Chutera, chutera pas… aujourd’hui, demain, après-demain, enfin un jour peut-être. Qui ça ? Mais l’abominable régime des Mollahs. Enfin, abominable pour les uns, vénéré pour d’autres, c’est selon…
En attendant, les morts en cet hiver 2026 sont comme les feuilles mortes en automne, ils dégringolent par dizaine, centaine ou milliers, c’est selon, là encore, les sources d’informations des pro ou anti-régime actuel de Téhéran, sans doute aussi peu fiables les unes que les autres.
Mais que les morts se ramassent (déjà) à la pelle ou pas, l’éventuelle chute de l’Ayatollah Ali Khamenei se fera très certainement dans un bain de sang.
Et ce bain de sang, quels que soient les sentiments que l’on porte à ce régime au pouvoir depuis la révolution qui porta le 11 février 1979 l’Ayatollah Khomeini à la tête du pays, pourrait-il être évité ? Sans doute pas.
D’abord, on n’envisage guère un scénario à la Vénézuelienne où Ali Khamenei serait enlevé par un commando de Marines (voire de Tsahal) avec seulement quelques dizaines de ses gardes du corps au tapis, suivi de « négociations » avec les autres dirigeants actuels de l’Iran pour une transition dite démocratique.
Ensuite, ces autres dirigeants, justement, n’ont sans doute guère d’illusions sur leur propre sort en cas de basculement du régime : au mieux seraient-ils jugés et enfermés ad vitam æternam jusqu’à ce qu’ils rendent leur âme à Allah au fin fond d’une geole étrangère ; au pire, seraient-ils livrés aux nouveaux dirigeants de l’Iran qui ne s’embarasseront probablement guère de considérations pseudo-droits-de-l’hommesques ; leurs jours seraient alors plus rapidement comptés que les souffrances qui précèderaient leur trépas.
Mettons-nous un instant à leur place : ont-ils le choix de ne pas se battre jusqu’au bout, quoiqu’il en coûte au peuple iranien ? Perdus pour perdus, ils résisteront aussi longtemps qu’ils pourront, sans considération aucune de l’hécatombe inévitable que leur résistance engendrera.
Allah y reconnaîtra de toute façon les siens le jour où les 72 vierges promises leurs seront présentées et même qu’il n’y en aura peut-être pas pour tout le monde.
D’ailleurs, les pays qui contribuent à la chute des dictatures ont-ils eux-mêmes toujours les mains propres, sinon la conscience tranquille ?
Qui jugea en son temps les dirigeants du IIIe Reich à Nuremberg ? L’URSS et son régime aux cent millions de morts, les USA qui venaient de clore une guerre avec le Japon par deux lâcher de bombes atomiques qui tuèrent « de 90 000 à 140 000 personnes pour Hiroshima et de 60 000 à 80 000 habitants pour Nagasaki, ces chiffres ne tenant pas compte des morts liés aux effets à long terme de l’irradiation » et aussi l’Angleterre dont le bombardement de Dresde du 13 au 15 février 1945 fit, suivant les historiens, entre 25 000 à 250 000 morts, ce que le clergé anglican dénonça avec virulence à l’époque.
Mais c’était la guerre ? Oui peut-être… mais surtout l’application du célèbre adage « malheur aux vaincus. »
Lorsque l’URSS s’effondra et que l’on vit des scènes de liesse populaire à travers cet immense pays où nombre de statues de Lénine et de Staline furent renversées et détruites, les ex-dirigeants du pays sûrent se faire oublier car personne ne leur réclama de comptes et on ne comptabilisa pas de massacre. Ni sous Mikhaïl Gorbatchev, ni sous Boris Eltsine et pas davantage sous Vladimir Poutine. La mémoire des victimes des bourreaux soviétiques n’y trouva pas son compte. Leurs compatriotes, si !
Alors, pourquoi ne pas imaginer pour l’Iran – ce qui ne semble pas être envisagé actuellement par les pays qui soutiennent les manifestants – un autre scénario qui laisserait aux dirigeants d’un pays, aussi fanatiques et sanguinaires soient-ils, un échappatoire, une « issue de survie » pour qu’ils laissent la place sans répandre le sang en étant assurés d’une autre fin de vie que l’emprisonnement ou l’exécution, via souvent la torture ?
Assurer l’impunité à des oppresseurs, du moins jugés comme tels, et à leurs complices seraient assurément immoral, on le conçoit… Mais si c’était le prix à payer pour sauver des centaines, des milliers de vies innocentes ? Le monde s’en porterait-il finalement plus mal ? La question ne mérite-t-elle pas d’être posée, même au risque d’offusquer les auto-proclamés justiciers ?
Philippe Randa







