Brasillach

De son avant-guerre à notre après-guerre, Robert Brasillach ou l’éternel retour

Dans les années 1970 la question se posait parfois de savoir quelle trace laisserait Robert Brasillach dans la littérature. La critique littéraire Ginette Guitard-Auviste, dans Le Monde, avait consacré une double page pour tenter de répondre à cette question. Les commentateurs, dont beaucoup étaient de la génération de l’auteur des Poèmes de Fresnes, avaient des avis partagés, mais Brasillach ne laissait personne indifférent.

Pourtant à cette époque-là, quand on le citait, il ne serait venu à personne l’idée de le définir comme « l’écrivain antisémite Brasillach ». On évoquait le poète, le romancier, l’intellectuel engagé. Les critiques hostiles rappelaient parfois qu’il était « pourri de talents » (la formule « très talentueux » ou « grand écrivain » devait sans doute paraître risquée à ces critiques-là), mais il ne serait venu à personne – sous peine de se ridiculiser – de se croire obligé d’évoquer « l’écrivain antisémite », comme on dirait « écrivain de la mer » ou « écrivain régionaliste ». Pourtant, dans les médias mainstream, Brasillach est à présent systématiquement qualifié d’ « écrivain antisémite », de façon que les choses soient claires, que le cordon sanitaire reste solide. Car le problème, pour eux, est que Brasillach, à la différence de Drumont, par exemple, ou d’Augustin Chirac, n’a écrit aucun livre dont l’antisémitisme aurait été le thème principal ou même accessoire. A moins de classer La reine de Césarée parmi la littérature antisémite. Ce qui serait une pure forgerie.

Robert Brasillach a lui-même rappelé, lors de son procès, ce qui peut lui être reproché, dans une formule souvent reprise dans les publications de l’Association des Amis de Robert Brasillach : « J’ai pu me tromper sur des circonstances, ou des faits, ou sur des personnes (…) ».

Réédité aux Sept couleurs

Témoignage d’ordre historique, et recueil des souvenirs d’une « génération dans l’orage » (qui est le titre général que Plon avait donné à sa réédition de 1968 complétée de la première partie du Journal d’un homme occupé, texte excellent aussi, mais dans un tout autre contexte), Notre avant-guerre vient donc d’être réédité aux Sept couleurs. Le livre évoque le lycée Louis-le-Grand, la rue d’Ulm, l’Action française, le 6 février 34, le Front populaire, le rexisme, Hitler, la Cagoule, et même l’antisémitisme (dans le chapitre V : « j’avais des camarades »). C’est l’un des meilleurs livres de souvenirs sur l’entre-deux guerres. David Gattegno, qui a été le maitre d’œuvre de cette exceptionnelle réédition, me disait, en 2020, « qu’un Patrick Modiano n’a pu que lire et relire Brasillach, et très vraisemblablement surtout ce livre-là ». Il ajoutait : « On sait que Jean d’Ormesson tenait Notre avant-guerre pour « un livre magnifique » et son auteur pour un « très grand écrivain », et que c’est à la lecture de ce livre-là, qu’il lui prit envie de faire Normale Sup comme lui.

Quand mon fils cadet intégra Normale Sup, je dus l’aider une paire de fois à y déménager ses caisses de livres et le reste. Je fus très déçu qu’il ait choisi l’Economie et pas la voie royale (pour moi), les Lettres, comme Brasillach, Bardèche, Thierry Maunier et les autres.

Les couloirs de Normale Sup étaient à ce moment-là, c’est-à-dire vers 2010, tapissés de stickers à la gloire de Mélenchon et des associations LGBTQ, et j’ai eu du mal à y respirer l’atmosphère que Brasillach a si bien décrite.

Notre avant-guerre a fait l’objet – à juste titre – de nombreuses rééditions. Alain de Benoist, dans le volume 2 de sa si utile Bibliographie générale des droites françaises, rappelle que ce livre est paru en 1941, mais qu’il avait fait l’objet d’une « pré-originale » dans la Revue universelle en 1937 et dans Je Suis Partout en 1939.

