En France, « l’extrémisme violent de gauche est en hausse et son rôle dans la mort de Quentin Deranque démontre la menace qu’il représente pour la sécurité publique », avait estimé le 19 février l’administration Trump en exprimant son espoir « que les auteurs de ces violences seront traduits en justice. »
Que n’avait-elle dit là ! Dimanche, notre ministre des Affaires étrangères réagissait à cette inadmissible « ingérence » en confirmant la convocation de l’ambassadeur des États-Unis en France, au motif que « nous refusons toute instrumentalisation de ce drame (…) à des fins politiques » car la France n’a« aucune leçon, s’agissant de la violence en particulier, à recevoir de l’internationale réactionnaire [sic] ». Internationale dont fait également partie l’Italie de Georgia Meloni qui, horrifiée par la sauvagerie des bourreaux de Quentin, souhaitait également leur rapide mise à l’ombre. Ce qui suscita la fureur de Macron, indigné par cette immixtion dans nos affaires intérieures.
Gloire aux « bonnes » victimes, annihilation des autres
Attitude pour le moins paradoxale puisque, après la mort en janvier 2020 à Minneapolis du multirécidiviste afro-américain George Floyd qui, lors d’une arrestation tumultueuse, avait succombé aux sévices de trois policiers US, dont deux noirs, la France officielle avait communié dans le culte du défunt et largement participé à l’implantation chez nous du mouvement Black Lives Matter. Il est vrai qu’alors, c’était l’internationale gauchiste qui était aux commandes… comme elle l’est encore aujourd’hui. De Ségolène Royal à Dominique de Villepin, deux personnages en quête d’honneurs qui sautent sur toutes les occasions de faire parler d’eux, la majeure partie du monde politique s’aligne en effet sur La France Insoumise et son coordinateur Manuel Bompard en condamnant toute « instrumentalisation », prétendument fatale à « l’unité de la cohésion nationale » du lynchage à mort de Quentin par des Antifas.
A-t-on oublié en effet comment, depuis la mort en 1972 du maoïste Pierre Overney venu prôner la grève aux ouvriers de Renault et abattu par un vigile de la Régie (1), ont été et continuent d’être instrumentalisées par la gauche, et bien au-delà, les victimes de la violence« réactionnaire », pour parler comme le ministre Barrot ? On ne citera ici que quelques canonisés par la nouvelle Vulgate, qui ignore délibérément et s’acharne à occulter la mort atroce réservée à Thomas, à Lola ou à Philippine par les nouveaux occupants — frappés d’une OQTF dans le cas des violeurs-tueurs de Lola et de Philippine.
- Le Tunisien Malik Oussekine grand diabétique sous dialyse mais néanmoins participant le 6 décembre 1986 à une manifestation étudiante contre la loi Devaquet boulevard St-Michel, atteint par une charge de police (le ministre Alain Devaquet démissionna aussitôt et sa loi sur la réforme des universités fut abandonnée)
- Mohammed Bouarram, noyé dans la scène le 1er mai 1995, près d’une heure après le traditionnel défilé du Front national, à la suite d’une rixe avec des skinheads alcoolisés sans qu’on n’ait jamais su s’il avait été jeté dans le fleuve par ses agresseurs ou s’il s’y était jeté pour leur échapper. Reste que, depuis 1995, Bouarram a sa plaque sur un mur et qu’après François Mitterrand, Pierre Delanoë puis Anne Hidalgo ont eu à cœur de jeter chaque année une gerbe de muguet dans sa Seine pour commémorer son assassinat, geste pie bien sûr répercuté par tous les médias. Les mêmes qui reprochent aux nationalistes leurs défilés du 9 mai à la mémoire de leur camarade Sébastien Deyzieu, tombé d’un toit où, à l’issue d’une manifestation, il était poursuivi par des CRS.
