« Bicots », « bougnoules », « nègres », « singes », « connasses », « gauche de merde » : qu’en termes imagés ces choses sont dites ! Imagés et surtout aussitôt hystériquement dénoncés par la majorité des médias français, battant tambours et sonnant trompettes d’un « scandale de chez scandale » !
Pensez ! ces qualificatifs seraient sortis de la bouche de policiers municipaux de la ville de Carcassonne, récemment passée sous la direction du Rassemblement national. Et l’un de ces policiers, cerise sur le gâteau de l’étouffement citoyen, ne serait autre qu’un membre du service d’ordre de ce mouvement.
D’où, mise à pied des bêtes immondes et condamnation de la direction du RN qui a « immédiatement procédé à sa radiation des effectifs du service d’ordre (…) ainsi qu’à son exclusion du Rassemblement national. »
Si l’on peut facilement deviner que les auto-proclamés antiracistes professionnels vont judiciairement s’en donner à cœur joie pour clouer les « bêtes immondes » au pilori, ces dernières semblent vouloir se défendre becs et ongles, puisqu’un des policiers incriminés a déposé plainte pour atteinte à la vie privée, sa conversation ayant été enregistrée à son insu.
Son avocat, Me Victor Lima, a d’ailleurs confirmé qu’il s’agissait effectivement d’« une conversation strictement privée tenue entre collègues de travail comme il y en a tous les jours dans les entreprises » et qui « n’avait pas vocation à être portée à la connaissance de quiconque ». Dont acte !
À la justice, désormais, de faire son travail… On l’espère certes « aveugle », selon la célèbre expression qui y voit là un idéal juridique : « La justice doit être impartiale et traiter tous les individus de manière égale, sans être influencée par des facteurs externes tels que la richesse, le statut social, l’apparence ou les opinions personnelles » (www.lesexpressions.fr).
Mais saura-t-elle en revanche être « sourde », ce qui l’empêcherait d’être influencée par le tapage médiatique qui a suivi « l’indignation » savamment orchestrée, une semaine durant, des propos incriminés dont le moins qu’on puisse en dire est qu’ils ne sont guère ceux de gentlemen (euphémisme !), voire qu’ils sont, concevons-le, aussi grossiers que déplorables.
Toutefois, comme l’a rappelé Me Victor Lima, ces insultes n’avaient été proférées ni directement, ni personnellement à qui que ce soit et entre personnes se connaissant et sans être accompagnées de menaces envers quiconque.
Et des insultes, aussi indignes puissent-elles être considérées, toutefois fort peu comparables à nombres d’autres écrites régulièrement et sans retenues aucune, dans une grande majorité de médias et tout autant proférées à la tribune de meetings politiques ; des insultes pour lesquelles on compte assez facilement sur la moitié d’une main d’un manchot les sanctions immédiates, mises à pied éventuelles ou inculpations effectives de leurs auteurs.
De quelles insultes s’agit-il ? Mais de celles de « souchiens », « babtous », « bouffeurs de cochon », celles des termes habituels du « point Godwin » de tout échanges politiques – « nazis », « fascistes », « pétainistes » – et, nouvellement apparue, la dernière expression à la mode de « tout blanc tout moche » (© Jean-Luc Mélenchon)… sans oublier celles concernant une communauté assez obsédante pour beaucoup : celles des « Feujs », « génocidaires », « sales juifs(ves) », « génocidaires », etc. qu’on affuble également, désormais, des qualificatifs de « nazis » et de « fascistes », ce qui ne mange pas de pain, fusse-t-il casher.
Ces insultes-là, est-ce exagéré de faire remarquer qu’elles sont toutes, elles, abondamment et régulièrement répandues, non pas en « conversations privées », mais dans des échanges publics, sans honte et sans vergogne… et même dans des médias de service public ?
Sans compter les menaces d’insurrections, de troubles à l’ordre publics, d’insultes contre les forces de l’ordre telles que « La police tue ! » qui me semblent autrement plus graves et lourdes de dramatiques conséquences que de simples injures échangées en privé, aussi minables soient-elles.
Enfin, comment ne pas songer aux précédents des mouvements de délation tels « #balancetonporc » et autre « #MeToo » qui ont imposés que de simples accusations d’ordres sexuels deviennent des condamnations, sinon judiciaires, en tout cas sociales ?
À l’avenir, de simples accusations de « scandaleux propos privés » ne multiplieront-elles pas les lynchages de femmes et d’hommes, obligé(e)s de fuir leurs lieux d’habitation après avoir été chassés de leurs emplois ?
Il y a ceux qui en rêveraient… et le diable qui en rit déjà…
Philippe Randa
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