Québec

Nationalisme canadien-français : entretien avec Alexandre Cormier-Denis

Alexandre Cormier-Denis, principale voix du nationalisme canadien-français décomplexé, n’est plus à présenter. Invité sur de nombreuses plateformes françaises et présent au dernier colloque de l’Illiade, il est devenu un incontournable dans le paysage médiatique alternatif français. Sa vivacité d’esprit, sa liberté de parole et son point de vue sans concession en ont fait un chroniqueur apprécié des identitaires français. Présent au Dominion Conference tenu à Hamilton le 29 août dernier, il nous parle de cet évènement, le premier du genre, et fait le point sur les élections québécoises.

L’évènement DomCon tenu à Hamilton le 29 août est une première dans le genre. Qui était derrière ce grand rassemblement et quel était le fil conducteur des interventions?

C’était le premier congrès de la Dominion Society, une nouvelle organisation originaire du Canada anglais qui vise à revaloriser le nationalisme canadien traditionnel fondé par les deux peuples fondateurs britanniques et français mis à mal depuis des décennies par le multiculturalisme officiel inscrit dans la constitution canadienne. Depuis une quarantaine d’année, ce pays est devenu le laboratoire de toutes les utopies de la gauche radicale : banalisation du transgenrisme sur les enfants, accommodements raisonnables pour toutes les minorités ethnoreligieuses, immigration légale et illégale hors de contrôle, subventions à des individus se disant « autochtones » sans aucune vérification ancestrale, déboulonnage de statues des pères fondateurs du pays – notamment John A. Macdonadl, etc. De la folie pure. L’émergence de la Dominion Society s’explique donc dans ce contexte de liquéfaction de la société canadienne où toute forme de nationalisme traditionnel était vouée aux gémonies. En axant son combat métapolitique sur la lutte à l’immigration massive et en défendant le principe de remigration, cette jeune organisation née il y a peine un an à su tenir un discours mobilisant une frange de la jeunesse avide de discours identitaire fort.

L’Ontario n’est pas un endroit propice pour la liberté d’expression. La conférence a-t-elle connu des problèmes légaux ou avec les antifas?

Oui, de nombreux problèmes émanant directement du monde politique. D’abord la mairesse de la ville dans laquelle la conférence devait se tenir a publiquement dénoncé la tenue de l’évènement, puis des politiciens fédéraux ont appelés à son annulation, tout comme le lobby juif B’nai Brith qui a publiquement dénoncé la tenue de la conférence. Quelques jours avant la tenue de l’évènement, la police de Hamilton a même contacté directement les potentiels lieux de location de la ville pour les décourager d’accueillir la conférence et allant jusqu’à leur demander s’ils étaient au courant de quelconque information sur la Dominion Society et leur congrès. Une véritable petite Stasi politique cherchant à brimer le droit pourtant constitutionnel à la réunion paisible par une organisation légaliste n’appelant ni à la violence ni à la désobéissance civile. De plus, fait intéressant, sur les quatre invités internationaux, les deux seuls à avoir été embêtés par les autorités canadiennes furent ceux dont la présence avait été annoncée : l’Autrichien Martin Sellner de l’Institut pour la Remigration qui n’a pas pu se rendre au Canada et le Britannique Charlie Downes, porte-parole de Restore Britain, qui a dû passer par la frontière terrestre canado-américaine après un vol partant de Londres pour se rendre à la conférence. L’Américain Jared Taylor, pourtant beaucoup plus connu, et la Britannique Lucy White, travaillant pour le White Papers Policy Institute, n’ont quant à eux aucun mal à se rendre au Canada. Cette séquence démontre donc le haut niveau de politisation des agences frontalières et policières canadiennes contre les forces nationalistes. Quant aux antifas, leur mobilisation a rapidement été circonscrite par les forces de sécurité présente.

Vous êtes un séparatiste convaincu et pourtant vous avez décidé de vous adresser à des Canadiens anglais. Pourquoi?