- Zied Benna et Bouna Traoré, deux jeunes voyous électrocutés à Clichy-sous-Bois le 25 octobre 2005 dans un transformateur EDF totalement interdit d’accès mais où ils s’étaient réfugiés pour fuir un contrôle policier (trois semaines d’émeutes suivirent, provoquant 300 millions d’euros de dégâts et la mort de quatre non-racisés, Jean-Jacques le Chenadec, Jean-Claude Irvoas et Alain Lambert, ainsi qu’une femme handicapée brûlée vive dans un bus incendié. Tous furent — à dessein — totalement invisibilisés et donc très vite oubliés.
- Adama Traoré, Franco-Malien issu d’une famille polygame de 17 enfants, atteint de sarcoïdose, incarcéré pour vols et violences encore adolescent et violeur à de multiples reprises d’un codétenu. Interpellé le 19 juillet 2016 à Persan (Val-d’Oise), par trois gendarmes (dont deux Antillais) un mois après sa sortie de prison et alors qu’il est porteur de stupéfiants, il se débat et ne survivra pas à son arrestation. Malgré une dizaine d’expertises et de contre-expertises exigées par sa sœur, la très médiatique Assa, égérie de Médiapart et fondatrice du comité « Justice pour Adama », et les recours incessants de la famille, le non-lieu accordé aux trois gendarmes « assassins » a été confirmé début février 2026. Mais la famille s’est pourvue devant la Cour européenne des Droits de l’homme.
- Clément Méric, anarchiste et militant de l’Action antifasciste Paris-Banlieue, étudiant frêle et lui aussi de santé très fragile mais néanmoins, selon tous les témoins interrogés, à l’origine de la rixe avec de jeunes prolos réputés skins, qui lui coûta la vie le 5 juin 2013
- Nahel Marzouk, Franco-Algérien de 17 ans, atteint le 27 juin 2023 par la balle d’un policier dont il venait de tenter d’écraser un collègue alors qu’il conduisait sans permis une puissante Mercedes immatriculée en Pologne. La neutralisation de ce « petit ange » provoqua les émeutes de 2023 dites « du Ramadan » dont, en avril 2024, la commission des Lois du Sénat estimait que « l’estimation des dommages aux biens atteint le chiffre d’un milliard d’euros. Les seuls 16 400 sinistres déclarés aux assureurs représentent un coût de 793 millions d’euros ».
Après la mort de jeune Marzouk, Mme Ravina Shamdasani, porte-parole du Haut-Commissariat des Nations-Unies aux droits de l’homme, avait sommé le gouvernement français de « s’attaquer sérieusement aux profonds problèmes de racisme et de discrimination raciale parmi ses forces de l’ordre ». C’est dire combien, à partir de l’Hexagone, le cas Nahel avait été instrumentalisé à l’international. Mais on ne sache pas qu’Emmanuel Macron et le Quai d’Orsay se soient alors insurgés contre cette inadmissible ingérence. D’ailleurs, ce 22 février 2026, une manifestation blanc-beur et surtout black menée par la Coordination Sans-Papiers et la Fédération anarchiste n’a-t-elle pas été autorisée de Barbès à la Trinité sur le thème « La police tue » ? Y fleurissaient des pancartes telles que « Destroy White Supremacy » ou « Racisme systémique – Violence d’Etat – Riposte populaire ».
Pour le RN, l’ultradroite, voilà l’ennemi
Si l’inversion des valeurs comme des rôles n’étonne pas de la part du clan mélenchoniste, de ses électeurs et de sa presse aux ordres, qui ont les yeux de Chimène pour les nervis de la Jeune Garde antifasciste agresseurs de Quentin Deranque et assistants parlementaires pour deux d’entre eux à leurs moments perdus, la soumission à la doxa est impardonnable de la part du Rassemblement national, héritier du Front national qui se voulait « le syndicat des indigènes de ce pays ».
L’injonction adressée le 18 février par Jordan Berdella aux élus et aux militants du RN à l’annonce de l’hommage rendu par Lyon à Quentin était formelle : interdiction de s’y rendre compte tenu du « profil des organisateurs animés par la seule volonté de confrontation de l’extrême gauche » et, surtout, « indéniablement liés à l’ultradroite et que nous refusons de côtoyer par cohérence avec notre ligne ». Pas question donc d’« y associer le Rassemblement National ».
