Une seconde victoire en coupe d’Europe de football — celle des clubs — remportée par une équipe propriété du Qatar et en majorité composée d’extra-Européens mérite-t-elle d’être promue événement national et fêtée comme tel de Dunkerque à Barcelonnette, en passant bien sûr par Paris, dont le club victorieux tire son nom ?
Quand la communion républicaine tourne mal
C’est donc dans la capitale que la « communion » a été la plus fervente le 30 mai au soir. Cafés pris d’assaut pour suivre entre potes sur grand écran le moment historique, beugler aux moments opportuns et soupirer de désespoir quand le onze fétiche flanche, cohue monstre aux alentours du Parc des Princes qui proposait une transmission en direct de la rencontre pour tenter de s’y introduire, par la force si nécessaire faute de billets d’entrée puis, au moment de la « délivrance », la liesse. Même si, après un match laborieux conclu par un nul, ce n’est qu’aux tirs au but que le Paris-Saint-Germain finit par l’emporter contre les Anglais de l’Arsenal.
On conçoit le soulagement des fans. Mais drôle de manière d’exprimer sa joie que de mettre une ville en état de siège. Les médias ont beaucoup parlé des Champs-Élysées où les 2 200 policiers déployés par le ministre de l’Intérieur ont eu bien du mal à éviter le pire, sans pouvoir cependant empêcher la destruction de matériel urbain (combien d’abribus jetés bas ?), le bris de nombreuses vitrines, les incendies volontaires de vélos et autres gamineries, dont sans doute quelques viols.
Mais ce sont tous les quartiers animés de la capitale qui, jusqu’à minuit largement passé, ont été logés à la même enseigne. Les riverains des Grands Boulevards et d’autres grands axes ont ainsi été asphyxiés par les fumigènes, exaspérés par le concert des vuvuzelas puis des klaxons quand la circulation interdite des heures durant, y compris aux autobus et aux taxis, fut enfin rétablie, assourdis par les tirs de milliers de pétards d’artifice — théoriquement interdits à la vente. Ne parlons pas des magasins razziés après l’explosion de leurs vitrines, ni des graffiti souillant toutes les surfaces disponibles. Y compris sur un pilier de la porte Saint-Denis. Monument historique, que certains jugent plus beau à l’Arc-de-Triomphe, et qui fut élevé par le conseil de Paris à la gloire de Louis XIV après une autre victoire : celle de Maastricht, où fut tué d’Artagnan en 1673, sur les Impériaux.
Bilan humain de ces festivités : deux morts, l’un poignardé à la suite d’une tentative de vol semble-t-il, et l’autre ayant foncé sur un bloc de béton au guidon de sa moto-cross, dans sa hâte à participer à la fête, plus 219 blessés dont neuf dans un état grave parmi les manifestants. Et 56 parmi les forces de l’ordre, visées par des tirs de mortier. La préfecture de police annonçait également 780 interpellations — soit 32 % de plus par rapport aux réjouissances provoquées en 2025 par le premier titre du PSG — ayant donné lieu à 457 gardes à vue. Mais ne voyons pas les choses en noir : « La situation a été globalement sous contrôle malgré quelques (sic) débordements, qui ont systématiquement été pris en compte par les forces de l’ordre, avec une prise en charge policière », pavoisait Laurent Nuñez, auquel il en faut peu pour être content de lui.
Le ballon rond au service de l’antiracisme
A mesure que la nuit avançait, la plupart des supporteurs avaient tombé la chemise, ou plutôt l’inévitable maillot du PSG (« Fly Emirati », en français dans le texte). Il était donc aisé, même de loin, de discerner leur couleur. Était présente en nombre la fine fleur de ce qu’il est désormais convenu d’appeler par antiphrase les « quartiers populaires », arrivée par RER du « 9-3 » à l’est et de Nanterre à l’ouest. Même si de jeunes Blancs, et Blanches, complétaient hélas le tableau. Résultat moins d’un amour partagé du ballon rond que, sous prétexte d’intégration, de décennies d’endoctrinement antiraciste, et du vivre-ensemble laïque et obligatoire. Tous ensemble, tous ensemble, ouais, comme on crie dans les défiles gauchistes, mais par le nivellement par le bas. Samedi à Paris, mais aussi à Rennes, à Toulouse, à Marseille ou même Angers et dans soixante-dix autres villes françaises, c’était dimanche à Bamako après la victoire des Aigles du Mali en coupe d’Afrique.
Le lendemain, un Macron trémulant de plaisir recevait à l’Élysée les joueurs du PSG — qui devaient ensuite recevoir leur triomphe au Parc des princes après avoir été escortés tout du long par un escadron de la Brav’M, la brigade motocycliste de la préfecture, sur un itinéraire bloqué à toute circulation. Balayant les inadmissibles violences de la veille, le président tranchait, impérial : « C’est pas ça, le foot. »
Eh bien, ne lui en déplaise, c’est aussi ça le foot. Du moins depuis qu’il est instrumentalisé — comme aucun autre sport : on ne sache pas du reste que les victoires éclatantes du Quinze tricolore au tournoi des Six Nations en 2022, 2025 et 2026 aient suscité le moindre désordre — pour, sous prétexte d’intégration et de lutte contre les différences de classe ou de race, transformer ses adeptes en colonies de babouins hurleurs et casseurs se déchaînant aux mêmes signaux.
Le Royaume-Uni tristement célèbre pour ses hooligans (un terme russe), avait réussi à neutraliser puis à éliminer ces trublions, d’ailleurs pour la plupart britanniques de souche.
Si tant est qu’elle soit un jour sérieusement engagée, la campagne sera bien plus difficile à mener de ce côté-ci de la Manche, où tout ce qui est black ou bronzé est par définition beautiful. À noter que, le même 31 mai, la Malienne Aya Nakamura, la « chanteuse « française la plus célèbre du monde », et la plus bankable, faisait un triomphe à Saint-Denis, dont le nouveau maire est son compatriote Bally Bagamoko, plus présicément au Grand Stade de France dont toutes les places, même les plus chères à 155 euros, s’étaient arrachées dès leur mise en vente. Avec l’aimable collaboration de la télévision d’État et des pouvoirs publics.
Lesquels, on s’en souvient, avaient imposé en 2024 une Nakamura toute d’or vêtue comme étoile incontestée de la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques retransmise dans le monde entier. En lui adjoignant comme faire-valoir la Garde républicaine, en tenue de gala.
Claude Lorne







