patrimoine

Des lieux où souffle l’esprit :Trésors de Conque, Sainte-Foy, Reconquista !

Oncques on n’a connu en toute France plus idyllique cadre boisé, ni bourg moyenâgeux si charmant. Et avec ça, tout ce qu’il y a de plus reculé, de plus enclavé, tant mieux ! Cela nous préserve peu ou prou de la cohue, mais jusqu’à quand, chi lo sà ? C’est d’ailleurs parce que le lieu était désert et éloigné de tout qu’un saint ermite nommé Dadon y fonda au VIIIème siècle une abbaye bénédictine, ce qui est toujours de bon augure pour un Normand comme moué, la Bénédictine étant une célèbre liqueur distillée à Fécamp, agréable petit port de pêche situé sur la côte crayeuse cauchoise.

Le Rouergue est une ancienne province rattachée à la Guyenne après avoir fait partie du comté de Toulouse et se calque approximativement sur l’actuel département de l’Aveyron. Conques est une des étoiles sur un chemin de Compostelle : La Via Podiensis. Le village est situé à équidistance des départements du Lot au ponant, du Cantal au nord et de la Lozère au levant. C’est vous dire si c’est perdu ! Vous connaissez des gens qui s’échouent par-là en vacances ? Il n’est que Michel Sardou pour inviter à s’y installer par une ode nataliste dont il a le secret : « Viens, aimons-nous, couchons-nous, peuplons la Lozère / Viens ou sinon l’Aveyron sera désert. » Et pourtant, le lieu, qui n’était naguère qu’un paradis pour les pêcheurs impassibles et les pèlerins emplis de piété, est devenu de plus en plus touristique. En mille-neuf-cent-huitante-deux, il est classé « plus beau village de France », on en parle encore à la télévision. Ce petit écran, qui nous a fait tant de mal, a promu le patelin l’an dernier; tenez-vous bien, « Plus beau village du monde », carrément ! Et je dirais même plus, avec le professeur Tournesol, de nostre galaxie. Il n’en demeure pas moins, la joliesse de cette sorte de reliquaire de verdure où chante une rivière, accrochant follement aux herbes des haillons d’argent, enjambée par un pont romain assez monumental, sous ce soleil de plomb au plus fort de l’été.

Il suffit de passer le pont

Le camping « Beau Rivage » familial que j’ai connu naguère en deux étoiles a été racheté et les nouveaux propriétaires l’ont élevé en gamme trois étoile en y installant une piscine, et modifié le blase en « Le temps d’une pause », quelle idée saugrenue ! Le cadre naturel subsiste et je me rappelle ma tente tout au bord du Dourdou scintillant, d’une chatte noire aux yeux de réverbère qui attrapait les serpents d’un coup d’un seul, de Franciliens de Dammarie-les-Lys dans leur caravane datant des vacances de Monsieur Hulo, s’en revenant chaque année sur le même emplacement, paradisiaque il est vrai. Et des parties de pétanque, et d’une soupe au fromage, identitaire certes, mais si rustique qu’on en mange sans plaisir. Une autre spécialité locale est présentée sous la forme d’un aligot et saucisse sans grand intérêt si le fromage et la charcuterie ne sont pas de très grande qualité. Comme disait Archestrate, gastronome grec du IVème siècle av J.-C. : « Il est agréable de manger de la chair de tortue ou de ne pas en manger. » Il en va de même pour cet aligot-saucisse que l’on présente sans originalité dans force restaurants.

Auprès de mon arbre

Je n’ai pas eu tort, je suis revenu dans cette petite ville loin perdue où j’ai passé un peu de mon enfance, j’ai eu raison, j’ai voulu revoir le coteau où glissait le soir, bleus et gris, ombres de silences, et j’ai retrouvé comme avant, longtemps après, le coteau, l’arbre se dressant, comme au passé… C’était un peuplier bien âgé et certainement un peu malade, puisque des pleurotes, délicieusement comestibles poussaient sur son écorce. Contrairement à Barbara, la souvenance m’est heureuse, toujours, même dans la mélancolie. Dans ce camping, tout est resté dans son jus, après quarante années d’existence bien remplie, j’ai reconnu tout de suite les communs en particulier, douches, lavabos, inchangés et spartiates, ce qui fait grincer les dents de bien des touristes, tous plus boomers qu’il n’est permis et des « marcheurs » d’aujourd’hui désireux cependant de leur petit confort. Tous ces pensionnés pratiquent un aérobic insensé qui consiste à pratiquer le ski de fond, sans skis, sans neige mais avec, en mains, des bâtons et en petits troupeaux ! Il faut les voir, ces têtes chenues sous des casquettes grotesques, en shorts extravagants et chaussettes de contention remontant jusqu’au genoux ajoutant au ridicule. Ils n’ont pas plus de tenue que de conversation mais se lèvent dès potron-jacquet pour vous dévaliser un buffet de petit-déjeuner comme des voraces en deux coups les gros, et qui par surcroît goupinent à la desserte. Aux WC, ils embarquent en loucedé tous les rouleaux de PQ et se plaignent de ne pas en trouver à une prochaine étape.

L’ombre de la Cagoule !

