Toulouse

Un été toulousain

Coureuse de vide-greniers, brocantes, salles de ventes et autres ventes de charité, j’écume Toulouse et les communes ou villages environnants — histoire de trouver les assiettes anciennes qui manquent à ma collection d’assiettes consacrées à Jeanne d’Arc, à la Guerre d’Indépendance grecque ou à la guerre des Boers.

Mais aussi des livres (j’ai mis récemment la main, pour la somme dérisoire de 4 euros, sur deux romans reliés cuir de Michel Mohrt, Deux indiennes à Paris et Les Moyens du bord) ou des céramiques se rattachant à la tapisserie de Bayeux et à Guillaume le Conquérant. Et si je trouve une paire de boucles d’oreilles représentant le soleil de Salonique ou des chiens particulièrement rigolos, je suis la plus heureuse des chineuses. Je ne crains pas de me lever aux aurores pour hanter tous les quartiers accessibles au bipède que je suis.

Préférence musulmane ?

Quelle ne fut pas ma surprise, voici quelques jours, en consultant les annonces des vide-greniers qui étaient programmés le 12 juillet à Toulouse , de lire que l’un d’eux, «  entre membres », « privé et réservé aux membres et invités » était prévu dans l’enceinte de la mosquée Rahma, en construction depuis 2018 dans le quartier Bagatelle sur un terrain vendu par la mairie de Toulouse en 2017 — le maire Jean -Luc Moudenc soutenant fermement le projet — à l’association Rahma qui se définit ainsi : « Notre mosquée, notre lieu, notre communauté ». Finalement rien que de très identitaire et qui permet aux plus de 50.000 fidèles d’Allah habitant Toulouse de se retrouver entre eux.

Mais imaginez une telle annonce invitant les seuls paroissiens de Saint-Jean Baptiste ou de Saint-Sernin à participer à une vente de charité entre cathos seulement ? SOS-Racisme, LFI et les Ecolos auraient poussé des cris d’orfraie, organisé une manif et exprimé leur colère dans les colonnes de La Dépêche du Midi. Dans le cas présent, rien de tel. Les mahométans de ce quartier ont donc bu ensemble le thé de l’amitié – quoi de plus normal d’ailleurs ? – après avoir annoncé la couleur sur leurs différents réseaux. Dieu fasse qu’une même jurisprudence s’applique dans les ventes de charité organisées par les différentes églises parisiennes et envahies de femmes voilées et d’hommes en tenue traditionnelle venus nombreux, à seule fin d’écumer ces lieux et d’aller revendre leurs trésors au bled ?

A l’ombre de Saint- Aubin

Eglise du XIXème siècle d’inspiration gothico-romano-byzantine, cet édifice religieux en brique est à deux portées d’arquebuse du canal du Midi et fait partie d’un vieux quartier toulousain reconverti depuis peu en refuge pour bobos friqués. Alliés naturels de cette nouvelle société, les punks à chiens et autres SDF sont vautrés sur les marches de l’église, flanqués de leurs bestiaux, entourés de différentes immondices et de nombreuses bouteilles d’alcool ou de packs de bière. Mais tout ce beau monde fait bon ménage sur fonds de trafic de drogue en très forte hausse dans le quartier, qui vote majoritairement pour les potes de Mélenchon, roule en grosses cylindrées ou à vélo électrique avec remorque pour les gosses. Tous les samedis, chineurs et amateurs de vieilleries se retrouvent là dès potron-minet, dans l’espoir de trouver la perle rare. C’est l’occasion de boire un café au bistrot du coin ou de refaire le monde autour de la découverte — comme c’était récemment le cas — de journaux des années 30 et de caricatures que censurerait le rejeton Klarsfeld.

Trois semaines plus tôt, je mettais la main sur un lot de livres consacrés à la mémoire de l’Algérie française, dont un recueil par Philippe Héduy des témoignages du colonel Argoud, des capitaines Pierre Sergent et Jean-René Souetre, ou de Georges Bidault. De nombreux Tsiganes venus de l’Est, mais également quelques Nord-Africains font partie des vendeurs et occupent la partie située autour de l’église. La mairie leur a octroyé cet emplacement gratuit et ils doivent montrer patte blanche à un fonctionnaire municipal spécialement attitré. On peut ainsi trouver des fonds de poubelles, mais également le résultat de quelques butins ou cambriolages… qui se multiplient dans la région. Les brocanteurs ne sont pas ravis d’un tel voisinage.

Le Gandhi des bords de la Garonne

Le dimanche, Saint-Aubin se transforme en marché écolo-bobo. Des producteurs locaux proposent qui des salades et des légumes bio, qui d’excellents fruits de saison — pas question de trouver des fraises ou des cerises à Noël comme c’est le cas à Paris ou dans certains autres marchés toulousains. Sur de nombreux étals, contamination écolo-bobo oblige, l’amateur d’exotisme peut déguster des gozleme ou des beureks comme à Istanbul, des brochettes comme à Islamabad, le tout cuit et préparé sous vos yeux sans garantie d’une hygiène irréprochable. Marchand de fruits et de légumes exerçant ses talents depuis des années sur ce marché, on croisera le sosie de Gandhi, jambes nues été comme hiver, et connu pour ses compliments appuyés pour les dames de sept à soixante-dix-sept ans Il vendrait des glaces à un Esquimau et a déjà tourné dans certains courts-métrages où il incarne le Mahatma. Bref, une vedette qui ne rate jamais une occasion de poser, entouré de ses admirateurs mâles et femelles. Dans un autre coin de la place, quelques bouquinistes proposent une littérature en accord avec le quartier : beaucoup de volumes sur la guerre d’Espagne ou mai 68. Peu de chances de dégoter le Brasillach qui manque à votre collection ou L’Histoire de la Vendée de Jean-François Chiappe. Les plus chanceux auront trouvé ces livres la veille au marché aux Puces.

Françoise MONESTIER

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