Joshua Zarka serait-il devenu la coqueluche de ces dames « de droite » ? Le 18 mars dernier, la fondatrice de Némésis Alice Cordier se félicitait de son « déjeuner avec Son Excellence l’ambassadeur d’Israël @Zarka, qui nous a assuré [sic] de son soutien » avant d’ajouter « Quand tout vacille, certains soutiens font la différence » (1). Et, le 14 avril, c’était au tour de Marine Le Pen de rendre au diplomate une chaleureuse mais « discrète visite ».
Le coup de théâtre du 16 avril
Sans doute pour l’assurer du soutien sans failles (et d’ailleurs confirmé le 16 avril dans la matinale de France Info par Laurent Jacobelli, député de la Moselle et porte-parole du RN) du groupe Rassemblement National qu’elle préside à l’Assemblée nationale lors du vote, le jour même ou le lendemain, de la proposition de loi portée par l’avocate Caroline Yadan. Tombeuse de son coreligionnaire Meyer Habib aux législatives de 2024 où elle fut élue député des Français de l’étranger dans la circonscription incluant Israël, et auteur de cette proposition qui, entérinée en janvier par la commission des Lois, assimile l’antisionisme à l’antisémitisme. Délit déjà puni par la loi Pleven dès 1972, puis par les lois Gayssot (1990) et Lellouche (2003,) qui alourdirent les peines encourues.
Mais, coup de théâtre jeudi soir : sous prétexte de l’« obstruction » menée par La France insoumise, le gouvernement renvoie au 26 juin l’examen de la proposition de loi, d’ailleurs transformée en projet de loi, ce qui lui donnera plus de force.
À quand une loi criminalisant l’antigermanisme ?
Il faut dire que ce texte criminalisant toutes « nouvelles formes de l’antisémitisme », soit le simple, et parfaitement légal, antisionisme — tout aussi légitime que l’antigermanisme ou l’antiaméricanisme, avait suscité une très vive opposition.
Chose jamais vue, la pétition contre son adoption a été signée en un mois par plus de 750 000 personnes. Nul doute que, parmi les signataires, beaucoup sont proches de La France insoumise, voire musulmans. Toutefois, au-delà de tout clivage politique, une bonne partie d’entre eux refusent tout net une nouvelle et scélérate atteinte à la liberté d’expression. Surtout dans une période de « grand dérangement » du monde, largement provoqué par l’opération « Tigre rugissant » lancée par Israël contre l’Iran avec le soutien de la « Fureur épique » américaine, et qui risque d’engendrer pour une grande partie de la planète, France comprise, une crise économique et sociale aux conséquences incalculables.
Certes, les partisans de la « loi Yadan » affirment benoitement qu’elle « n’interdit pas la critique de la politique israélienne », mais ils soutiennent que la criminalisation de l’État hébreu et la contestation de son existence « vont de pair avec la multiplication des agressions antisémites recensées en France, après les attaques [du Hamas] recensées depuis octobre 2023 ».
Outre que ces agressions n’ont fait, que l’on sache, aucun mort dans l’Hexagone, pourquoi un pays, et un seul, échapperait-il aux critiques ? Et pourquoi ces critiques seraient-elles châtiées plus durement en France qu’elles ne le sont en Israël même où certains journaux, tel le quotidien Haaretz, et certains députés antisionistes (oui, il y en a à la Knesset) ne cessent d’attaquer avec virulence le gouvernement Netanyahou ?
Qui conteste en France le « droit de vivre » d’Israël ?
Du moment qu’après la Seconde Guerre mondiale, les Alliés ont, après bien des hésitations puisque Churchill par exemple préonisait l’Ouganda, consenti à faire du petit foyer juif de Palestine un État, nul ne conteste son « droit de vivre » — titre de la revue d’Abraham Bernard Lecache, fondateur de la Ligue contre l’Antisémitisme, aujourd’hui LICRA. Mais dans les frontières qui lui avaient été assignés en 1947, et qui se sont démesurément élargies depuis 1967 avec l’annexion de la Cisjordanie, de la bande de Gaza et du Golan syrien. Cibles d’une judaïsation forcenée avec l’érection d’un « mur de la honte » ceignant la Cisjordanie et leur envahissement par des « colons » états-uniens ou venus des territoires fiançais perdus d’Afrique du Nord.
La « criminalisation assimilant Israël aux nazis » sera bientôt un crime, mais il est difficile de ne pas juger criminelles et inhumaines la déportation de 1,3 million de Gazaouis totalement démunis de nourriture, comme de soins ou de toit, les spoliations systématiques en Cisjordanie, la fermeture de la mosquée Al-Aqsa pendant le dernier ramadan et, toujours à Jérusalem-Est, de l’église du Saint-Sépulcre le Vendredi Saint ainsi que l’occupation le long du fleuve Litani au Liban d’une « zone-tampon » dont un tapis de bombes ont chassés 800 000 villageois, chrétiens compris. Qu’on ne s’étonne pas dans ces conditions si, dans ce contexte, le Hamas et le Hezbollah peuvent être assimilés par les victimes à des forces de résistance.
« L’inacceptable » bientôt occulté ?
Pour faire passer « sa » loi, Me Yadan pourra compter sur Les Républicains, l’UDR d’Éric Ciotti, le Rassemblement national (issu du Front national qui militait pour l’abrogation de la loi Gayssot) et une bonne partie d’Ensemble pour la République, le groupe macroniste présidé par Gabriel Attal.
Avec ce résultat qu’un ministre des Affaires étrangères ne devrait plus pouvoir tenir les propos qu’il a tenus le 11 avril lors du « Grand Débat des Gracques ». Non content d’affirmer que « c’est le gouvernement israélien qui doit changer sa politique, respecter le droit international et abandonner ces guerres sans fin », Jean-Noël Barrot avait en effet stigmatisé comme « inacceptables » le « blocus financier maintenu par le gouvernement israélien dans les territoires occupés », « l’accélération de la colonisation illégale » et « l’explosion des violences des colons extrémistes en toute impunité ».
Autant de constatations d’évidence qui, dès l’été, risquent de coûter cher à quiconque s’avisera de les formuler. La « loi Dayan » ne serait-elle pas le camouflage du nouveau négationnisme ?
Camille Galic