Cela ne me déplaît pas de les entendre geindre, ces pèlerins perfides (Perfidis, qui ont perdu la foi, d’où l’expression : Judais Perfidis ), ces sépulcres blanchis, tout en retrouvant mes horizons devant un simple évier culotté, usé mais bien pratique. L’ancien propriétaire, le fondateur, était un vieux de la vieille et certainement Rad-Soc. Lors d’un souper à la bonne franquette, il apprit, entre la poire et le fromage, que j’étais au FNJ et fut pris d’apoplexie. Plus furieux qu’un dément et rouge qu’une pivoine, gesticulant devant sa femme qui n’en pouvait mais, il me traitait avec l’accent de son pays de cagoulard ! Cagoulard, cagoulard ! C’est quand même cocasse, la mémoire du brave homme était restée bloquée entre les deux guerres, période où cohabitaient effectivement les figures d’Eugène Deloncle et d’Eugène Schueller. En ce temps là, le jeune François Mitterrand manifestait contre les métèques et Dagore révélait dans ses carnets, les arcanes de l’OSARN, cette fameuse Cagoule…

La petite ville est recroquevillée autour de son église abbatiale fondée à partir de l’an mil-cinquante, avec devant une sorte de fontaine ronde au doux bruit où des gens jettent leurs sous noirs, dans un but que j’ignore. Le cadre bâti est agréablement carapacé de lourdes lauzes servant de toits, faisant ressembler tout l’ensemble à une grosse tortue, très vieille, très solide, paisible, muette mais bien vivante sous sa lenteur et remplie d’échos insondables et mystérieux parlant à l’âme. Les rues y tournent toutes les dix toises et elles sont si étroites que l’on passe d’une enjambée chez le vis-à-vis. Une montée mène chez un marchand de bricoles touristiques où l’on vend des girouettes, des poteries, des cadrans solaires, des cendriers en rotin fait main… plus loin une saponifère et une sorte de bijouterie… Pour faire ses courses, mieux vaut se rendre à Decazeville, de préférence un jour de marché.

Une ville inventée et crée par monsieur le duc Decazes en 1826

Il n’y a qu’un seul pays au monde portant le nom de famille de son monarque, l’Arabie c’est où, dites ? Et peut-être en toute France, une seule cité portant le nom de son créateur : Decazeville. Cette ville fut naguère l’un des principaux centres sidérurgiques de France. La commune minière de houille et de fer intéressera donc les touristes amateurs d’industrie, les curieux d’Histoire et les sociologues du dimanche tout autant que les gourmets. L’ambiance de ses foires hebdomadaires est vraiment agréable, on sent ici la générosité loyale et franche, une sorte de désintéressement dans le commerce. La qualité des saucisses fraîches ou sèches, des saucissons, du jambon cru et des fromages, comme du pain, comme du parler et des sourires, comme l’air qu’on y respire, à tel point qu’on s’en étonne la première fois et qu’on s’en souvient long de temps après. D’autant plus que les produits, sans être donnés, sont vendus à un prix très acceptable.

Sainte-Foy, nous voilà ! Tu nous as redonné l’espérance

Par une « translation furtive », un moine nommé Ariviscus transposa les reliques de sainte Foy, d’une abbatiale agenaise à Conques. Il s’ensuivit des miracles et, ipso facto, la venue de nombreux pèlerins. Ces reliques sont conservées dans un réceptacle sous forme de statue toute en or massif, ce même or de France bradé par Sarkozy au plus mauvais moment; un trésor dont je m’étonne qu’il n’ai point encore été tenté d’être dérobé. A la Révolution, il fut caché, enterré, conservé par les habitants contre les iconoclastes et les voleurs. Voici l’or immortel n’en déplaise au poète américain Robert Frost, voici les pierres précieuses, voici le travail des orfèvres opérant ici avant le règne de Charlemagne et qui fut actif jusqu’au XIVème siècle.

Selon la tradition, Charlemagne, fondateur d’une vingtaine d’abbayes, aurait envoyé à chacune d’elles un reliquaire adoptant la forme des lettres de l’alphabet. Le A fut affecté à Conques, le premier de ces monastères qu’il tenait en estime. Ce reliquaire est composé d’un triangle ajouré en or et argent avec des pierres précieuses sur les montants. On peut encore contempler la majesté de sainte Foy revêtue d’argent, d’or et de pierres précieuse, charpentée dans du bois d’if qui est l’arbre des morts, la châsse de Pépin, des autels portatifs magnifiques, la lanterne de Bégon, le reliquaire du pape Pascal II…

Comme une coquille, Conques s’est refermée à demi pour se protéger et doucement entretenir les feux de l’espérance. Le vrai trésor de Conques, incarné par sainte Foy, illustre la devise d’Isabelle la Catholique : Dieu, le Roi, la Foi ! D’ailleurs Le comte de Rouergue, Raymond Premier de Toulouse fut un des premiers pèlerins à se rende en Galice. Son fils Raymond, vainqueur contre les Musulmans à Barcelone fit cadeau à Conques d’une magnifique prise de guerre, une selle garnie de parements d’argent ciselé, avec lesquels les moines fabriquèrent une grande croix. Sainte Foy au nom symbolique, demeure depuis le XIème siècle, patronne de la Croisade de la Reconquista.

Nous constatons tous en France une sorte de réaction profonde, discrète et silencieuse, par la jeunesse et la multitudes des pèlerins de Chartes par exemple, par les baptêmes d’adultes aujourd’hui si nombreux… Nombre d’éditorialistes subventionnés s’en inquiètent, ces cuistres. Une tendance qui dérange au sein de l’église institutionnelle, nous disent La Croix et France-Intox…

Comme écrivait quelques fois Brigneau dans National-Hebdo : T’as qu’à croire, Grégoire ! Mais en sainte Foy, pardi !

Franck Nicolle

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