Commentant ici l’attaque avortée contre Donald Trump le 25 avril au gala de la presse présidentielle, Camille Galic parlait d’« étrange attentat ». Étrange en effet autant par sa conception, son déroulement et par la personnalité de son auteur (« un dingue », selon la victime supposée) que par le moment choisi.
Ce samedi fatal, le locataire de la Maison-Blanche déjà affaibli dans les sondages — 56 % des Américains interrogés ne lui faisant « plus confiance » — était en outre menacé par la sortie de nouveaux documents, compromettants pour lui, extraits du dossier Epstein, et un scandale encore plus gave le guettait : la révélation d‘un rapport de transactions périodiques publié par l’Office d’éthique du gouvernement américain et d’où il ressort que l’actuel président aurait acquis jusqu’à « 161 millions de dollars d’obligations au cours du mois de mars 2026 », donc en pleine guerre contre l’Iran, en espérant bénéficier des variations sur les taux de change décidées par la Federal Reserve, la banque centrale états-unienne.
Un contre-feu ?
Certes, l’ancien magnat de l’immobilier n’est pas le seul à avoir ainsi spéculé. Les patrons de mastodontes tels Microsoft, Boeing, General Motors, Netflix, Meta, etc. ont eux aussi investi, de même que les banques Goldman Sachs et Citigroup. Mais Donald Trump n’est pas un financier lambda. Président de la première puissance mondiale, de surplus engagé depuis le 28 février dans un conflit contesté par nombre de ses compatriotes, républicains comme démocrates, et qui risque d’avoir des répercussions catastrophiques en matière économique, donc sociale, à l’échelle planétaire, il se doit de juguler ses réflexes de businessman et donc d’observer un minimum d’éthique. Surtout quelques mois avant les élections de mi-mandat le 3 novembre, échéance redoutée car elle risque d’être marquée par un net recul de son camp à la fois au Sénat et à la Chambre des représentants, ce qui diminuerait sa propre liberté d’action.
Un petit malin de son camp aurait-il décidé, pour resserrer les rangs, de manipuler un « dingue » ?
La question ne relève pas du complotisme mais d’une bonne connaissance de l’histoire. Car il y a des précédents, notamment en France.
Mitterrand, le précurseur
À l’automne 1959, l’ambitieux François Mitterrand voit ses espoirs s’envoler. Son rival Pierre Mendès-France, dont il avait été le ministre de l’Intérieur, a pour lui la majorité de la gauche et la droite a les yeux de Chimène pour Charles de Gaulle, qui a pris le pouvoir à la faveur des « 13 complots du 13 mai » (1958). Mais coup dr théâtre : la nuit du 15 au 16 octobre 1959, dans les jardins de l’Observatoire à Paris, celui qu’on surnomme Le Florentin pour sa rouerie, ou le Franciscain puisque récipiendaire de la Francique des mains du maréchal Pétain le 15 octobre 1942à Vichy, est victime d’un attentat — dont il sort indemne. Tout un chacun plaint et congratule la victime, la presse de gauche condamne unanimement les « activistes d’Alger », et la cote de Mitterrand s’envole.
Pas pour longtemps. Ancien député poujadiste et auteur du vrai-faux coup de feu, Robert Pesquet révèle dans Rivarol (qui fera alors la meilleure vente de son histoire et devra procéder à une réédition d’urgence) comment lui et sa victime ont mis au point le scénario de l’attentat, des voisins affirmant de surcroît avoir vu, à leur grande stupéfaction, Mitterrand s’entraîner auparavant au saut dans les jardins de l’Observatoire. Résultat, les ricanements succèdent aux larmes, l’indignation à l’effroi, et le pseudo-revolvérisé est inculpé d’outrage aux magistrats, comme son comparse.
Mais il y a un dieu pour les politiciens. Mitterrand a des provisions car il sait tout de l’attentat au bazooka visant à Alger le général Salan et ourdi par des barbouzes gaullistes à la solde du fidèle Michel Debré, et au cours duquel, si Raoul Salan s’en tira, son chef de cabinet fut tué le e 16 janvier 1957. Une amnistie vient donc promptement effacer sa faute. Le « sauteur de l’Observatoire » est élu député de la Nièvre en 1962, il est le plus sérieux adversaire de Charles de Gaulle avec près de 32% des suffrages lors de la présidentielle de 1965, avant, à partir de mai1981 et du passage selon Jack Lang « des ténèbres à la lumières », d’occuper l’Élysée pour un double septennat. Un record, malgré quelques morts suspectes (celles de Bernard Nut, Pierre Bérégovoy, Pierre de Grossouvre…), ses états de santé bidonnés, plusieurs scandales (écoutes illégales) et sa seconde famille. Celle-ci entretenue aux frais du contribuable prenant en charge le gîte et le couvert d’Anne Pingeot et de la petite Mazarine, leurs voyages, leurs vacances, et bien sûr l’éducation de mademoiselle, passionnée d’équitation et à laquelle était réservé le fabuleux cheval mongol Gend-Jim, offert au président de la République par son homologue turkmène.
De multiples avenues, quais ou boulevards français portent le nom de François Mitterrand. Remis en selle, Donald Trump pourra-t-il réaliser le rêve de sa vie ? Soit l’érection à Washington de l’arc-de-triomphe de 72 mètres, « un tiers plus haut » que celui de l’Étoile à Paris, orné de statues couvertes d’or et dont une grande maquette trône dans le Bureau ovale de la Maison-Blanche.
Claude Lorne







