Les réseaux sociaux ont tranché, les bombardements sur l’Iran sont légitimes. Pour citer un twittos, “Qu’aurais-je fait d’autre à la place de Trump ? Rien quoique j’aurais certainement envoyé la troupe, moi !”. Mais ces mêmes réseaux décident également que cette attaque est indigne. Tout, le contraire de tout, et surtout n’importe quoi…
A l’heure du « scroll » infini, cette manie de faire défiler du contenu sans fin, Trump serait donc soit un héros soit un pleutre, ce manque de courage renvoyant à « l’attaque timorée » pour les autres, et pour les autres au fait d’avoir décidé de frapper un État qui ne le menaçait pas.
A chaque message, les réponses fusent. On applaudit, on réprouve, on insulte (beaucoup) et les accusations vont bon train. « Pro-sionistes » ou « tiers-mondistes » sont des accusations courantes.
On peut ajouter à celle-ci des adjectifs souvent injurieux ou infamants dont je me garderai bien de faire la promotion ici. Vous l’aurez compris, le but est clair, il faut disqualifier définitivement son opposant par une « punchline » cinglante, simple (souvent simpliste) qui n’appelle aucune réponse (il y en aura pourtant !).
La vérité est morte depuis longtemps sur le net. La nuance n’existe plus, seul compte le fait « d’avoir raison » et de « récupérer des likes », le nombre de « followers » étant le nouvel étalon de mesure de la « puissance ».
Ce qui se constate sur l’Iran est valable pour l’ensemble des sujets de l’actualité ou du quotidien, du plus léger au plus grave. Tout se commente et tout est l’objet d’oppositions houleuses et d’invectives. Le syndrome « fan de football » atteint sur le net son paroxysme, « les verts contre les jaunes ». Le monde est devenu un immense stade de football et chacun se tient derrière son équipe, envers et contre tout.
En cette période de Carême, on ne saurait que conseiller aux utilisateurs assidus de ce «réseau » de prendre un peu l’air, un peu de distance et de s’abstenir de tout commenter frénétiquement. Faire des pauses, s’obliger à ne pas tout « reprendre », tout relayer, est une nécessité, une exigence de santé mentale.
Bâtir sa vie et parfois ses revenus à partir de Twitter ou d’Instagram vous condamne à chercher une viralité néfaste. Que vous le vouliez ou non, vous devenez un « influenceur », prisonnier de son « public », avec toute la portée dégradante de cette « siutation ».
Par ailleurs, internet n’oubliant rien, vous pourriez être amené à expliquer vos messages du passé qui contredisent parfois ceux du jour. Ce n’est toutefois peut-être pas le pire qu’il puisse vous arriver ! Se prendre pour un acteur, parfois de premier plan, du débat politique et idéologique, parce que l’on « dialogue » avec des inconnus ou des trolls et que l’on est applaudit par quelques milliers de « suiveurs », plus ou moins incultes, est un terrible travers qui peut mener aisément au plus profond ridicule, cimetière des égos surdimensionnés.
Les « messages » diffusés sur internet peuvent avoir, parfois, des conséquences ou une relative influence, c’est certain. Mais croire qu’en commentant et en encourageant un « camp » ou un autre, on en devient un membre actif ou un militant est tout simplement faux !
De la lecture des RS ressort une étrange sensation, un vertige. L’outil de débat est devenu un déversoir, un tout à l’ego permanent. Certains s’inquiètent à juste titre de la mise au pas et de la censure des réseaux. Mais l’abondance exponentielle de messages et de commentaires, parfois faux, souvent imbéciles, est également un danger. Cette incontinence egotique dévalue la qualité et l’utilité de ces réseaux. Si les Gilets Jaunes en leur temps s’étaient organisés sur les réseaux, Facebook en tête, aujourd’hui on ne s’organise plus, on déblatère, on abîme et on conspue.
Il est grand temps de remettre cet outil à sa place, notamment en s’en éloignant un peu… ou beaucoup !
Jean Ernice







