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De l’art de collecter les citations

On dit que la bibliothèque d’un honnête homme nous en apprend plus sur lui que le plus long des entretiens. C’est pourquoi les hommes politiques adorent poser devant leur bibliothèque. Sans doute pensent-ils ainsi se donner une image flatteuse, en mettant en avant les livres de grands penseurs et de grands auteurs.

Par exemple, pour ce qui concerne Sarkozy, sa collection de la « Pléiade »

Un recueil de citations me semble nettement plus révélateur du « moi profond » de son collecteur. C’est pourquoi je garde précieusement le carnet des citations recueillies par mon père tout au long de sa vie. Elles font la part belle à la spiritualité scoute. Il y a quelques … dizaines d’années, j’avais publié un guide des citations de l’homme de droite dans lequel je faisais figurer mes citations favorites, plus souvent pêchées, à la vérité, chez Paul Morand, Audiard, Belmondo ou Philippe Muray que chez Mauras ou Louis Veuillot. Allez comprendre ?

Pierre Le Vigan préface, chez Atelier Fol’Fer, la maison d’édition qu’avait créé Alain Sanders, et reprise il y a quelques années par Philippe Randa, un recueil de citations soigneusement sélectionnées par l’avocat Pierre Brunot. Des fouilles archéologiques portant sur les Sumériens ont mis au jour, semble-t-il, des citations et proverbes vieux de quatre mille ans ! C’est donc une manie – la citation, l’aphorisme, le proverbe, la maxime -, que l’on retrouve apparemment à toutes les époques et dans tous les types de civilisations. Sous le titre Arrêts sur lectures, Pierre Brunot nous présente sa sélection personnelle de sentences.

Un petit nombre de citations à placer pertinemment

Il y a plusieurs écoles dans la collecte de citations : celle qui consiste à rassembler les plus flamboyantes, ou les plus pertinentes, ou encore les plus connues, celles qui ont fait date. Vaut-il mieux donner une seule très bonne citation par thème, ou au contraire faire figurer le plus grand nombre de citations sur des thèmes limités, et laisser le lecteur trancher ? Arrêts sur lecture se situe plutôt dans cette dernière logique, à savoir, ici, une cinquantaine de thèmes, de portée générale (l’amitié, les femmes, la jeunesse, le destin etc.), abordés chacun par de nombreuses citations.

J’avoue préférer le recueil de citations qui ne retient pour chaque thème qu’un nombre limité d’entre elles. D’autant que la mémoire, avec le temps, nous fait parfois défaut, et qu’il est préférable de se souvenir d’un petit nombre de citations que l’on pourra placer pertinemment, dans un diner parisien ou dans un débat politique.

Pour ma part je garde le souvenir enchanté d’un comité de direction de la société dans laquelle je travaillais alors, dont l’un des participants pérorait, critiquant systématiquement les autres services, les équipes de ses collègues etc. Exprimant vraisemblablement l’agacement du plus grand nombre des présents, autour de la table, j’ai lâché ceci : « Comme disait Freud, regarde quelle est ta propre part au désordre dont tu te plains ». Un grand silence a suivi, tous les regards ont convergé vers le fâcheux, qui a quitté la société peu de temps après, au soulagement général.

« La femme est un roseau dépensant »

Je reste un inconditionnel de la bonne citation, lâchée au bon moment, devant un public approprié. Dans le recueil de Patrick Brunot, j’en ai picoré quelques-unes, par exemple sur l’amour, celle, corrosive, comme souvent, de Jean Anouilh : « L’Amour est aveugle, mais le Mariage lui rend la vue ». Ou celle de Mac Orlan (qui aurait pu être de Guitry, aussi) : « La femme est un roseau dépensant ». Au chapitre des citations sur « le rire », je trouve cette citation, attribuée par Patrick Brunot à Jean-Paul Sartre : « Le rire est à l’homme ce que la bière est à la pression ». Je la croyais (et je la crois toujours) d’Alphonse Allais. Dans la bouche d’Alphonse Allais elle nous réjouit. Dans celle de Sartre, qui ne savait rire que sur les cadavres de ses ennemis, qu’il avait contribué à faire périr (cambodgiens et vietnamiens, Français d’Algérie etc.), elle nous dégoute plutôt.

Francis Bergeron

Arrêts sur lectures, par Patrick Brunot, préface de Pierre Le Vigan, 142 p., Atelier Fol’Fer, 2026.

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