David Gattegno, dont la culture est immense, vient de publier une étude sur la symbolique du chien, le meilleur ami de l’homme, comme chacun sait, ou au moins l’un de ses meilleurs amis. Ce livre est en fait la réédition d’un ouvrage qui était paru il y a trente ans, et qui nous est proposé à nouveau aujourd’hui, avec une iconographie largement enrichie.
Il y avait matière à cet enrichissement, car le chien est représenté par les hommes depuis la nuit des temps ou presque (alors que l’inverse n’est pas vrai). Tout le monde connait par exemple les mosaïques de Pompéi et en particulier celle qui est sans doute la plus célèbre de toutes, et qui fait d’ailleurs la couverture de ce livre : on y voit le portrait d’un chien avec cette inscription, en mosaïque, également, encore plus célèbre que la mosaïque elle- même : « Cave canem » , attention au chien ! On retrouve certes parfois aussi cette inscription sur nos prosaïques paillassons du XXIe siècle, mais il n’empêche que cette mosaïque-là, cette inscription, nous donnent le vertige, venant nous rappeler que le compagnonnage du chien et de l’homme a été inscrit dans le temps très long.
D’ailleurs, nous explique Gattegno de façon assez convaincante, le chien n’est pas un animal sauvage qui aurait été dressé, domestiqué, au fil des siècles ou des millénaires, comme le cheval, sans doute. Il est inféodé à l’homme parce qu’il en attend sa pitance (comme à peu prés tous les animaux domestiques) mais en outre une affection singulièrement innée l’attache à l’homme de façon indéfectible. En somme le chien est né chien. Il n’y a donc pas -n’en déplaise à Jacques London – de risque de voir un chien « retourner » à l’état sauvage. S’appuyant sur une foule de références, Gattegno précise sa pensée : un « chien sauvage » n’est pas un chien qui retrouve les comportements et les sensations de son hérédité profonde, c’est tout simplement un chien mal élevé, exactement comme le barbare est un homme mal élevé, c’est-à-dire sans empathie, sans éducation. J’avoue n’avoir jamais étudié cette question sous cet angle. Mais tout cela a du sens.
Alors vous risquez de me dire : mais d’où parle Gattegno ? Quelles sont ses compétences en cette matière ? Sa présentation, en quatrième de couverture nous indique que ce passionné d’héraldisme, de musique classique, et de lectures autour du symbolisme et de la Tradition, est un fin connaisseur de Knut Hansum, d’Ernst Junger, de Julius Evola, de Gobineau, de René Guénon. Est-ce par ces lectures là qu’il a acquis une telle connaissance des chiens ? J’ai du mal à le croire. Il est certes possible que ces auteurs du XIXe et du XXe siècles aient bien connu les chiens. Mais je n’ai pas le souvenir d’avoir trouvé dans leurs œuvres respectives matière à alimenter un traité sur la gente canine. Quant à leurs romans, bien que ne les ayant pas tous lus – à la différence de Gattegno – je n’ai pas davantage le souvenir que le chien (ou quelque autre animal) y tienne un rôle central, pas plus en tout cas que les bécasses dans les contes de Maupassant, où cet oiseau n’est pas vraiment évoqué (si ce n’est en cuisine). D’ailleurs en littérature, à part Jack London, déjà cité, et Morand, avec Hécate et ses chiens, le chien est un animal bien moins présent -en tant que héros – qu’on pourrait le croire ; il est certainement moins souvent évoqué que le cheval, ou que le chat (mais tous les propriétaires de chats savent que ce n’est pas du tout un animal domestique, contrairement à la légende).
Mais j’ai eu l’occasion de me rendre chez Gattegno, dans sa propriété du Limousin, et j’ai pu vérifier de visu qu’il pratique l’élevage de chiens, ce qui lui donne sans doute une bonne science des canidés domestiques. D’autant que les chiens de Gattegno étaient gigantesques, parmi les plus grandes races de chiens, dignes du chien des Baskerville !
Au départ j’avais l’intention de rédiger un court billet sur ce livre, Le symbolisme du chien, le sujet ne correspondant guère à mes propres centres d’intérêt. Mais j’avoue qu’à la lecture du Symbolisme du chien, je me suis pris au jeu. Cette étude se lit avec plaisir car elle est érudite sans être pédante ni scientifique, et donc à la portée du cynophile moyen.
Mais il s’appuie surtout sur de nombreuses illustrations, ce qui nous permet de parcourir toute l’histoire de la civilisation, avec des chiens, pour guides, mais pas des chiens d’aveugles, évidemment, compte tenu de l’importante iconographie.
Francis Bergeron
Symbolisme du chien, par David Gattegno, Dutan, 2026, 264 p., 25€
Nous avons besoin de vous, faites un don au Nouveau Présent!

