« Général sudiste » ou « Général américain » : Lee est un nom que l’on rencontre souvent dans les grilles de mots croisés. Mais les cruciverbistes connaissaient-ils cet homme ? Sans doute pas plus que l’immense majorité de nos compatriotes. Et c’est dommage.
On réédite la biographie de Robert E.Lee, « homme de marbre » et figure glorieuse du camp sudiste. Alain Sanders, il y a dix ans, avait publié un « Robert Lee » dans la regrettée collection « Qui suis-je ? ». Cette excellente synthèse d’une centaine de pages était épuisée depuis longtemps. La nouvelle édition de cette biographie est en fait une coédition de « Déterna » (Philippe Randa), et « Synthèse » (Roland Hélie), augmentée en particulier d’un index des noms cités. Cette republication s’opère dans le cadre d’une collection intitulée La Bio Collection. Lancée à la fin de l’année dernière,la série compte déjà une dizaine de titres, soit un titre par mois en moyenne, ce qui est conforme à ses ambitions.
Il fait partie des perdants glorieux de l’Histoire
Si cent cinquante ans après sa disparition le général Lee continue à susciter l’admiration et la fierté de beaucoup d’habitants de Virginie, et d’Américains ou d’américanophiles d’un peu partout, c’est parce que cet homme fait partie des perdants glorieux de l’Histoire. On pense par exemple aux grandes figures de la chouannerie, aux armées blanches en Russie, ou aux héros de Dien-Bien-Phu. La défaite même a contribué à façonner leur légende.
Précisons que la collection se situe dans la continuité intellectuelle de la collection « Qui suis-je ? » Elle panache rééditions enrichies et nouveaux titres. Après ce « Robert E. Lee » (réédition) et un « Parmentier » (nouveauté), est annoncé d’ici deux semaines un « Pinochet », portrait du général chilien qui a ressuscité son pays, à partir de 1973 en lui évitant une communisation à la sauce khmer rouge. Le programme 2026/2027 de la « Bio Collection » est sur les rails. Il réjouira les adeptes du nationalisme, du populisme, de l’anticommunisme, et de l’héroïsme sous toutes ses formes
L’épopée sudiste n’était plus guère évoquée, si ce n’est au cinéma, du moins en France, même si l’essai de Maurice Bardèche : Sparte et les sudistes avait en quelque sorte intégré officiellement les perdants de la guerre civile américaine dans notre panthéon. Il y a quelques années les éditions du Triomphe avaient publié, avec un certain courage par ces temps de wokisme inculte, une bande dessinée de qualité intitulée : « Avec le général Lee. L’honneur du sud ». La BD nous rappelait notamment que l’officier nordiste qui reçut la reddition de Lee, le 9 avril 1865, eut cette formule : « Même si vous êtes le vaincu de cette guerre atroce, c’est votre nom que l’on prononcera et que l’on retiendra quand elle sera évoquée ».
Après la guerre, Lee s’engagea dans le camp démocrate (qui était alors le camp sudiste) contre les républicains, et il termina sa vie comme président du Washington collège.
François Corteggiani, le scénariste de cette BD semblait très bien connaitre la guerre de Sécession. Il l’avait fait revivre de façon passionnée, en évitant le didactisme trop souvent inhérent au genre. Corteggiani a succédé au génial Jean-Michel Charlier pour la reprise des aventures de Blueberry (un sudiste rallié au camp nordiste, mais souvent partagé entre ces deux fidélités). Aux éditions du Triomphe, Corteggiani, qui a la réputation d’avoir été assez proche du PC dans sa jeunesse, a aussi scénarisé d’autres albums du Triomphe (Cadoudal et les Christeros mexicains, notamment).
Un certain art de vivre au sud
Faut-il présenter Alain Sanders ? Ceux qui le connaissent savent que son américanophilie n’a guère de bornes, ce qui peut évidemment agacer les adeptes des slogans un peu simplistes de notre jeunesse militante : « ni trust ni soviet ». Et l’Américanisation du monde n’a pas, loin il s’en faut, que des bons côtés. Mais ce que Sanders défend, dans beaucoup de ses écrits, comme dans cette biographie, n’est pas d’ordre géopolitique, c’est l’esprit de la conquête de l’ouest, la passion des grands espaces, le mythe sudiste, ce farouche courage des volontaires qui s’enrôlèrent pour défendre un certain art de vivre au sud, un air de liberté, qu’a incarné Robert E. Lee, ou que nous chantions avec Nino Ferrer (même si Le Sud de Nino Ferrer n’était pas la Virginie, peut-être plutôt le sud-Vietnam, colonisé par la force au moment du plein succès de cette chanson).
Sanders nous rappelle par ailleurs que Lee n’était pas un partisan de l’esclavage, mais « un gentleman sudiste (…) un soldat chrétien, mais pas un puritain » qui mérite, sans aucune arrière-pensée, notre admiration.
Francis Bergeron
Robert E.Lee l’homme de marbre, par Alain Sanders, coédition Synthèse et Déterna, La « Bio Collection », 2026, 132 p., 20€.
Avec le général Lee. L’honneur du sud, par Corteggiani et Pagot, Ed. du Triomphe, coll. Le Vent de l’Histoire,








