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Le coup d’oeil de Philippe Randa : Peut-on rire de la « fin de vie » ?

Sur la couverture de tous les romans de François marchand, il manque un avertissement : 100 % cynique ! Bien sûr, le cynisme, tout le monde n’apprécie pas. Il y en a même qui déteste. Et puis, il y a ceux qui adorent. Après s’en être pris à l’administration (L’imposteur), au syndicalisme (Plan social), aux week-ends en famille (titre éponyme), aux usagers du Vélib’ (Cycle mortel), aux travers, tics et modes de notre époque (Enfilades), à l’argent (Nager dans les dollars), il s’en prend avec Dans la dignité(*) à l’euthana… eux, non, pardon, à la « fin de vie ». Heureuse, de préférence. Libre et heureuse, forcément heureuse, puisque volontaire.

Libre, heureuse, volontaire et surtout encouragée, puisque facilitée grâce à la magnifique avancée sociétale du TFV !

TF… quoi ? TFV : « Traitement de fin de vie » en jargon administratif et médicalement correct et n’allez surtout pas dire euthanasie, mot d’un autre temps politiquement incorrect.

Le TFV, c’est simple comme un « au revoir à jamais », un « bye-bye la vista enjoué », un « aller simple pour l’au-delà », dans la joie et la bonne humeur, le confort, la rapidité et l’absence de toute souffrance.

Cette souffrance que tous les candidats au TFV abhorrent, la plupart avant même d’avoir à supporter les premiers désagréments d’une douloureuse et toujours trop longue maladie.

Et qu’ils ne veulent surtout pas imposer à leurs proches. Merci, c’est gentil !

140 pages de cynisme absolu ! Il faut du talent pour tenir le rythme et François Marchand en a à revendre. Agrémenté de quelques cas concrets de candidats à l’escapade mortelle, il nous conte l’existence du Dr Combes, aussi simple que routinière : une fois la paperasse expédiée, il se présente chez son patient pour la « simple formalité » : après vérification que tous les papiers sont signés tout-partout-comme-il-faut, qu’il n’en manque pas et que le candidat au départ est bien le bon, une piqûre, simple « comme un vaccin » (sic) et à peine a-t-il le temps de commencer à réciter ses habituels et éternels (sans jeu de) mots de réconforts – « Voilà… pensez à quelque chose d’agréable. Vos dernières vacances par exemp… » – que l’heureux(se) élu(e) est déjà mort(e).

Et comme l’écrit alors l’auteur : « Le Dr Combes avait beau être un scientiste standard, il était toujours épaté des progrès de sa discipline. »

Bref, tout irait pour le mieux dans le meilleur des mondes sans fin abhorée de vie s’il n’y avait pas ces signes récurrents de désabusement, de vague-à-l’âme, ces incompréhensibles sensations dont il ne comprenait pas les causes, d’indicible malaise…

On l’a deviné, ce roman ne plaira guère aux partisans de « l’aide à mourir » qui auront beau jeu de rétorquer à François Marchand que tous ses personnages candidats au grand départ, tel qu’il les présente, semblent plus malade dans leurs têtes que dans leurs corps et qu’il ne décrit jamais les affres de ceux qui aspirent à en finir avec leurs douleurs et déchéances physiques concrètes plutôt que d’échapper à de futures inévitables souffrances.

Et que tous les proches de personnes en fin de vie ne sont pas toujours et uniquement obsédés de s’en débarrasser aussi vite que possible par seul et simple confort personnel.

Comme tous les pamphlets, car c’en est un sous les traits de cette fiction jubilatoire, François Marchand ne fera donc pas changer forcément d’avis. Si tant est d’ailleurs que ce fut son intention…

Philippe Randa

Note

(*) L’imposteur, Plan social et Un week-end en famille, éditions Le Cher-Midi… Cycle mortel, éditions Écriture… Enfilades et Nager dans les dollars, Éditions le Rocher… Dans la dignité, éditions Buchet-Chastel.

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