Malgré la chape de plomb totalitaire mémorielle imposée par le gouvernement de Pedro Sánchez, multipliant les ignominies historiques destinées à promouvoir les tueurs et les assassins qui se répandirent comme une traînée de poudre en Espagne, après la victoire frauduleuse des partis du front populaire en février 1936 d’une part ; et à effacer d’autre part tous les signes et symboles de la délivrance nationale, qui évita à l’Espagne de devenir l’une des premières « démocratie populaire », à la mode soviétique ; les espagnols peuvent redécouvrir leur histoire à la fois tragique et glorieuse, s’ils prennent le soin de prendre connaissance de toutes récentes publications.
Un ouvrage fondamental vient d’être publié en Espagne, Marea roja (Marée rouge), (1), qui finalise les démonstrations précédentes sur l’implication totale de la Russie soviétique et la IIIème internationale, dans la vie politique espagnole entre 1931 et 1936 pour tenter d’en faire le premier essai de « démocratie populaire ». C’est notamment ce que j’ai argumenté dans l’un de mes derniers livres (2), ce que les archives à Moscou confirment.
Par ailleurs, a été publiée en l’Espagne (on en est à la 6ème réédition), l’édition française du livre de la républicaine Clara Campoamor, d’abord parue chez Plon en 1937 (3), puis en Espagne avec une excellente introduction et des notes capitales (4) de l’historien Luis Español Bouché, et enfin tout dernièrement des lettres de Clara Campoamor à diverses personnalités, qui illustrent plus encore la position furieusement anti-front populaire d’une authentique femme de gauche, et républicaine de toujours. (5)
En septembre 1936, cette républicaine et ex-députée aux Cortès constituantes (1931-1933), qui s’était battue comme une lionne pour obtenir que le droit de vote des femmes soit inscrit dans la constitution républicaine du 9 décembre 1931, Clara Campoamor, fuit le Madrid révolutionnaire avec sa vieille mère, pour s’établir en Suisse, chez une amie avocate, Antoinette Quinche, car elle risquait tous les jours d’être assassinée, si elle restait confinée dans la capitale espagnole soumise aux pires des tortionnaires.
Clara Campoamor était une fille du peuple (1888-1972). Orpheline de père à 10 ans, elle commence à travailler à 12 ans. Après avoir exercé plusieurs métiers, elle va militer dans des associations féminines, écrire de nombreux articles, être secrétaire de rédaction. Elle avait appris le français, qu’elle parlait à la perfection (puisqu’elle fera même des traductions, notamment de Théophile Gautier). Elle va passer l’équivalent du baccalauréat vers la trentaine, puis sa licence en droit. Elle deviendra la 2ème avocate d’Espagne à la fin des années 1920, et s’inscrira au barreau de Madrid, se spécialisant notamment dans la défense des filles-mères et des enfants naturels. En juin 1931, elle est élue aux Cortès constituantes sur une liste du parti républicain radical, plutôt centriste. (les femmes pouvaient être élues mais ne pouvait pas voter encore). Elles seront 3 femmes à être élues sur 473 députés. Elle va se démener contre presque toute la gauche, pour imposer le droit de vote des femmes, et y parviendra, sous leurs insultes et quolibets. Ses deux collègues femmes de gauche, la socialiste Victoria Kent, et la future communiste Margarita Nelken seront totalement opposées au vote des femmes. Manuel Azaña aussi, tout comme le socialiste Indalecio Prieto. C’est ainsi qu’aux législatives de novembre 1933, les femmes pourront voter à l’égal des hommes.
En novembre 1933, elle est battue, tant le ressentiment des gauches était grand à son égard. Mais le nouveau gouvernement centriste d’Alejandro Lerroux, la confirme comme déléguée de l’Espagne à la SDN à Genève, et la nomme directrice de l’Assistance publique. De février à septembre 1936, elle assiste aux crimes et aux assassinats qui se déroulent quotidiennement dans le Madrid révolutionnaire, et en témoignera. Elle réussit à s’enfuir, et livrera un récit accablant contre le front populaire, alors qu’elle est de gauche et franc-maçonne de surcroit. Elle fera partie des 40 000 réfugiés politiques de l’automne 1936, qui quittèrent les zones miliciennes rouges pour ne pas être exécutés, comme en témoignera le républicain, médecin et ex-député aux Cortès, Gregorio Marañón (6) qui indiquera exactement comme Clara Campoamor, qu’il y avait à Madrid à l’automne 1936 près de 36 000 exécutions sommaires. Cela recoupe les mémoires et les témoignages d’autres authentiques républicains, comme l’ex ministre et député Miguel Maura, le journaliste catalan Augusti Calvet dit Gaziel, le philosophe José Ortega y Gasset, les écrivains comme Azorin et Ramón Perez de Ayala, le recteur de l’université de Salamanque, Miguel de Unamuno, j’en passe et des centaines d’autres.
