu’il faut revoir au moins une fois par an, de préférence en famille.
En découvrant le magnifique album Les espionnages de Michel Gourdon au Fleuve Noir paru il y a quelques années (238 pages, des centaines de reproductions des dessins de l’illustrateur Gourdon), je ne pouvais m’empêcher de revivre les scènes principales de ce film et de me poser la question : quel auteur de la collection « Angoisse » du Fleuve Noir avait servi de « modèle » pour camper l’écrivain-tâcheron François Merlin (alias le bellâtre Bob Saint-Clar) du film ? Etait-ce Paul Kenny ? Claude Rank ? Peter Randa ?
Et qui, pour ce film, avait inspiré le personnage de la charmante et naïve Christine, voisine de François Merlin (alias Tatiana, dans le roman qu’écrit Merlin ) ? Pour le coup on pense à Erik Neveu, le préfacier du somptueux album de l’association des Amis de Michel Gourdon. Erik Neveu est en effet l’auteur d’une étude intitulée L’idéologie dans le roman d’espionnage qui aurait pu inspirer Erik Neveu. Mais son essai a été publié en 1985, alors que le film date de … 1973.
Hommage appuyé aux auteurs de l’ombre
Dans sa préface, Neveu explique qu’il veut réparer un oubli à l’égard de Michel Gourdon, illustrateur des presque deux mille couvertures de ces romans d’espionnage dits « de gare », parus dans des années1950 à 1970. Le film de Philippe de Broca, est de fait, pour ce qui le concerne, un hommage appuyé à ces auteurs de l’ombre (ils écrivaient sous pseudonyme), qui pratiquaient certes davantage le quantitatif que le qualitatif (202 romans d’espionnage pour Claude Rank, 133 pour Paul Kenny, les deux auteurs les plus prolifiques). Difficile, donc, d’identifier des chefs d’œuvre au sein de cette production de masse, qui s’oubliait souvent aussi rapidement qu’elle se lisait. Mais pour le coup les chefs d’œuvre, c’était souvent les couvertures de Michel Gourdon. Bien que, même pour ce dernier, le talent a mis longtemps avant de lui être reconnu.
Il n’empêche qu’à la fin du mois de mai, au « Musée de la chemiserie » de la petite ville d’Argenton-sur-Creuse, une exposition consacrée aux couvertures de Gourdon et une conférence sur son œuvre ont attiré nombre d’habitants de la région qui gardaient un souvenir ému de cette littérature de gare (et de stations d’essence) et des suggestives et parfois inquiétantes couvertures de Gourdon.
Francis Bergeron
Les « Espionnage » de Michel Gourdon au Fleuve Noir, 238 p., plusieurs centaines d’illustrations.
Dans le même formation, et sensiblement le même nombre de pages, et d’illustrations, ont également été publiés un album sur les dessins de Gourdan illustrant les couvertures de la collection « Angoisse » et ceux des couvertures de la collection « Spécial-Police ».
Pour le moins ces trois albums méritent de figurer dans toute bibliothèque d’amateurs des illustrateurs du XXe siècle et de lecteurs de littérature dite « populaire ».








