Pinochet

Augusto Pinochet : ce que le monde libre doit à ce général chilien.

Pour les nationalistes français qui avaient vingt ans en 1973, la figure du général Pinochet est importante, peut-être même centrale. La plupart des Français d’aujourd’hui ont oublié l’incroyable agitation politique qui suivit, dans le monde entier, le coup de force du général Pinochet et des chefs des trois armes chiliennes, en septembre 1973, un coup d’Etat qui entraîna le suicide du président socialiste (rallié au camp soviétique) Salvador Allende.

Les insurgés avaient été clairs : « face à la crise économique, sociale et morale extrêmement grave qui détruit le pays », ils avaient « décidé de demander la démission du président Allende, et de se lancer dans la mission historique et responsable du combat pour la libération du pays du joug marxiste ».

Cette prise de pouvoir ne fut pas une simple promenade de santé, rappelle Jean-Claude Rolinat, dans la biographie qu’il consacre à l’homme grâce à qui le Chili a évité le sort de Cuba et de bien d’autres pays, et connu une véritable résurrection. Il faut en effet se remettre dans le contexte international de l’époque : l’URSS de Brejnev passait alors pour la première puissance de la planète, avec des agents supplétifs un peu partout, notamment en France où à la présidentielle de 1969 le PC« F » représenté par Duclos avait recueilli plus de 21% des voix. En outre le camp communiste était alors dans une terrifiante dynamique de conquête : les velléités de liberté, à l’Est, avaient été matées de la façon la plus brutale par les troupes du Pacte de Varsovie cinq ans plus tôt, mettant un terme brutal et apparemment définitif aux espoirs d’une évolution vers davantage de libertés. En Amérique latine, les Américains, qui avaient subi le spectaculaire revers de la Baie des Cochons, à Cuba quelques années auparavant, étaient partout sur la défensive, incapables de contenir les insurrections ou de faire cesser le terrorisme régional. En Afrique, la décolonisation portugaise permettait aux Soviétiques et à leurs alliés cubains d’espérer une implantation rapide et solide. En Afghanistan la direction du pays était tombée entre les mains du Parti communiste avec l’appui du voisin soviétique.

Le coup d’Etat chilien constitua donc un véritable tremblement de terre. C’est « l’avenir radieux » promis par les internationalistes depuis 1917 qui se trouvait soudain remis en cause, alors que nul ne s’y attendait.

Une histoire racontée uniquement par le camp d’en face

Ce général Pinochet, malgré ses (certes lointaines) origines françaises, fut instantanément haï par la gauche, et spécialement en France : ce qui lui était reproché c’était tout simplement de s’être donné les moyens de gagner cette confrontation avec le camp communiste.

La gauche estime, d’une façon générale, qu’on ne fait pas une révolution sans casser d’œufs, d’où l’idée martelée depuis deux siècles et plus que la révolution française forme un tout, même si des dizaines de milliers d’innocents ont payé de leur vie des changements de système politique qui, dans d’autres pays se sont opérés sans guillotine, sans régicide, sans le sillon sanglant engendré par une guerre de dimension européenne.

Mais pour ce qui concerne la droite, se donner les moyens de gagner est inadmissible. D’où cette haine à l’égard de Pinochet et de Franco, deux chefs d’Etat qui ont réussi à vaincre, dans leur pays respectif, les forces révolutionnaires. Ces victoires, à ce jour, n’ont guère été racontées que par le camp d’en face, à de rares et récentes exceptions près : on pense aux livres de Michel Festivi -, même si, avant cela, il y eut la fameuse Histoire de la guerre d’Espagne, de Robert Brasillach et Maurice Bardèche.

Si l’on comparait…

Le début de guerre civile chilienne des années 1970, n’est aujourd’hui racontée que selon la doxa de gauche, qui s’est dotée d’un outil de lecture de ces évènements. C’est cette lecture-là qui fait office de vérité historique, dans les dictionnaires, sur les réseaux sociaux, à l’université. C’est pourquoi le livre de Rolinat est important. Ce n’est pas une simple biographie, c’est une tranche de l’histoire sud-américaine, et un épisode très significatif dans l’histoire de la confrontation de l’Occident et du monde communiste.

Rolinat s’efforce en outre de coller le plus près possible à la réalité des faits. Les bilans chiffrés de la contre-révolution chilienne et ses analyses ne cachent rien. On trouve, comme chez Festivi pour la guerre d’Espagne, la volonté d’être irréprochable sur le plan factuel et historique. Il y eut une répression, il y eut une reprise en main. Mais c’est tout à l’honneur de Rolinat de ne pas réécrire l’Histoire, de la dire, simplement.

Pour ma part je regrette un peu que Rolinat, dans sa volonté de tout mettre sur la table, ne se livre jamais à une comparaison avec les conséquences, pour les populations civiles, le camp adverse, des prises de pouvoir communistes. On aimerait que soient rappelées le bilan humain des renversements de régimes en place par les bolcheviques, en Europe comme en Asie et ailleurs. D’où l’ effroyable chiffre de cent millions de morts, comptabilisé par Courtois et ses équipes dans leur Livre noir du communisme.

Même si l’on se contentait de comparer l’épuration de 1944 à la « normalisation » chilienne, on pourrait là aussi se dire que le brave général Pinochet a été plus économe de la liberté et de la vie de ses concitoyens que nos grands démocrates de l’après-guerre.

Un mode d’emploi pour oser le pari patriote

Pour l’anecdote rappelons que Pinochet est un nom d’origine française, malouine, plus précisément. C’est en 1720 qu’un dénommé Guillaume Pinochet s’est expatrié et a fait souche à Conception. Ce qui prouve qu’il n’y a pas un atavisme français qui nous pousserait à accepter la soumission, et les diktats quand ils sont imposés par le camp marxiste ou islamiste. Ce nom (qu’il ne faut pas confondre avec Pornichet !) viendrait du métier du bois qu’aurait exercé un lointain ancêtre, une allusion à la pomme de pin, nous explique Rolinat, qui a très sérieusement travaillé son sujet.

Mais cet biographie n’est pas un ouvrage à valeur historique. C’est presque un mode d’emploi pour oser le pari patriote, même face à un adversaire qui semblerait en position de force.

Et ce qui est formidable, c’est que l’histoire se termine bien, puisqu’en 2025 – soit plus d’un demi-siècle après les évènements de 1973, le peuple chilien a élu fort démocratiquement, avec 58% des suffrages, un homme que Le Monde, Médiapart , L’Huma, Libération etc. qualifiaient unanimement de « candidat d’extrême droite » ou encore de « pinochetiste ».

Un musée Pinochet

Pinochet n’était pas parfait, mais rappelons aux donneurs de leçons qu’il quitta le pouvoir à la suite d’une défaite électorale, en 1988, laissant la place à un démocrate-chrétien. Depuis 2008, il existe un musée Augusto Pinochet à Las Condès, dans l’agglomération de Santiago-du-Chili.

Francis Bergeron

Augusto Pinochet. La résurrection du Chili, par Jean-Claude Rolinat, Ed. Synthèse & Déterna, 2026, 146 p. 20€. Il s’agit de la dixième biographie de La « Bio Collection ».

Nous soutenir!

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *