Il vient de paraître une histoire des volontaires français pendant la guerre du Liban, la première guerre. Cette guerre-là, qui se déroula entre février 1975 et novembre 1976, fut vécue non par des soldats, mais par des militants, des militants en armes. Chez les Français comme chez les Libanais, d’ailleurs.
L’auteur, Jean Bataille (on croirait un pseudonyme !), qui fut lui-même l’un de ces militants, a recherché avec une précision d’entomologiste qui étaient ces soixante, de quels groupuscules ils étaient issus.
Il en a donc répertorié une soixantaine. Il les décrit comme « très divisés politiquement, même si le noyau dur du groupe de volontaires provenait des rangs du GUD et du Parti des Forces Nouvelles (PFN), comme Pierre Bugny. Il y avait des royalistes comme René Rescinetti de Says, des solidaristes comme Stéphane Zanettacci, des gens du GRECE comme Robert Allo et Grégory Pons et même des catholiques intégristes ». Pourquoi ce « même » ? Bataille, lui, était issu du SAC, officine gaulliste qui sombra, non en raison de ses crimes de barbouzes à l’encontre des Français d’Algérie, mais à cause de la tuerie d’Auriol, une affaire de droit commun.
Une « anecdote »
Mais revenons à nos volontaires du Liban. Plusieurs ont porté les stigmates de graves blessures, deux ont trouvé la mort, les armes à la main. Deux morts, une vingtaine de blessés… Cela fait somme toute de cet engagement libanais une « anecdote ». Surtout quand on réalise que ces deux années de guerre ont coûté la vie à 20 ou 30 000 personnes.
Le livre n’évoque que fugitivement ce que sont ensuite devenus les volontaires français. On sait que quelques-uns ont poursuivi dans cette voie, avec Bob Denard, notamment,
Jean Bataille s’intéresse plutôt à leurs motivations personnelles les plus intimes. L’auteur note : « (…) ce qui nous unissait (…) c’était le volontariat, l’idéologie du camarade comme type spirituel porteur des valeurs de notre communauté (Carl Schmitt) ».
Je fus l’un d’eux. Comme nos héros, ceux des guerres passées, mondiales ou coloniales, ceux de l’OAS, peut-être avant tout, nous voulions nous aussi tester notre attitude devant le risque mortel, cette idée de donner sa vie pour une cause qui nous dépasse.
« Je ne regrette rien », chantaient les héros du 1er REP. « Je ne regrette rien » ont chanté aussi les 60 Français de la « Guerre des Deux ans », même si cette guerre était infiniment plus complexe, vécue à Beyrouth, que vue de France.
L’épopée des soixante a suscité, en un demi-siècle, toute une littérature. De nombreux livres l’ont évoquée, notamment des romans (Eric Deschodt avec La gloire au Liban, Richard Millet et sa Confession négative). Même l’auteur de ce livrer reconnaît qu’il n’a pas vu et pas fait grand-chose pendant son périple libanais.
Un mythe générationnel
Soyons honnête : ce livre ne vous apprendra rien sur le conflit libanais. Si c’est cela votre objectif, mieux vaut lire par exemple Beyrouth. L’enfer des espions, de Jean-René Belliard (1).
Les volontaires français au Liban, c’est juste l’histoire de jeunes gens qui ont voulu essayer de se connaître, de se jauger, de savoir s’ils auraient pu être des héros, dans une autre vie, un autre pays, à une autre époque.
Et quand ces hommes, qui ont aujourd’hui 70 ans ou plus, revendiquent cet engagement, que ce soit à juste titre, ou au contraire pour masquer le fait de ne pas avoir osé franchir le pas, c’est que le mythe des volontaires français du Liban reste considérable. En tout cas il est générationnel. Il ne s’éteindra qu’avec la disparition du dernier d’entre eux, sans doute.
Francis Bergeron
- Beyrouth, l’enfer des espions, par Jean-René Belliard, Nouveau Monde, paru en 2010, 654 p.