De 1963 à 1966 parurent au Club de l’Honnête des Œuvres complètes en 12 volumes reliés plein cuir, qui comportent une série de documents concernant Brasillach (photos, bulletins scolaires etc.) reproduits à l’identique des originaux, y compris le papier utilisé ! Une génération dans l’orage (Plon, 1968) constituait la 4e édition., reprise en Livre de Poche en 1973. Puis il y eut l’édition Pardès de 2020 et enfin la toute récente (2026) réédition pilotée directement par l’association des « Amis de Robert Brasillach » (ARB), également sous la direction de David Gattegno.

C’est peut-être le moment de ne garder que cette dernière édition et de donner à vos enfants, neveux et nièces, les éditions antérieures (à l’exception, bien entendu de l’édition originale de 1941 (si possible avec un envoi), et de l’édition des Œuvres complètes de 1963-1966 (pour les reproductions de documents).

Comment devient-on un inconditionnel de Brasillach ?

En 1969, j’ai perdu mon grand-père maternel, Robert Girault, héros de la guerre de 14-18, deux fois gazé, trois fois blessé. Cette guerre avait décimé ma famille (comme tant de familles françaises). Lors de la réunion familiale qui suivit les cérémonies religieuses de son enterrement, mon oncle, le docteur Jean-Paul Girault, médecin généraliste qui exerçait à Vaucresson, m’offrit les trois tomes de la réédition Plon, à l’origine de laquelle on trouvait sans doute Henri Massis, mais cela je ne l’ai deviné que bien plus tard. A 15 ans on se précipite en effet d’abord sur L’histoire de la guerre d’Espagne. La lecture de Notre avant-guerre est venue plus tard. Proust, Blum, les Pitoëff, et même Thierry Maulnier ou Gaxotte, cela ne parle guère à un adolescent, même féru d’Histoire. Elle est venu de la lecture des articles et des mémoires de Xavier Vallat, Pierre Dominique, Maurice Bardèche. Henri Charbonneau. Horace de Carbuccia ; qui ont si bien su faire revivre ces années-là, et facilité ainsi le passage à Notre avant-guerre.

Un manuscrit (inédit ?) du poète

L’œuvre de Brasillach aurait pu être étouffée, bloquée, autocensurée, mais il est trop tard, désormais. Les travaux le concernant ont tendance à s’accroître fortement. La qualité de ses exégètes aussi. En témoigne le 160e bulletin des ARB qui présente un manuscrit (inédit ?) du poète, et le texte d’interventions de Richard de Seze et de Gabriele Adinolfi, lors de la dernière A.G. de l’association, l’étude d’un de ses poèmes d’avant-guerre, et surtout une importante revue de presse, à propos de la parution du roman inédit Les Vacances, mais aussi dans le cadre d’articles de fond publiés dans divers médias dont Le Nouveau Présent, Breizh Info, Livr’arbitres ; Lectures françaises ; Synthèse nationale etc.

Les relations entre Céline et Brasillach

On envie souvent les céliniens qui multiplient les parutions consacrées à l’auteur de Voyage au bout de la nuit, mais ce mois-ci c’est une publication de la Société des Lecteurs de Céline qui nous parle de Robert Brasillach en nous racontant la peu connu saga des relations entre les deux écrivains. On s’attardera avec intérêt sur les lettres de Céline à Je Suis Partout qui furent caviardées, voire carrément censurées.

Et permettez-moi de terminer par l’annonce de la réédition, augmentée et actualisée, de la biographie Robert Brasillach que l’on doit à Philippe d’Hugues et qui paraitra dans les jours qui viennent.

Francis Bergeron

Notre avant-guerre, par Robert Brasillach, préface d’Alain Lanavère, notes et iconographie (60 pages de photos) par David Gattegno, Edition Les Sept Couleurs, mars 2026, 450 pages.

Bulletin de l’Association des Amis de Robert Brasillach, n° 160, printemps 2026, 60 p., ARB BP19 60240 Chaumont en Vexin, cotisation 50€.

« C’est Bardamu qui avait raison ». Céline et Brasillach une relation en dents de scie (1932-1945), par Marc Laudelout, Société des Lecteurs de Céline, juin 2026, 44 p.

Robert Brasillach, par Philippe d’Hugues, Déterna & Synthèse Nationale, 2026, 20€

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