On la croyait sortie définitivement par la fenêtre, elle va rentrer par la (très grande) porte. Froidement accueillie par l’opinion (une pétition hostile rassembla plus de 500 000 signatures) puis par les députés, la proposition de loi élaborée par Caroline Yadan, avocate et élue macroniste (des Français de l’étranger, dans la circonscription incluant Israël), pour en finir avec « les formes renouvelées de l’antisémitisme », avait été retirée de l’ordre du jour en avril dernier. Elle vient de resurgir, sous forme de projet de loi, et sera présentée le 1er juillet à l’Assemblée nationale par le ministre délégué chargée de la Lutte contre les discriminations — déjà sanctionnées depuis 1972 par les lois Pleven, Gayssot-Fabius, Perben et Lellouche.
Mais pas suffisamment, semble-t-il, alors que ces affaires encombrent les tribunaux au détriment de drames infiniment plus graves telle la disparition de l’infortunée petite Lyhanna (1). Pour Mme Aurore Bergé, il urge en effet d’« étendre le délit de négationnisme, d’introduire une peine d’inéligibilité pour les infractions les plus graves, c’est-à-dire l’antisémitisme, le racisme, le négationnisme et l’apologie de crimes de guerre, de crimes contre l’humanité » et d’incarcérer préventivement leurs auteurs « pour éviter qu’ils ne fuient à l’étranger », tel Alain Soral. Vital également : « élargir la constitution de partie civile à des associations de lutte contre le racisme et l’antisémitisme ». Lesquelles font pourtant déjà grand usage de cette possibilité, très rentable pour elles et leurs nombreux avocats.
Mais le chef de l’État a donné son feu vert au projet en dix articles de Mme Bergé qui, après l’avoir transmis au Conseil d’État, entend le défendre le 1er juillet au Palais-Bourbon — où, alors député, elle copina avec Caroline Dayan au sein du groupe d’amitié France-Israël —, et espère son adoption « pour la fin de l’année au plus tard ». Ainsi, selon elle, « plus personne ne pourra nier un crime contre l’humanité ».
Mais quid des « crimes contre l’humanité » commis par l’État hébreu en Iran au début de son offensive « Tigre rugissant » (142 lycéens tués lors du bombardement de leur établissement) et maintenant au Liban ? Plus de 2000 morts à ce jour dans ce petit pays, dont des religieuses catholiques et des réfugiés chrétiens annihilés dans le couvent de Nayoun, pourtant peu suspect d’abriter des chefs du Hezbollah. La dénonciation de ces atrocités ne risque-t-elle pas de relever des « formes renouvelées de l’antisémitisme » objets de la vindicte de Caroline Yadan, et donc d’être poursuivie ?
Ancienne responsable du pôle antisémitisme de la LICRA, la dame — dont les comptes de campagne pour les législatives de 2024 avaient été rejetés par la commission ad hoc, qui avait même demandé, vainement, l’invalidation du scrutin — peut être satisfaite. Tout indique que ce projet de loi scélérat sera voté.
Y compris par des élus du Rassemblement national dont la présidente de groupe Marine Le Pen, invitée récemment dans le sud de la France à une fête communautaire israélienne, y a été vue hilare, battant des mains, dansant et chantant à l’unisson au son de l’hymne « Hevenou Shalom Aleichem » —https://x.com/FocusinfosFr/status/2063594259408707883?s=20
À force de vouloir se normaliser pour mieux rassembler, l’héritier abusif du Front national risque fort de renforcer l’électorat de Jean-Luc Mélenchon et d’accélérer ainsi l’émergence de sa « Nouvelle France » créolisée… que le RN prétend combattre. En attendant, relisons le petit livre si précieux d’Éric Delcroix, « Droit, race et chaos ethnique ». Tout y est dit dans cet antidote.
Camille Galic

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