Cela fait bientôt dix ans que j’évolue dans ce qu’il est convenu d’appeler la « Droite nationale » québécoise et malgré les forts volumes d’immigration au Canada anglais, il ne semblait y avoir aucune réaction majeure contre le remplacement de population là-bas. En voyant l’émergence de la Dominion Society qui tenait un discours ferme et lucide sur l’immigration de remplacement et défendant la remigration, j’ai accepté l’offre de son fondateur Daniel Tyrie de venir livrer un discours sur la perspective québécoise au sujet de la catastrophe migratoire canadienne. Il faut aussi ajouter que je suis de plus en plus convaincu que le mouvement souverainiste québécois institutionnel manque de lucidité géopolitique pour rendre effective toute déclaration unilatérale d’indépendance car cela demanderait un rapprochement avec Washington que les Québécois ne semblent pas être en mesure d’assumer. Or si nous ne faisons pas rapidement sécession du Canada, il faudra bien s’entendre avec les forces anti-immigrationnistes du Canada anglais pour éviter la mise en minorité des Canadiens français au Québec. S’il y a une chose qui peut rapprocher, même temporairement, les deux solitudes, c’est la lutte commune contre le Grand Remplacement.

D’ailleurs, lors de votre discours, vous avez expliqué que votre vision de l’immigration de masse a évolué : vous considériez par le passé qu’Ottawa tentait de noyer le Québec, mais vous avez changé sur cette question. Pourriez-vous expliquer?

L’immigration a toujours été un enjeu pour les Canadiens français en raison de leur double statut de peuple fondateur mais également de minorité ethno-linguistique du Canada depuis la Conquête britannique. L’immigration a toujours été vue suspicieusement comme un moyen pour l’Empire britannique puis Ottawa de noyer l’élément français du pays par une immigration d’abord britannique puis européenne et maintenant mondiale. Sauf qu’en vérité, le Québec reçoit moins d’immigrés par capita que sa proportion dans la population canadienne. Autrement dit, le Canada anglais se noie lui-même de façon plus rapide que le Québec. Par exemple, l’Ontario – qui représente le cœur de l’identité loyaliste canadienne-anglaise – a reçu pendant des années deux fois plus d’immigrés par capita que le Québec. L’idée générale des nationalistes québécois de droite qu’Ottawa utilise l’immigration massive pour résoudre la « question du Québec » n’est peut-être pas entièrement fausse, mais elle fait l’impasse sur un phénomène bien plus large et complexe : c’est le Canada en entier qui est en plein suicide migratoire.

Au Québec en ce moment les élections battent leur plein. Croyez-vous en l’élection d’un gouvernement séparatiste?

Les sondages indiquent que c’est le Parti québécois (PQ) qui pourrait obtenir un gouvernement minoritaire lors des élections législatives du 5 octobre prochain. Le soutien à ce parti est protéiforme car il est à la fois le visage du souverainisme québécois depuis sa première élection en 1976, mais également très lié au monde syndical et à la social-démocratie tout en étant le plus ferme sur les enjeux migratoires. Le parti prône actuellement un moratoire sur l’immigration permanente de travail qui relève du Québec en vertu d’une entente sur l’immigration avec le gouvernement fédéral. En vérité, le PQ est un parti social-démocrate qui souhaite garder un filet social fort et croit qu’il faut réduire l’immigration pour y parvenir afin de mieux intégrer culturellement les nouveaux arrivants. Beaucoup de nationalistes de droite n’ayant pas de meilleure option électorale voteront probablement pour ce parti de compromis.

Et pourriez-vous expliquer l’effet Trump sur ces élections?

Je n’ai jamais vu un tel niveau d’antiaméricanisme au Québec et au Canada depuis l’invasion de l’Irak en 2003. En raison des propos malencontreux du président Trump sur le « 51e État » et les mesures tarifaires prises par son administration, la population québécoise redécouvre une forme d’antiaméricanisme latent permettant aux partis centristes et de gauche de surfer sur un patriotisme canadien dévoyé. Factuellement, la présente séquence canado-américaine favorise le maintien au pouvoir des partis les plus mondialistes qui activent hypocritement un unifolié ou un fleurdelisé pour mieux continuer leur destruction nationale par l’immigration de remplacement. Par ailleurs, alors qu’il y a en poste à Washington le président le plus hostile à l’intégrité territoriale du Canada qu’on a jamais vu depuis la guerre de 1812, le mouvement souverainiste québécois fait tout pour ne pas être associé au trumpisme et apparaître comme la cinquième colonne du national-populisme américain. Le PQ mentionné plus tôt à même promis de ne pas tenir un référendum sur la sécession du Québec tant que l’administration Trump serait en place en raison du climat d’incertitude que cela créait, alors que c’est plutôt justement parce que l’actuelle présidence est hostile au Canada qu’il faudrait précisément lui parler! Trump rend fou toute la classe politique canadienne et le Québec n’en est malheureusement pas exempté.

Propos recueillis par Rémi Tremblay

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