Naguère rendez-vous de la jeunesse estudiantine parisienne et toujours bondée, la grande librairie Gibert de la place Saint-Michel avait dû cependant fermer voici quelques années. A sa place va prochainement ouvrir un méga fast-food, mais chicos, le Manhattan’s Burger.
La nouvelle est tombée quelques jours après la mise en redressement judiciaire d’un autre géant de la diffusion éditoriale, Le Furet des livres fondé à Lille en 1936 et qui comptait en 2023 quelque 19 magasins, et sa filiale Decitre. Un mois plus tôt, le 28 avril, c’est le vénérable mastodonte Gibert, fondé en 1886 et devenu le premier libraire indépendant et généraliste de France avec dix-sept magasins employant un demi-millier de salariés, qui avait été placé en redressement judiciaire. Motifs invoqués : « Le modèle actuel était pris dans un effet ciseau entre l’explosion de ses coûts fixes (loyers, énergie) et le déclin du marché des livres neufs avec une compression des marges sur ce marché » (1).
Nul doute parce que la qualité des livres neufs et notamment des romans ait baissé… ainsi que le niveau des nouvelles générations qui, rivées à leurs écrans mais incapables de supporter le moindre temps mort, passent désormais en accéléré les épisodes des séries dont elles se repaissent sur leurs portables. Comment pourraient-elles dès lors, sauf exceptions, se concentrer sur un épais pavé, fût-il d’aventure un chef-d’œuvre ?
Notez bien, cette chute prodigieuse et semble-t-il irréversible coïncide avec la présence depuis près d’une décennie maintenant à l’Élysée d’Emmanuel et Brigitte Macron couramment considéré comme le couple présidentiel le plus « littéraire » (Madame ne fut-elle pas professeur de lettres ?) de la Vème République.
Le déclin du livre est aussi un symptôme du déclin de la France, qui avait été très tôt le pays les plus alphabétisé d’Europe. Sous Louis XIV, les libraires étaient majoritaires dans les galeries du Palais-Royal ; il n’en reste qu’un ou deux. Détrônés au profit de boutiques de mode ou de déco, et proposant surtout des bandes dessinées.
La Rédaction

Oui, le déclin semble hélas général et irréversible. Le 1er mai dernier, le sénateur de l’Oise Edouard Courtial citait à la tribune du Sénat une enquête accablante du Centre national du livre selon lequel : « Entre 2023 et 2025, le nombre de personnes lisant au moins cinq livres par an a diminué de 6 points de pourcentage, passant de 69 % à 63 %. Sur la même période, le nombre de lecteurs réguliers a chuté de 61 % à 56 %. Si la proportion des moins de 25 % ayant lu au moins 5 livres par an diminue de 15 % de pourcentage entre 2019 et 2025, la part des personnes âgées de 50 à 64 ans se déclarant lecteur régulier chute également de 15 points depuis 2023. La baisse de la lecture dans la société française s’explique, en partie, par l’augmentation du temps passé derrière les écrans. En effet, alors que les Français lisent en moyenne 31 minutes par jour, ils passent, selon la même étude, 3 heures et 21 minutes sur leur écran de manière quotidienne. Chez les personnes de moins de 25 ans, ce déséquilibre est encore plus important, puisqu’il est de respectivement 28 minutes et 5 heures et 2 minutes. De toute évidence, cette évolution est dramatique, tant le fait de lire possède des bienfaits, que ce soit pour le développement de l’orthographe et du vocabulaire que pour la création d’un esprit critique. »
M. Courtial a donc demandé « comment le Gouvernement entend endiguer la diminution drastique du temps consacré par les français à la lecture ». Il est probable qu’il n’obtiendra que de belles paroles.