Certes, à Lyon, le risque d’affrontements était sérieux après l’autorisation très inattendue accordé à la manifestation par le ministre de l’Intérieur Nunez dont on peut tout attendre, y compris les coups les plus bas puisque, à trois semaines des élections municipales, tout clash entre le RN et l’ultra-gauche aurait été abondamment exploité. Mais quel mépris pour l’ultradroite, ces pelés, ces galeux, dans l’oukase de Bardella ! Au demeurant, si les groupuscules se multiplient, n’est-ce pas la conséquence de l’embourgeoisement et de la volonté de recentrage du RN, de sa rage d’être enfin dédiabolisé ? Toutefois, comme le répète Jean-Yves Le Gallou après Jean-Marie Le Pen, la dédiabolisation ne dépend pas du diabolisé, mais du seul diabolisateur, comme vient de le prouver une nouvelle fois l’exposition politico-médiatique de l’affaire Quentin, quels que soient les faits avérés.
En effet, bien que les quelque 3500 participants recensés le 21 février dans le cortège de Lyon s’y soient parfaitement comportés et n’aient pas provoqué le moindre incident, il n’était question le lendemain que des trois « saluts nazis » (en fait : romains, et tout récemment encore olympiques) observé, de la présence des « fasciste » Yvan Benedetti, ancien président de l’Œuvre Française, et Aliette Espiaux, militante pro-vie mais épouse d’un identitaire, ou du « nazi » Marc de Cacqueray-Valménier pourtant proche d’Éric Zemmour. De plus, alors que les Africains ne manquaient pas dans le défilé, des « injures racistes » auraient été entendues, toutes bavures qui vont faire l’objet d’enquêtes. Inaperçus, en revanche, les nombreuses têtes chenues, les jeunes et les vieux s’agenouillant et se signant devant l’autel à Quentin jonché de fleurs et même Étienne Blanc, le très respectable sénateur (LR !) de Lyon, qui sauva ainsi l’honneur du Parlement. C’est d’ailleurs dans le même recueillement et la même sérénité que se sont déroulées les nombreuses manifestations organisées dans toute la France à la mémoire de Quentin, de Lille à Nice et de Nantes à Strasbourg.
C’est dire que les hiérarques RN ne se seraient pas flingués politiquement en étant eux aussi présents, comme l’avaient été Marie-Caroline Le Pen, Philippe Olivier, Anne Sicard, Andréa Kotarac, Jean-Lin Lacapelle ou encore Marion Maréchal une semaine plus tôt devant la Sorbonne (1).
Alors que Mélenchon défend perinde ac cadaver son député Raphaël Arnault et ses sbires impliqués dans la mort de Quentin, on saura le 22 mars si la prudence de serpent du tandem Jordan-Marine aura apporté des voix à leur parti ou l’aura au contraire privé d’électeurs jusqu’ici fidèles.
Camille Galic
- Condamné à 4 ans de prison mais libéré en 1974, Jean-Antoine Tramoni fut assassiné le 23 mars 1977 par deux tueurs à moto qui ne furent jamais retrouvés, crime revendiqué par les NAPAP, pseudopode de la Gauche prolétarienne. La vengeance ne s’arrêta pas là. PDG de Renault lors de l’affaire Overney, Georges Besse fut assassiné le 17 novembre 1986 par Action directe.
- https://nouveaupresent.fr/2026/02/16/hommage-en-memoire-de-quentin/








Imaginez la présence officielle du RN à la marche Quentin Deranque : c’était un boulevard pour LFI et sa propagande . La famille aurait été sommée de dénoncer la présence du RN etc … Bardella en a peut-être un peu trop fait . Faut qu’ave Marine, on ne badine pas avec la bienséance des idées politiques.