Le site naturel, à la foi mythique et mystique est situé en Bourgogne chevelue, tout proche d’Alise-Sainte-Reine. Une inscription gauloise en caractères latins d’époque romaine, la pierre de Martialis, nous assure du nom du lieu : « ALISIIA ». Ce serait l’Alésia du siège antique et l’épicentre de cette fameuse bataille décisive de la fin de la guerre des Gaules qui a entériné la défaite d’une coalition de peuples gaulois menée par Vercingétorix face aux armées romaines de Jules César. De nombreux historiens sont d’accord là-dessus. Consensus n’est pas loi. L’Histoire est une science humaine et sauf sur « Le » sujet tabou, le doute loin d’être pénalisé est généralement promu lors de débats contradictoires où les preuves sont généralement admises au lieu d’être interdites de production.
La Seine, source d’abondance, de poésie et de mélancolie.
Apollinaire (avec un seul p et deux l, comme un oiseau qui pète, moyen mnémotechnique afin d’écrire correctement) s’y promenait un livre ancien sous le bras en consommant son intarissable peine. Sous le pont Mirabeau coulaient ses amours dans un autre poème. Brassens (« Les ricochets »), Barbara (« Joyeux Noël ») et Serge Reggiani (« Le zouave du Pont de l’Alma », « Pierrot l’esbroufe ») comptaient les leurs, sous les porches. Savez-vous que les premiers enregistrement phonographiques ont été commercialisés par Bruant ? Le chanteur devait projeter sa voix directement dans un grand pavillon acoustique qui gravait la cire au fur et à mesure; tout pareillement au célèbre petit Jack Russell Terrier immortalisé par « Pathé-Marconi » (la voix de son maître). Aristide s’époumonait donc dans l’entonnoir avec son timbre de mêlé-cass, entonnant des chansons de faubourg : « Un jour qu’i faisait pas beau / Pas ben loin du bord de l’eau / Près d’la Seine /Là où qui’ pouss’ des moissons / De culs d’bouteill’s et d’tessons / Dans la plaine… » L’ami Daniel Guichard, qui sans être de la maison à chanté sans remords ni regrets lors d’une réunion festive du CNC, est surnommé aujourd’hui « le réactionnaire-en-chef des plateaux » ! Il a fredonné la Seine lui aussi dans un de ses premiers albums : « C’est parc’que j’suis né à Panam’ » en 1969, ancrant ses textes dans le décor de Paris et des bords de l’eau vive où il a grandi. Madame Saladin, chanteuse réaliste de carnaval, l’évoque aussi, la Seine, et même Vanessa Paradis, la Seine, la Seine, la Seine… Georges Simenon était épris du fleuve, au point d’y établir sa résidence en 1930 en amarrant son canot à habitacle, L’Ostrogoth, à Morsang-sur-Seine. De nombreux « Maigret » ont pour cadre la Seine. Le commissaire divisionnaire la contemple depuis son bureau du 36 Quai des Orfèvres et Claude Barna de filmer le fleuve, plus d’une fois qu’à son tour en mettant en scène Jean Richard. C’est le fleuve de toute mon enfance rouennaise et sottevillaise. Présence et souvenance qui m’ont suivis jusqu’au Havre où fini sa course et où j’ai effectué ma préparation militaire terre. Comme écrivait Brasillach : « Voici la mer, voici la Seine, voici la fraîche joue des miens ».
Un petit coin de paradis.
On accède au lieu béni des dieux du temps que régnait le grand Pan par la D103C qui sinue de Chanceaux à Saint-Germain, quartier de la commune de Source-Seine. Entre les deux patelins, il y a une vue discrète sur le ru formant un delta et qui vaut dix aux yeux des contemplatifs. J’y verrais bien, pour ma part, un tout petit essarts, au moins un banc propice au pique-nique, un édicule, un exedre ombragé et pourquoi pas un pont menant nulle part. Comme disait Cyrano : « C’est bien plus beau lorsque c’est inutile ! » A cet endroit, les eaux semblent se rassembler se retenant de rentrer sous la terre pour mieux s’égailler en multiples ruisseaux à partir de l’étang de Grillande orthographié aussi Griande. Les verts offrent à nos prunelles plus de mille variations de couleurs amandines, tant les ondes sont couvertes de plantes aquatiques qui forment comme un tapis flottant se mouvant en clapotis discret sous les hautes frondaisons dispensant leur ombre bienfaisante.
Ici, c’est Paris !
On accède ensuite à un petit parking quasiment désert au plein cœur de l’été. Deux camping-cars seulement sont stationnés. Le lieu sacré n’attire pas les gens, tant mieux. Nolite mittere margaritas ante porcos. Quatre boomers, male et femelle en parité, se trimballent quand même et s’élugent entre eux bruyamment. Asinus Asinum Fricat. Faictes donc silence ! Une pancarte surprenante, officielle et insolite indique à l’entrée de ce lieu passablement clos : « Ville de Paris » ! Napoléon III s’étant littéralement piqué d’archéologie, a fait entreprendre maints travaux de recherche en Bourgogne et en Franche-Comté et la statue que l’on voit derrière les grilles d’une grotte de pacotille est de style quelque peu pompier. En 1867 le baron Haussmann, préfet de la Seine, n’hésita pas à faire de cet endroit la source principale en captant, pour renforcer son débit, les eaux de la source sacrée qui jaillissait trois ou quatre mètres plus haut et à une centaine de mètres plus loin. La Seine n’a pas qu’une seule source, mais une demi-douzaine (en période de pluie) dans ce même vallon. La résurgence authentique se trouve à 475 mètres d’altitude sur la commune de Poncey-sur-l’Ignon.
Andréa c’est toi ? Mais non, moi c’est Séquana ! Je suis toujours là pour toi !
La plus vieille statue, oeuvre naïve la plus antique et authentique a été reconstituée à partir d’un socle primitif taillé dans la pierre. Elle est exposée et assise sous les arbres de la rive droite. Elle est littéralement vénérée par les travailleuses et les travailleurs, comme disait Arlette Lagrillée, les paysans, les moissonneurs, les pépiniéristes, c’est ce qui m’a ému. Au pied du buste on trouve des bouquets de myosotis, renoncules d’or, hortensias et des sapinettes. Des fruits, des fleurs, des perles et des branches, autant d’offrandes comme de prières. Ici, on ressent quelque chose. Ce qui me vient à l’esprit, c’est la lumière, de la lumière… Et pas de réseau téléphonique ! Tout pareillement au Cuveau des fées à Escles, ou aux sources de la Saône…
Conclusion : Si l’on songe à son destin, à la quête de soi, pourquoi ne pas répondre avec Raymond Devos : « Qui-suis-je ? Je suis moi. Où vais-je ? Chez moi. Que faire ? J’y retourne !aux bords de la Seine…
Franck Nicolle.
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