Quelques exemples de la prose anti-front populaire de Clara Campoamor : « Les terroristes ont travaillé en faveur des insurgés avec plus de succès que leurs propres partisans…Ils – (les terroristes) – ont la vie rêvée : pourvus d’argent, pillant, massacrant et assouvissant leur soif de vengeance et avec leurs plus bas instincts ». Et sur le gouvernement front-populaire : « Et pourtant le gouvernement aurait pu arrêter les pillages et l’anarchie, car il avait à sa disposition la garde civile…Cette force, par son nombre et sa formation aurait suffi pour rétablir l’ordre, aurait dû supprimer les actes de violence des miliciens ». Comme le soulignera l’historien Arnaud Imatz dans un article : « on comprend que les admirateurs et apologistes du front populaire aient boycotté ou passé sous silence le témoignage honnête et sévère de cette républicaine antifranquiste notoire ».
Mais comme je viens de le souligner, une édition espagnole toute récente vient d’exhumer des lettres que Clara Campoamor avait adressées à l’une de ses amies, une féministe et médecin de gauche uruguayenne, avec laquelle elle finira par se fâcher, Paulina Luisi. Évoquant des chefs du front populaire espagnol elle écrit : « Des hommes sans honneur et sans conscience. Des monstres. Ils ont vu, ils mentent…et ils vivent de leurs mensonges ». Et cette phrase terrible qui percute toutes les vilenies et les mensonges qui se sont répandus depuis 90 ans sur la soi-disant IIème république démocratique : « Pour moi, le meurtre, le vol, le pillage, le viol, les abus et l’absence totale de pouvoir et d’autorité ne sauraient être la démocratie, la liberté ou la justice… Heureusement quelqu’un s’est soulevé contre cela, car sinon nous serions aujourd’hui au même niveau que la malheureuse Russie. Je n’ai pas changé d’avis…je suis démocrate, libérale. Ceux qui ont cessé de l’être sont les républicains espagnols qui ont embrassé le marxisme et l’anarchisme, dès l’arrivée du front populaire, qui ironiquement n’était même pas une véritable victoire… ». De plus son analyse est des plus percutantes, contrairement à bon nombre d’historiens formatés à l’idéologie marxiste : « Aujourd’hui, je sais par expérience, que le seul problème au monde, est d’éradiquer le cancer du communisme en Europe…Il est désormais indéniable que cette lèpre n’aurait pu s’implanter que là où des hommes dénués du sens des responsabilités et si faibles, qu’ils ont ouvert la voie à une minorité sanglante, Kerenski en Russie, Karoly en Hongrie, Azaña en Espagne…je n’ai rien à voir avec les communistes ou les anarchistes, ni même avec les socialistes, qui se sont montrés en Espagne tout aussi misérables, voire plus que les autres ». Et enfin : « Moi, qui ne peux idéologiquement, comme vous le savez bien, accepter une thèse fasciste, je vous dis, à vous à qui je dois toutes les sincérités, que je souhaite ardemment le triomphe de Franco sur les gouvernementaux, comme unique possibilité d’éviter l’effondrement de l’Espagne. Mais à quel prix… » (lettre du 26 juillet 1937).
Il va de soi, que jamais ni Sánchez, ni ses alliés communistes ou séparatistes, actuellement au pouvoir en Espagne, ne feront référence à cette militante républicaine, sauf pour passer complètement sous silence ses réflexions et ses attaques frontales contre le front populaire.
Pour essayer de contourner tous les sondages qui le donnent largement perdant aux prochaines législatives, Pedro Sánchez vient de prendre deux mesures des plus scandaleuses et attentatoires aux droits des Espagnols. D’une part, il fait régulariser massivement des milliers d’immigrants clandestins, l’Europe condamne du bout des lèvres, alors que cela remet en cause les politiques migratoires de quasiment tous les pays du continent, dont la France qui est en première ligne, mais Macron, lecornu, Philippe, Attal, Bertrand, et consorts, comme Ursula Von der Leyen, sont totalement taisants. D’autre part, Sánchez a imaginé, procurer la nationalité espagnole, et donc le droit de vote à tous les descendants de réfugiés espagnols, vivant depuis plusieurs générations à l’étranger, personnes qui, pour la très grande majorité, ne vivent pas en Espagne et ne paient ni impôts, ni cotisations. Cette « Ley de nietos », modifierait de fonds en comble, au profit du PSOE notamment, les prochaines élections. Car bien sûr, les socialistes rattacheraient ces votants à des communautés peu peuplées et plutôt à droite pour anéantir les votes contraires aux gauches. Truquer et falsifier, sont les deux mamelles des nouveaux révolutionnaires espagnols, l’histoire recommence.
Michel Festivi
(1) Gustavo Martín Asensio, Marea Roja, la estrategia revolucionaria soviética en la España de la segunda república, Editorial Planeta, 2026
(2) Michel Festivi, les griffes de Staline sur l’Espagne républicaine (1931-1936), préface de Pío Moa, Dualpha, 2025
(3) Clara Campoamor, la révolution espagnole vue par une républicaine, Plon 1937
(4) Clara Campoamor, la revolución española vista por une republicana, Edición y traducción de Luis Español Bouché, Espuela de Plata, 2018, 6ème edición
(5) Letra de Mujer, Editorial Renacimiento, Espuela de Plata, Prológo de Beatriz Ledesma, 2026
(6) Pruszynski Ksawery, Espagne rouge, scènes de la guerre civile 1936 :1937, Buchet Chastel, 2020 et plus spécialement les pages 388 à 405, conversation avec le docteur Marañón







