La Poste, et c’est tout à son honneur, sort cette année une série de timbres honorant les reines de France. Parmi lesquelles Isabeau de Bavière, épouse de Charles VI de Valois. Choix surprenant. Car c’est à elle que, le 21 mai 1420, pendant la guerre de Cent ans, on dut le désastreux traité de Troyes — si souvent condamné par Jean-Marie Le Pen du temps où le Front national rendait un hommage solennel à Jeanne d’Arc.
Traité peut-être dicté par les circonstances, une grande partie de notre pays étant lors occupée par diverses factions et menacée de guerre civile, mais par lequel le trône de France était dévolu au monarque anglais après la mort du pauvre Charles VI le Fol, donc au détriment de l’héritier légitime, le dauphin et futur Charles VII, réfugié à Chinon.
Après sa mort en 1435 de la « reine allemande », sa dépouille fut d’ailleurs évacuée en catimini pour être inhumée à Saint-Denis — mais pas dans la nécropole royale — de crainte d’une violente réaction populaire tant Isabeau était exécrée à Paris, et Elisabeth von Wittelsbach-Ingolstadt fut considérée comme traître à sa patrie d’adoption cinq siècles durant. Pendant la Révolution, son tombeau fut ainsi profané en octobre 1793 au motif que son co-règne avait été « le moment le plus horrible de notre histoire »— qui, la même année, devait d’ailleurs connaître avec la Terreur un « horrible moment ».
Il fallut attendre la seconde partie du XXème pour que s’esquisse sa réhabilitation, par deux historiennes britanniques, Tracy Adams et Rachel Gibbons. Celles-ci s’étaient intéressées à elles en tant qu’Anglaises, mais aussi en tant que féministes, Christine de Pisan ayant été un ferme soutien de sa souveraine, dont elle s’efforçait de gommer la légende noire en l’exonérant de tout adultère, en exaltant sa charité mais surtout son indépendance et son esprit de décision en période de crise aiguë.
Faudra-t-il attendre cinq siècles pour que des historiens — si tant est qu’il en existe encore —, et La Poste, estiment enfin que l’armistice tant condamné du 22 juin 1940 signé avec l’Allemagne fut beaucoup moins défavorable à la France que ne le fut le traité de Troyes, et que Philippe Pétain et ceux qui le suivirent méritent donc justice ?
La Rédaction







